LE NEW-JERSEY AU XVIII* SIÈCLE
ditions différentes, ne donnait pas le même spectacle. Les habitants y menaient une exislence paisible et laborieuse qui ne fut troublée que par une atteinte portée à leur liberté de conscience. On voulut en effet appliquer aux Quakers, qui composaient la majeure partie de cette population, un acte du règne de Georges I" déclaré perpétuel pour TAngleterre, et obligatoire pendant cinq ans seulement dans les colonies. Cet acte, qui dispensait du serment les Quakers, dans certains cas, le leur rendait obligatoire s'ils prétendaient exercer des fonctions publiques, ou seulement la mission de juré ou de témoin au criminel, dans les aCTaires emportant peine capitale. Les Quakers du Jersey-Ouest et sans doute ceux de l'Est résistèrent à l'application de cette loi en se fondant sur ce que les préceptes de leur religion Interdisaient le serment, sauf à le remplacer par une affirmation qui, à leurs yeux, était un équivalent suffisant. Ils invoquaient d'ailleurs la pratique jusque-là admise de cette affirmation. Leur prétention fut l'objet d'un litige porté devant le chief justice de la province, et consacré par une sentence qui déclara que la loi était contraire aux privilèges acquis au New-Jersey (1716). Il est vrai que ce magistrat fut mis en accusation pour cet acte d'indépendance; mais, soutenu par le gouverneur, il sortit à son honneur de cette épreuve (1). Ce litige montra une des nombreuses anomalies de la législation de ce temps; l'on voulait faire pénétrer le droit anglais en Amérique même quand il répugnait à l'esprit des institutions coloniales, à des précédents bien établis et au caractère des habitants. Toutefois, sauf pour l'application des lois fiscales qui intéressaient particulièrement le commerce, lindustrie ou la marine de l'Angleterre, les lois des colonies prévalurent toujours à cela près de quelques intermittences de peu de conséquence.
Quant aux institutions civiles proprement dites, elles ne différaient pas essentiellement de celles de NewrYork. L'es-
(1) HiLDRSTH, vol. II, p. 316.
clavage elle servage existaient partout; ils survécurent même longtemps encore à la révolution de 1776. La piraterie et la traite des gens de couleur, qui contribuèrent trop longtemps à la fortune de ce pays, étaient peu d'accord avec le rigorisme apparent des doctrines religieuses dominantes. Enûn les écoles publiques y furent aussi négligées que dans la province voisine (1). Toutefois, grâceàTexistence laborieuse et frugale des habitants, le New-Jersey réussit à s'élever au niveau des autres colonies, malgré tous les obstacles répandus sur sa route.
(i) En 1746 Belcher jeta les premières bases du collège de Princeton sous les auspices de la secte presbylérienne. Voir Hildrbth, toI. II, p. 4ii.
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