CHAPITRE XVI
LA PKNNSTLYAiNIE KT LE DELAWARG.
SECTION PREMIÈRE
Théorie générale de gouvernement par Penn. — Représentation. — Union du comté Delaware avec la Pennsylvanie. — Installation d'agents par Penn avec des Quakers et suffrage universel subordonné à la croyance en Dieu. — Institutions libérales.
Le duc d'York, après avoir détaché de sa concession le territoire du New-Jersey, se considérait encore comme seul propriétaire des vastes possessions connues depuis soiis les noms de Pennsylvanie et Delaware. Mais le roi Charles 1 1 ne tint aucun compte de ces prétentions» et en 1681 il fit, de la Pennsylvanie particulièrement, une concession directe à William Penn déjà intéressé dans la colonie du New-Jersey. Ce territoire avait son point de départ sur la Delaware à 12 milles au-dessus de Newcastle town, et s'étendait le long de cette rivière jusqu'au commencement du 43* degré de latitude nord. La concession de ce territoire ne constituait pas une faveur bénévole ; elle était au contraire l'équivalent de la libération d'une dette contractée antérieurement par le roi envers l'amiral Penn, père du concessionnaire. Tant était grande la vénération du souverain pour ce vaillant homme de guerre, qu'il exigea que le nom de la province nouvelle en transmit le souvenir en y ajoutant l'idée de l'état forestier du pays.
Lat;harte de Penn, modelée en partie sur celle du Maryland (1681), lui conférait tout à la fois le sol de cette province et les principales prérogatives de gouvernement (1).
(I)Phoud, History of Pennsylvania, vol. I, p. 470, édition de 1797, Philadelphie.
Cependant Tavis et le consentement des freeraen de ce pays étaient nécessaires pour la confection des lois. De plus, la Couronne conservait le veto sur toutes les mesures à prendre par la législature locale. Le Parlement restait maître de lever des taxes et des droits de douane ainsi qu il aviserait, condition diamétralement différente de celle inscrite dans la charte du Maryland ; ce qui s'explique par la différence des époques qui séparent les origines de l'une et de Tautre de ces provinces (1632-1681). Soumission absolue était requise aux lois d'Angleterre sur le commerce. Enfin une clause assurait la tolérance au culte épiscopal. Mais, circonstance digne de remarque I aucune allusion n'était faite au Quakérisme, malgré les croyances du fondateur de la province! Penn avait aussi le droit d'ériger des cours de justice et d'en nommer les membres (lî, mais sous réserve d'appel de leurs décisions à la Couronne, condition qui marquait plus nettement encore les limites de la souveraineté du concessionnaire. La charte contenait enfin le pouvoir de lever des troupes, de faire \i guerre et de poursuivre l'ennemi, même hors du territoire de la province. Celte clause était de style; car le port d'armes et la guerre étaient antipathiques à la secte de? Quakers, et Penn eût mieux aimé sans doute qu'il n'en fût point question dans son titre.
Déjà, on l'a vu, à l'époque de cette concession, quelque^ établissements avaient été faits sur les bords de la Delaware par des Suédois et des Hollandais. Penn voulut en augmenter le nombre. 11 appela les émigrants, à l'aide de certains avantages territoriaux, et il publia un plan de gouvernement fort remarquable pour l'époque, tant il était empreint d'idées généreuses formulées en maximes philosophiques. Le plan de gouvernement qu'il offrait à son peuple, daté d'avril 1682, mérite une mention toute particulière. Suivant les idées de ce grand homme, le pouvoir est une émanation de Dieu, destinée à faire le
(i) Voir plus bas Seclion V.