TRANSFORMATION DES INSTITUTIONS DE PENN
tuer aux cours de justice ordinaires les pouvoirs à!" équité dont elles avaient été trop longtemps dépouillées (1). Cette résolution impolitique mettait en question tout un passé judiciaire, c'est-à-dire la légitimité même du droit de propriété qui reposait sur cette base. L'on ne chercha point à rassurer les alai'mes que devait occasionner cette législation révolutionnaire et l'édifice se maintint de luimême, tant la cohésion des intérêts est un ciment puissant pour assurer la stabilité des institutions.
Les héritiers de Penn ne pouvaient espérer vivre en meilleure intelligence que ne le fit leur père avec les assemblées générales. L'esprit quaker dominant toujours, toute demande de subsides, même pour protéger la province dans la guerre entamée entre la France et l'Angleterre au Canada, éprouvait des résistances systématiques, s'appuyant sur des scrupules de conscience. Dans une circonstance pareille, Thomas Penn, l'un des fils du fondateur, investi du poste de gouverneur, essuya un refus qui provoqua de sa part une sévère remontrance, m Si vos principes, dit-il, sont inconsistants avec le but du gouvernement de Sa Majesté, pourquoi donc vos consciences ne vous détournent-elles point de solliciter une position, dont vos consciences vous empêchent de remplir les devoirs pour la sauvegarde des intérêts que vous représentez? Car c'est une injustice d'envelopper tout un peuple, dont vous ne formez pas le tiers, dans toutes les conséquences déplorables qui nécessairement l'atteindront, s'il continue a marcher dans une pareille direction (2). »
Les héritiers de Penn étaient désarmés contre le despotisme des Assemblées qui devinrent de plus en plus omnipotentes, nommant des fonctionnaires, même d'un ordre inférieur pour assurer Texécution de certaines lois. Les refus d'allocations nécessaires mettaient en péril la charte et toutes les libertés qui s'y rattachaient. Certains Quakers faisaient une distinction au sujet de la guerre, et, autant ils
(i) HiLDRBTH, vol. II, p. 321.
(^) Gordon, p. 23*2.
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résistaient à roffensive, autant ils étaient prêts pour la défensive. La plupart repoussaient cette distinction, résignés qu'ils étaient à s'en remettre à la volonté de Dieu pour le salut du pays. Les Assemblées n'arrivaient à faire face à des nécessités impérieuses que par des subterfuges indignes d'un peuple chrétien. En 1755, l'éventualilé delà guerre avec le Canada ne put arracher des subsides à l'Assemblée, que sous la pression d'une insurrection de quatre cents individus d'origine allemande, qui envahirent le local des séances et exigèrent que, toute affaire cessante, l'on s'occupât de mettre le pays en état de défense (1). Dès ce moment, un certain nombre de Quakers, membres de l'Assemblée, réfléchissant sur la fausseté de cette position qui consistait à consacrer législativement des principes qu'on réprouvait dans le temple, résignèrent leurs mandats législatifs qu'ils trouvaient incompatibles avec leurs devoirs religieux. Les autres, au contraire, préférèrent continuer à siéger et à légiférer à l'aide d'équivoques qui s'appuyaient sur des nécessités d'ordre public.
Le pays n'avait-il rien à reprocher aux héritiers de Penn qui avaient en mains les rênes du gouvernement? Ceuxci méconnaissaient, à leur tour, les traditions que leur avait laissées leur père. Ils s'attaquèrent au pouvoir judiciaire dont l'organisation fut plusieurs fois remaniée, au détriment de Tindépendance des magistrats et de la consolidation de la propriété. Les juges, d'abord nommés à vie, [till good behaviour), furent ensuite déclarés révocables à volonté par les héritiers de Penn qui en voulaient faire des instruments dociles de gouvernement. Toutefois l'abus provoqua de vives réclamations et l'opinion reçut enfin une tardive satisfaction (1746) (2).
L'antagonisme entre l'Assemblée et les héritiers'de Penn se dessinait de plus en plus ; de part et d'autre les reproches n'étaient pas sans exagération. Cependant il se forma un courant d'opinion très énergique contre ceux-ci. L'As-
(1) Gordon, p. 316.
(2) HiLDHETH, vol. II, p. 411.