TROUBLES DANS LA CAROLINE DU NORD
blée fut convoquée révolutionnairement ; elle s'empara de tous les pouvoirs publics et expulsa même, par la force des armes, le nouveau gouverneur nommé régulièrement par les propriétaires et qui, de retour d'Angleterre, voulait prendre possession de son poste. Aucune force armée ne pouvait venir en aide au rétablissement de la légitime autorité. Cet état anormal se prolongea pendant deux années, grâce aux négociations entamées avec l'Angleterre, qui traînaient en longueur. Culpepper n'hésita point à s'y rendre lui-même pour activer un compromis avec les propriétaires; mais, bientôt saisi pour cause d'ingérence dans la perception des deniers publics, il fut mis en jugement et traduit devant un juge. Toutefois l'intervention bienveillante de lord Shafterbury lui valut un acquittement (1).
Les propriétaires cherchèrent à calmer les mécontentements et promirent une amnistie, mais à la condition que désormais les droits de douane dus à la métropole ne rencontreraient plus d'opposition. Ils choisirent Seth So- Ihel, l'un d'eux, pour gouverner cette province. Ce choix n'était pas heureux. £n effet, ce personnage signala son administration par de nombreux actes d'exaction et de malversation aussi préjudiciables aux propriétaires qu'aux colons eux-mêmes. Après cinq années d'extrême tolérance, l'Assemblée le déposa et le bannit pour toujours (1688) (2). Mais, par une de ces aberrations dont les peuples ne sont pas plus exempts que les souverains, cet homme, dont Thonneur avait fait naufrage au nord, fut recueilli par la Caroline du Sud qui en fit son propre gouverneur, sauf à le flétrir ensuite pour les mêmes causes qui l'avaient fait expulser de la Caroline du Nord. Du reste ces actes réprouvés n'étaient point rares dans ces provinces pas plus qu'ailleurs. La plupart des gouverneurs considéraient leurs fonctions comme des moyens de faire fortune et les colons comme des sujets taillables à merci. De là, des ré- I sistances opiniâtres, des révoltes qui eussent été facilement
(1) WiLUAMSON, voL I, p. 133, 135.
; (2) Bangeopt, yoL I, p. 253.
évitées si les propriétaires fussent venus eux-mêmes faire acte de souveraineté dans ces riches possessions.
SECTION m
Menaces de déchéance contre les propriétaires. — Ni townships ni cités. — Extrême indépendance. — Helrait du Grand Modèle. - Archdale pacifie les rapports avec les colons. — L'Église épiscopale religion d*État. — Protestation des Quakers.
Cependant les obstacles que rencontrait toujours la perception des taxes dues à T Angleterre dans les deux Carolines appelaient la sérieuse attention de Jacques II, qui regrettait Toctroi, si libéralement fait par son frère, des chartes à Tabri desquelles se développaient les colonies. Il ne voulut point laisser échapper l'occasion de se saisir de cette proie, et, témoin de Timpuissance gouvernemeQtaie des concessionnaires, il ordonna contre eux des poursuites en déchéance de ces chartes. Les propriétaires conjurèrent habilement le danger, en offrant de traiter avec la Couronne .de la reddition sans procès de ces titres impo^ tants (1685). Le sursis accordé différa, sans pouvoir arrêter, la ruine de ce gouvernement qui se traîna ainsi sans dignité jusqu'en 1729.
A l'époque où nous sommes arrivés de Thislorique de cette colonie^ ce petit peuple, malgré sa turbulence, n'en continuait pas moins de prospérer par son travail. Il avait varié ses cultures et multiplié son commerce et son industrie; mais il paraissait répugner à toute idée d'agglomération, contraste frappant avec l'organisation de la NouYclle- Angleterre. Ainsi l'on ne rencontrait dans ce pays ni cité^ ni townships.
Les habitations étaient espacées par de grands intervalles. Du reste pas de sentiers tracés, rien que des entailles faites aux arbres pour servir d'indications. Toute contrainte, quelque légère qu'elle fût, paraissait intolérable aux habitants. « Ils étaient, dit M. Bancroft, les plus indépendants des indépendants. » On disait de cette colonie
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