‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 127 sur 226 · CARACTÈRE DE LA CAROLINE DU NORD · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE LA CAROLINE DU NORD

que « c'était un refuge de geos eu fuite», et longtemps après, Spotswood, l'un des gouverneurs de la Virginie, affirmait «qu'il y avait à peine une forme quelconque de gouvernement, chacun suivant ses propres notions de justice et ne payant de tribut ni à Dieu ni à César ». Du reste aucun ministre de l'Évangile n'y prit résidence avant 1703. Pas une église n'y fut bâtie avant 1704, et, jusqu'en 1722, on n'avait encore érigé aucun bâtiment pour rendre la justice (1). Dans cette disposition des esprits, les propriétaires pouvaient-ils espérer faire prévaloir le Grand Modèle? On verra plus loin que le tempérament de la Caroline du Sud n'était guère différent de celui de la Caroline du Nord, à cela près cependant que les colons de la première comptaient dans leurs rangs des Cavaliers, infortunés débris des révolutions d'Angleterre, et des Huguenots. Leur éducation et leurs manières cultivées les plaçaient plus haut dans l'opinion que les Caroliniens du Nord, dont les façons abruptes et incultes se ressentaient de leurs antécédents et de leur mode actuel d'existence.

Fatigués d'une lutte sans issue favorable à leurs projets, les propriétaires renoncèrent à maintenir le Grand Modèle et l'abolirent en 1693. Mais cette sage quoique tardive résolution n'apporta point de changement notable dans la situation; car jusque-là cet instrument de gouvernement n'avait eu qu'une existence nominale, grâce à la ferme attitude des colons qui, simples cultivateurs, se chargèrent d'apprendre au fameux philosophe Locke que les peuples sont autre chose que des pièces d'échiquier.

Restait à pacifier les esprits au nord comme au sud, par une paternelle administration. Archdale, l'un des propriétaires fut chargé de ce soin avec le titre de gouverneur des deux Carolines (1694). Cet homme de bien, appartenant à la secte des Quakers, s'efforça de justifier la confiance qu'on avait mise en lui ; il créa des routes, atténua les charges publiques, rapprocha les opinions et donna sa-

(1) Voir sur ce sujet Bancboft, vol. I, p. 254 et 384.

tisfaction à tous les intérêts. A des temps troublés, succéda une ère de paix et de bien-être général.

Lorsque Archdale eut regardé sa mission comme accomplie, il délégua ses fonctions à un dissident appelé Blake, chargé comme lui de maintenir la liberté de conscience, conformément à la charte et aux premières instructions des propriétaires; mais en 1704 cette liberté sembla chanceler sur sa base. Une Assemblée, quoique composée en majorité de dissidents, fut amenée à décider, à la majorité d'une seule Toix, que Téglise anglicane serait désormais religion d'Etat et que nul ne serait apte à exercer une fonction salariée ou honorifique, s'il ne prêtait le serment de conformité. A l'aide de cette loi obtenue par des manœuvres coupables, les Quakers furent rendus incapables de porter témoignage dans les affaires criminelles et de servir comme p jurés ou comme fonctionnaires, attendu que le serment

1 était contraire aux règles de leur secte. Mais il est juste de

dire que cette loi, dénoncée au Parlement, fut annulée ^; , par la reine Anne, comme étant en opposition directe avec

• ; la charte de la colonie et avec les lois d'Angleterre et

( comme nuisible au commerce (1).

t^i SECTION IV

2^ • Division de la colonie en deux partis, aristocratique et démocra-

'%i tique. — Deux gouverneurs et deux Assemblées. — Anarchie. —

h ; Des marins anglais soumettent les faclieui. — Envoi des principaux

'^'; fauteurs en Angleterre pour y être jugés. — Révision de la législa-

S ' tion. — Refus de payer les quit rents.

|; Les divisions de partis et de sectes entretenaient des

|j dissensions toujours près d'éclater à la première occasion.

W^'<- Le choix d'un gouverneur, bien accueilli par les uns, re-

^ poussé par les autres, donna lieu à une scission qui partagea

la population en deux camps dont Tun était composé d'anglicans et de royalistes et l'autre de dissidents et de

(1) Voir Hislorical sketches of North Carolina by J.-H. Wheeler,p.34

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