‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 129 sur 226 · LA CAROLINE DU NORD PROVINCE ROYALE · texte numérisé non relu

LA CAROLINE DU NORD PROVINCE ROYALE

La Caroline du Sud ne restait pas en arrière de la Caroline du Nord dans ses conflits avec les propriétaires. 11 semblait même qu'elle eût hâte de s'affranchir de leur joug, quelque léger qu'il fût. Aussi l'on verra plus loin que les Caroliniens du Sud, irrités de ne pas recevoir les secours qu'ils réclamaient pour leur défense contre les Espagnols, s'insurgèrent et sollicitèrent la Couronne pour qu'elle s'emparât du gouvernement de cette province sans attendre l'heure de la justice, c'est-à-dire avant que la déchéance de la charte eût été prononcée contre les propriétaires. Cette prise de possession illégale eut lieu en effet (1).

Mais par une anomalie singulière, tandis que les choses se passaient ainsi au sud, la Caroline du Nord restait soumise à l'autorité des propriétaires comme si la charte originaire eut comporté un pareil fractionnement (2). La réunion des deux provinces sous le gouvernement royal ne fut réalisée qu'en 1729, par suite de l'accord intervenu alors entre la Couronne et les propriétaires; mais chacune d'elles continua à avoir un gouverneur, un conseil et une assemblée distincte (3). Rien n'était changé dans la forme et le fonctionnement des institutions.

Il semblait que les gouverneurs royaux, plus fermement soutenus que leurs devanciers, dussent trouver les colons plus accessibles aux voies d'accommodement. Il n'en fut T\enyi)eux prétentions étaient en présence : le seul fonds ^^/-aflecté au payement des émoluments ordinaires des fonctionnaires était le produit des quit rents. Grande fut toujours la difficulté d'en obtenir le payement, et d'ailleurs la perception en devait être autorisée et répartie en vertu d'un ordre de l'Assemblée générale; conditions intolérables, car celte autorisation dépendait d'hommes qui en étaient tout à la fois les débiteurs et les dispensateurs. D'un autre côté, l'Assemblée insistait sur la réduction des frais et des émoluments attachés à l'exécution de certains actes. Ce grief,

(1) HiLDRETH, vol. II, p. 288 Cl Caroll, Histovical collections ofsouth Carotina, vol. I, p. 240, 252. — (2) Hildreth, vol. II, p. 292. — (3) Le môme, voL II, p. 336.

qui pouvait être fondé, notamment pour la perception des droits de douane, n'avait jamais rencontré une oreille favorable. Les gouverneurs, au contraire, avaient mission de maintenir les précédents, et quand Barrington, le premier d'entre eux nommé par la Couronne, s'opposa à la réduction réclamée sous le prétexte d'atteinte aux prérogatives royales, l'Assemblée refusa de voter les subsides ordinaires et de souscrire à toutes mesures qui seraient réclamées d'elle (1731-1734). Le conflit était grave; il ne cessa que par le sacrifice du fonctionnaire qui avait fait son devoir, même en le mitigeant par la remise des arrérages de rente dus jusque-là par les colons. 11 eut pour successeur Gabriel Johnston, homme prudent et habile, qui se montra disposé aux concessions ; mais dès qu'il voulut tenir la main à la perception des quit rentSy surtout par voie de saisie, l'Assemblée, à titre de représailles, lança immédiatement un mandat d'arrêt contre les fonctionnaires chargés de l'exécution des ordres du gouverneur et ils furent jetés en prison. Johnston chercha à pacifier les esprits à l'aide d'un compromis, mais l'Angleterre y refusa son assentiment (1739) (1).

SECTION V

Accroissement notable de population. '— Émigration d*Écosse et d*Irlande. — Subterfuge d'un gouverneur. — Changement de caractère de la colonie. — Payement des quit rents et de la rente royale. — Charges excessives. — Les Régulateurs. — Lutte sanglante. — Pas d*écoles. — Pas de sentiment religieux. — Esclavage.

La situation, devenue très critique, ne pouvait se prolonger indéfiniment, sous peine de voir s'arrêter tous les ressorts du gouvernement. Les officiers royaux ne recevaient plus de traitements depuis huit années. 11 leur fallait se répandre dans le pays et aviser à mille expédients pour ne pas mourir de faim (2). Une circonstance s'offrait à point pour sortir de cette situation inextricable. L'émigration

(1) HiLDRETH, vol. II, p. 339 et 350. — (2) Hildrbth, vol. II, p. 413, année 1746.

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