‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 130 sur 226 · CONFLITS DANS LA CAROLINE DU NORD · texte numérisé non relu

CONFLITS DANS LA CAROLINE DU NORD

(l'Europe continuait à se répandre sur l'Amérique. La Caroline du Nord en reçut une bonne part^ à ce point que de 1729 à 1750 environ, le nombre des habitants de cette colonie s'éleva de 13,000 à plus de 45,000 (1). Les nouveaux émigrants, venus d'Ecosse et du nord de Flrlande, se portèrent principalement au sud et au nord -ouest (2). Ils apportaient avec eux des éléments d'ordre inconnus jusque-là dans cette province. Johnston tira parti de cette circonstance, à l'aide d'un stratagème, peu édifiant sans doute et surtout téméraire, mais qui lui réussit à souhait. 11 avait remarqué que les comtés nouvellement formés au sud de la Caroline du Nord étaient plus modérés dans leur opposition, et que, d'après une ancienne répartition surannée et injuste aujourd'hui, ces comtés n'avaient droit chacun qu'à deux membres dans l'Assemblée, tandis que ceux du nord étaient représentés chacun par cinq délégués. Il saisit le moment où les membres des comtés nord étaient absents et il arrêta avec ceux du sud un arrangement au moyen duquel les deux régions de la Caroline du Nord furent placées sur un pied complet d'égalité, au point de vue de la représentation législative. En retour, le bill des taxes réclamé par Johnston fut accordé sans difficulté (1746). Les comtés du nord, indignés de cette manœuvre, protestèrent, mais en vain. Le temps était venu où le despotisme de ces comtés allait cesser par le déplacement des majorités. A partir de 1748, la législature alloua régulièrement le revenu royal et assura le payement des quit rents (3). Tel fut le point de départd'une ère nouvelle destinée à effacer le passé, si agité par desquestions politiques et religieuses. Désormais, la lutte s'engagera sur un autre terrain. Les Carolines, comme les autres colonies, auront pour principal adversaire le Parlement, qui, affamé d'impôts et jamais repu, soulèvera une résistance générale d'où naitra l'indépendance, c'est-à-dire le juste châtiment d'un despotisme inassouvi.

(\) Wheelkr, p. 45.

(2) Baird, Religion in Amci*ica, p. 15i.

(3) HiLDRETH, vol. II, p. 4i6.

G6 n'était point assez des lourdes taxes imposées par TAngleterre. Il y avait, là comme ailleurs, un système d'extorsion répandu partout, et qui était écrasant pour les comtés pauvres. Les frais de justice, les émoluments excessifs des hommes de loi, labsence de contrôle sur Fapplication et la perception des taxes par les shérifîs, qui ne rendaient aucun compte de leur mission, tout tendait à enflammer l'esprit public. Des associations se formèreol dans un but de résistance et de répression, sous Tappellation de régulateurs^ du nom déjà adopté dans la Caroline du Sud par des organisations de ce genre. Mais Fespiil en était fort différent. Dans la Caroline du Nord les hoinme5 enrégimentés sous cette bannière se composaient d'éléments assez hétérogènes.

Partant d'un point convenable, ils dénaturèrent bien vite le but de leur entreprise. Ils refusèrent d'abord le paiement des taxes, puis ils s'attaquèrent aux personne^ et aux propriétés des juges, des avocats, des shériffsel autres individus contre lesquels ils alléguaient des griefs plus ou moins plausibles. Ils firent invasion dans Tenceinte des tribunaux pour arrêter le cours de la justice. Cen était trop : FAssemblée générale se décida à agir contre eux, et, afin de faire un exemple salutaire, elle expulsa (!«' son sein un de leurs chefs, qui avait réussi à se faire élire député. Le gouverneur, de son côté, à la tête d'un corps de volontaires, se porta sur les comtés les plus compromis el livra bataille aux rebelles. Deux cents d'entre eux furent laissés pour morts sur le terrain, indépendammentde nombreux prisonniers. De ce nombre, six furent condamnés à mort pour haute trahison et exécutés (1771). Les survivants comprimèrent leur haine contre la milice des bas comtés qui avaient aidé à la répression; mais ils n'en perdirent pas le souvenir. Le gouverneur royal, épiant cet état des esprits, entrevit le parti qu'il pouvait tirer de ces divisions, et le jour vint où il appela à son aide ces mêmes hommes qu'il avait combattus, et qui lui servirent à défendre l'autorité royale contre les meuve-

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