‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 132 sur 226 · LES HUGUENOTS DANS LA CAROLINE' DU SUD · texte numérisé non relu

LES HUGUENOTS DANS LA CAROLINE' DU SUD

à ce mécanisme de gouvernement. L'on se borna à former un conseil de dix membres dont cinq au choix des propriétaires et cinq à élire par les freemen. La province fut en même temps dotée d'une Assemblée législative composée du gouverneur, du Conseil et de vingt délégués à élire par les colons. Le gouverneur, en qualité de représentant du palatin, était appelé à présider le Conseil (1). Cette organisation était identique à celle de la Caroline du Nord.

Le climat du sud de la Caroline et les ressources présumées de son sol n'étaient point le seul attrait de l'émigration d'Europe. Une autre cause non moins puissante alors était tout à fait déterminante : nous voulons parler de la tolérance en matière religieuse, qui était garantie par la charte, et qu'on avait vainement cherchée dans la Nouvelle-Angleterre puritaine.

Mais en même temps que des dissidents venaient y chercher un refuge pour leurs croyances, des épiscopaux, dont l'église était reconnue religion d'État, accoururent dans le but d'y chercher la fortune qu'ils croyaient y trouver aisément. Malheureusement tous importaient avec eux ces haines de secte très vives encore dans leur pays. Parmi eux se faisaient remarquer des Cavaliers ruinés par la guerre de la révolution et auxquels le roi Charles II cherchait à donner un dédommagement par de larges concessions de terres pour un prix à peu près nominal dans la Caroline du Sud. Après eux vinrent des individus déclassés de toute espèce, qui ne pouvaient qu'augmenter les difficultés des premiers temps et fomenter la discorde (2).

Une place doit être faite à part aux Huguenots, dont les premières traces dans cette contrée se rencontrent dès 1663 et 1677. En 1679 Charles II d'Angleterre, épiant les fautes de Louis XIV et cherchant à en tirer parti, fréta à ses frais des bâtiments chargés de protestants du midi de la France, dont il estimait le concours très précieux pour

(1) Bancropt, vol. ï, p. 255. Hildreth, vol. II, p. 34.

(2) Hnj)RETH, vol. II, p. 36.

l'acclimatement sur ce sol de la vigne et du mûrier el relève des vers à soie. 11 les dirigea sur la Caroline du Sud. D'autres Huguenots suivirent le chemin tracé. Oo alla jusqu'à faire pour eux en Angleterre des collectes destinées à leur venir en aide. Enfin le Parlement, fait bien insolite, vota en leur faveur un subside de 15,000 livres sterling (1). Toutefois si ces excellents colons ne trompèrent point les espérances qu'ils avaient fait naître, autant que le climat le comportait, ils furent longtemps à prendre une part active aux affaires publiques, eu égard d'abord au\ difficultés de langage qui les obligèrent à former des groupes séparés, et parce qu'ensuite leur naturalisation rencontra des obstacles qui les attristèrent. Ajoutons que les pratiques commerciales peu édifiantes des autres habitants répugnaient à leurs principes. Le nombre des émigrants de cette origine s'accrut considérablement dans la Caroline du Sud après la révocation de Téait de Nantes. L*Âllemagne et le nord de l'Irlande contribuèrent, mais beaucoup plus tard, à fortifier la phalange de ces laborieuï travailleurs (2).

La tâche n'était point aisée de faire vivre en bonne intelligence les premiers éléments de population de cette colonie, si divers et à certains égards si contraires, et surtout d'inspirer à bon nombre d'entre eux le goût du travail nécessaire pour la lutte contre le climat dont l'action débilitante pesait aux Européens, sans parler de l'insalubrité causée par les marécages qu'on rencontrait de divers côtés. L'on doit rattacher à ces causes principales la résolution prise par Yeamann, le premier gouverneur de cette colonie, d\ introduire des nègres. Il les importa des îles Barbades où ils vivaient en état d'esclavage, condition qui leur était réservée sous de nouveaux maîtres (1671). Tel fut le début

(1) Raird, Religion in America, p. 159, 160. Dans ce livre se tronTenl rapportées diverses particularités concernant Tarrivée successive des émigrés français, les avantages qui leur furent octroyés et la considération qu'ils obtinrent entre tous dans la Caroline du Sud.

(2) Voir le même auteur, ch. XI, XII, Xm.

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