LES HUGUENOTS DANS LA CAROLINE DU SUD
de cette race dans la Caroline du Sud, où elle compta plus qu'ailleurs, parce qu'elle pouvait, mieux que d'autres, extraire de c^ sol si fécond des produits précieux et abondants, sans péril pour ses forces physiques (1).
La race rouge ne fut pas plus épargnée que la race noire, non pas qu'on la soumît tout entière à l'esclavage^ mais là comme ailleurs, les Indiens qui étaient capturés dans d'injustes guerres ou pris dans des embûches tombaient sous le joug des blancs, qui en faisaient l'objet d'un commerce d'exportation.
Aucune colonie ne reçut, dès le principe, autant d'éléments hétérogènes, antagonistes même en partie, alors que l'unité était à créer. Nulle part ne se trouvaient autant de causes d'affaiblissement quand il fallait former un faisceau de résistance à opposer aux Espagnols qui, dans un voisinage immédiat, étaient maîtres delà Floride. Les chefs de la Caroline du Sud et les colons d'origine anglaise semblèrent faire assaut de zèle pour mettre en fermentation celte jeune société et empêcher les institutions de s'asseoir. Les gouverneurs, même les membres du Conseil, loin d'être les fidèles exécuteurs de leur mission, la mettaient souvent en oubli; les premiers surtout cherchaient, par de blâmables concessions, à se concilier la faveur de l'Assemblée dont dépendait la fixation de leur traitement, lis n'hésitaient pas non plus à se livrer à des spéculations dont les pauvres planteurs étaient les premières victimes (2). De là de fréquents changements parmi ces fonctionnaires qui trompaient tout à la fois les propriétaires et le peuple. Les colons, tristement édifiés par ce spectacle démoralisant, entrèrent en lutte constante avec les Indiens qu'ils provoquaient à plaisir pour en faire des prisonniers à vendre comme esclaves pour le marché des Indes occi^ dentales. D'un autre côté, ils se faisaient les complices intéressés des pirates, qui infestaient les parages des possessions espagnoles dans les mers du Sud, au risque de sus-
(1) WiLsoN, Cafolina et Bancroft, vol. I, p. 2o6i — (2) Hildreth^ voL II, p. 35.
citer une guerre entre l'Angleterre et TEspagne (1). L*Assemblée générale se laissa même entraîner sur cette peote, jusqu'à autoriser une levée d'hommes et de taxes destinée à Fenvahissement de la Floride. Cette levée de boucliers resta néanmoins à Tétat de simple démonstration, grâce à l'intervention des propriétaires qui, prévenus à temps, conjurèrent le péril. Ceux-ci proposaient-ils aux assemblées quelques lois temporaires comme cela avait lieu dans le Maryland, elles étaient généralement repoussées, de même que toute mesure, quelque juste et raisonnable qu'elle fût, dès lors qu'elle provenait de leur initiative. L'Assemblée, en même temps qu'elle prescrivait l'observation rigoureuse du dimanche et repoussait tout ce qui, à ses yeux, avait le caractère d'une profanation, refusait toute sanction aui engagements contractés hors de la province. Les coloos résistaient même au payement des quit rents aux propriétaires, quoique les titres d'où elles tiraient leur origine fussent encore de date bien récente. Ce mélange d'idées religieuses et de pratiques qui leur étaient si contraires dans toutes les directions de la vie ne s'éloignait pas trop de l'exemple donné par d'autres colonies où l'intérêt d'affaires tendait de plus en plus à peser sur les principes pour en affaiblir le ressort. Les idées de justice ne présidaient pas toujours aux rapports des colons entre eux. La Caroline du Sud avait, en 1682, pris des accroissements assez notables pour qu'il fût jugé utile de la diviser en plusieurs comtés. 11 semblait qu'on dût faire de chacun d'eux un centre électoral favorable à l'exercice des droits politiques; mais Cha^ leston, abusant de l'importance relative de sa population, refusa son adhésion à la demande des propriétaires, quelqu'équilable qu'elle fût ; et comme par le passé, cette ville resta le seul chef-lieu électoral pendant longtemps encore. 11 ne fallut rien moins que les réclamations persistantes des autres comtés pour obtenir ce qui avait été refusé à Tautorité supérieure (2) (1685).
(I) HiLDRBTH, voL U, p. 31 et 38. — (2) Bawchopi, vol. 1, p. 261