TROUBLES DANS LA CAROLINE DU SUD
SECTION II
Continuation des hostilités contre les gouverneurs. — Expulsion de l'Assemblée des bourgeois votant contre le Grand Modèle. — Scission violente entre le gouverneur et TAssemblée. — Seth Sothel gouverneur, puis chassé. — Exactions. — Retrait du Grand Modèle. — Naturalisation des Huguenots.
Les colons avaient aussi peu de souci des prérogatives du Parlement que de celles des propriétaires. La Caroline du Sud, et particulièrement Charleston, s'enrichissant par le commerce, appelèrent Tattention de la métropole. On lui appliqua les impôts créés par les actes dits acts of iradcy et un bureau de douane fut établi dans cette cité ; mais les colons mirent tout en œuvre pour déjouer la surveillance des 'fonctionnaires anglais chargés de ce service. Le roi d'Angleterre, irrité de cette résistance, ordonna qu'une procédure fût entamée contre les propriétaires afin d'obtenir la déchéance de leur charte (1685). Des offres de cession, habilement présentées en temps utile, conjurèrent cette extrémité, comme on Ta dit plus haut. Cependant les propriétaires ne renonçaient point à imposer aux colons le fonctionnement du Grand Modèle. Une Assemblée, expressément convoquéç en 1686, fut saisie d'une proposition à cet effet; mais elle repoussa énergiquement cet instrument de gouvernement, qui n'avait rien d'obligatoire pour le peuple. Colleton, alors gouverneur, emporté par un zèle immodéré, fit expulser de l'Assemblée ceux de ses membres qui s'étaient montrés les plus hostiles à la mesure ; mais d'énergiques protestations s'ensuivirent non seulement contre cet acte de violence, mais encore contre toutes résolutions qui seraient prises ultérieurement par l'Assemblée mutilée. Celle-ci fut bientôt dissoute et remplacée par une autre dont les membres reçurent des électeurs le mandat impératif de résister en toutes choses aux demandes du gouverneur. Le nouveau parlement, fidèle à son mandat, opposa au Grand Modèle un corps de
lois fondamentates auquel les propriétaires refusèrent leur sanction. La scission était complète entre Tautorité supérieure et le peuple. Elle devait s'aggraver encore lorsque Ton voulut contraindre au payement de5 guit rents les détenteurs de terre. L'Assemblée ordonna alors Temprisonnement du secrétaire de la province, fit saisir les registres publics et brava ouvertement le gouverneur. Celui-ci ne pouvait rester témoin impassible de cette usurpation de pouvoir; il prétexta un danger public, proclama la loi martiale et appela la milice sous les armes. 11 oubliait que les hommes qui la composaient étaient ses propres adversaires; aucun d'eux ne se soumit à ses réquisitions (1689) (1).
Au milieu de cet état révolutionnaire se produisit un fait étrange qui, réuni à d'autres, ne donnerait pas une haute idée de la moralité de ces populations. La Caroline du Nord avait eu pour gouverneur Seth Sothel, qui élail en même temps l'un des propriétaires. Chassé de celte colonie, comme on l'a vu, à raison de ses malversations, il se réfugia dans la Caroline du Sud, où il se mit à la tête de l'opposition faite au malencontreux CoUeton. Une nouvelle Assemblée déposa celui-ci et prononça son bannissement. Seth Sothel, malgré ses déplorables antécédents, fut élu à sa place gouverneur de la Caroline du Sud (2 (1690). En agissant ainsi, l'Assemblée usurpait le rôle da pouvoir souverain, et bien loin d'atténuer la violation de cette prérogative par Texcellence du choix du gouverneur, elle le fit porter, au contraire, sur l'homme qui en était le moins digne. Elle s'en repentit plus tard, obligée quelle fut de le chasser à son tour, après l'avoir fait flétrir par la justice (1690).
Philippe Ludwell, déjà gouverneur de la Caroline du Nord, fut appelé à gouverner en même temps la CaroliD« du Sud (1691). Sa droiture formait un grand contraste avec les déplorables errements de son prédécesseur; mais, quelque soin qu'il mit à se concilier la faveur des habi-
(1) Bancroft, vol. T, p. 262 el Hildreth, vol. U, p. 42. — (2) HiLoaire,
vol; II, p. 43;
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