TROUBLES DANS LA. CAROLINE DU SUD
tants, il ne pouvait fermer les yeux sur la complicité d'une grande partie de ceux-ci avec les pirates, au mépris des défenses des propriétaires. Le gouverneur fit mettre en jugement quelques-uns de ces forbans, mais il marchait contre le courant populaire. Aussi ces poursuites restèrentelles complètement inefficaces (1). Une autre satisfaction devait être donnée au pouvoir souverain : lorsque le gouvernement révolutionnaire de Seth Sothel fut renversé par les mêmes mains qui l'avaient élevé, les propriétaires rejetèrent en masse toutes les lois faites par TAssemblce sous son administration. L'une d'elles, quelque légitime qu'elle fut, sombra dans le naufrage général. Nous voulons parler de la loi qui accordait aux Huguenots la naturalisation. Ludwell voulut, par un acte séparé, réparer ce préjudice; mais la volonté populaire est très ambulatoire, et comme, dans l'intervalle, l'émigration huguenote s'était, de beaucoup accrue, l'on n'accueillait plus ces étrangers que comme des rivaux, non comme des infortunés dont le malheur devait commander la bienveillance. Satisfaction ne fut donnée à leurs légitimes réclamations qu'en 1698. Ludwell, découragé par tous les obstacles, par toutes les résistances qu'il rencontrait à chaque pas, et n'ayant aucun moyen de les dompter, se désista de sa double administration, en 1693. De leur côté, les propriétaires, qui ne pouvaient recueillir qu'à grand'peine les quit rents^ dont le produit élait destiné à couvrir les charges du gouvernement, ne voulant point d'ailleurs engloutir leur fortune privée dans une entreprise si ingrate, espéraient mieux d'un changement dans le mode de gouvernement. Aussi se décidèrent-ils enfin à abandonner le Grand Modèle (1693), pour satisfaire, disaient-ils, au vœu des populations (2). Ils se méprenaient encore sur la portée de cette tardive résolution. Les choses restèrent ce qu'elles étaient auparavant, avec une illusion de plus pour les uns, et un surcroît de confiance chez les autres.
(4) HiLDRETH, vol. II, p. 2i0. - (2) Bancropt, p. 382.
SECTION m
Un seul gouverneur pour les deux Garolines. — Apaisement des esprits par ascendant. — Piraterie d'abord repoussée, puis pratiquée. — Traûc d'Indiens. — Législation générale.
Entrant dans une voie nouvelle, les propriétaires confièrent à Archdale, l'un d'eux, le gouvernement des deux provinces, Nord et Sud. Cet homme de bien réussit, comme on Ta vu, à se concilier la faveur des Caroliniens du Nord; il ne fut pas moins heureux au Sud, où il fit habilement remise de l'arriéré des quitrents^ et réussit, quoique Quaker, à faire adopter une loi de milice pour tenir en respect les Espagnols et les Indiens dont on redoutait les agressions. Toutefois il se réserva le pouvoir de dispenser de ce service ceux que des scrupules de conscience en éloigneraient. Il chercha à atténuer les dissidences en matière religieuse, et mit un terme aux entreprises scandaleuses ayant pour l'objet le rapt des Indiens dont on continuait à faire un commerce lucratif. L'apaisement s'étant fait à peu près partout, Archdale se démit de ses fonctions en faveur de Blake qui, comme lui, appartenait à une secte dissidente. Cette nomination paraît coïncider avec rimmigrationdans cette colonie d'un certain nombre d'individus du Massachusetts, tous de la secte puritaine, qui s'établirent à vingt milles en arrière de Charleston (1698). A ce gouverneur doit être attribué le mérite de l'initiative de deux mesures qui, quoique d'un caractère différent, attestaient tout à la fois l'ascendant d'une secte sur les autres et un progrès réel dans les mœur^ publiques. D'abord il fit doter l'église épiscopale de Charleston d'un reven" annuel destiné à l'entretien d'un ministre et de l'église elle-même. Puis il obtint de l'Assemblée une loi qui, accordant la naturalisation aux Huguenots, leur conférait en même temps les privilèges politiques dont jouissaient les habitants d'origine anglaise, à la seule condition de prêter le serment d'allégeance au roi d'Angleterre, dont ils de-