LA PIRATERIE
venaient les sujets coloniaux (1698). Cette naturalisation longtemps réclamée et refusée, et finalement concédée, ne pouvait que resserrer les liens, jusque-là très relâchés, qui devaient former un faisceau de tous les éléments de race blanche dispersés dans cette colonie (1). 11 convient de dire que ce bienfait s'étendit à tous les habitants d'origine étrangère, et qu'il fut dû en partie au traité de Rysw^ick intervenu entre la France et l'Angleterre en 1697, traité par lequel Louis XIV, abandonnant Jacques II, se résigna à reconnaître Guillaume comme roi d'Angleterre.
La Caroline du Sud continuait à être un nid de pirates protégés parles colons, à raison des larges profits du trafic que les habitants entretenaient avec eux, au mépris des principes rigides des sectes dominantes. Mais quand les Caroliniens voulurent, à leur tour, se faire agents de transports maritimes, ils se trouvèrent exposés aux déprédations des pirates. Alors seulement, leur intérêt changeant de face, ils devinrent les adversaires de ceux dont, hier encore, ils étaient les complices. Ils leur firent une guerre acharnée. Plusieurs de ces misérables tombés dans leurs mains passèrent en jugement et furent condamnés à mort; sept sur neuf furent exécutés (2). La police des mers ne parut bien établie qu'en 1723, époque à laquelle des me» sures énergiques prises par l'Angleterre mirent ces forbans aux abois.
Vers la fin du xvii** siècle, cette colonie ne comptait pas plus de 5 à 6000 habitants de race blanche. Charleston continuait à en être la capitale. Elle n'avait que deux églises, l'une anglicane, l'autre presbytérienne; mais dans le
(1) Répétons ici la remarque que nous avons faite pour l{^ colonie de New- York el pour la Pennsylvanie : c'est à tort que M.^Gh. Weiss a soutenu que partout en Amérique on s'empressa de conférer aux réfugiés protestants des droits politiques, et que dans la Caroline, étrangers aux luîtes de parti, ils ne cherchèrent môme pas à en profiter. Voir Histoire des réfugiés protestants de France, vol. I, p. 392. Celte assertion est entièrement contraire aux faits historiques attestés par Gordon dans son History of Pennsylmnia invoquée plus haut; par B.-R. Cahroll, History of South Carolina^ vol. I, p. 103, 104 et par Hildrbth, vol. n, p. 213. -— (2) Carroll, vol. I, p. 127.
376 LES COLONIES ANGLAISE? D'ABfÉRIQUE.
reste de la province, à rexception des comtés français, il n'y avait ni service divin ni école publique. Le rhum, reçu en échange des exportations, exerçait une fâcheuse influence sur les mœurs. Ce n'est pas que le sentiment religieuise fût émoussé, si Ton en juge par l'antagonisme ardent qui existait entre les sectes. En effet, on vit en 1704 les épiscopaux, quoique inférieurs en nombre aux dissidents, mais plus audacieux que ceux-ci, se ménager dans les élections une majorité frauduleuse qui leur donna un ascendant réel dans l'Assemblée législative. Ce corps politique, dévoué à ée parti, ordonna que désormais tout membre élu serait tenu par serment de se soumettre à l'observation des règles de l'Église anglicane (1). On frappait ainsi, d'un seul coup, d'incapacité politique tous les dissidents. L'arbitraire heureusement ne peut pousser de profondes racines: cette législation dénoncée à la Chambre des lords fut annulée comme renfermant une violation flagrante de la charle royale et pouvant entraîner la déchéance de celte précieuse garantie (1707) (2). L'Assemblée elle-même rapporta les lois qui avaient provoqué ce recours à la Couronne, en sorte que les dissidents prolestants continuèrent à jouir sans entraves des mêmes droits politiques que les épiscopaux. Toutefois la religion anglicane conserva la prééminence et fut soutenue par une contribution levée sur la province, sans distinction entre les contribuables. Celle secte favorisa d'ailleurs les missionnaires qu'envoyait la Société anglaise pour la propagation de la foi et qui rendit de signalés services à cette jeune société. Elle répandit, en effet, dans ce pays plus de deux mille volumes pour l'instruction du peuple ; à défaut d'autre enseignement régulier, celui-là était inappréciable (3). La Caroline du Nord ne sut point s'honorer d'un pareil bienfait; aussi resta-t-elle toujours en arrière, sous ce rapport, de la colonie voisine.
Nous ne nous arrêterons point à décrire les tentatives téméraires des Caroliniensdu Sud contre les établissements
(1) Hewatt, South CaroUna from 1660 to 1776. — (2) HildrbtH| wK H, p. 232. — (3) Carroll, vol. I, p. 169,
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