‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 14 sur 226 · ESQUISSE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

ESQUISSE GÉNÉRALE

avaient été précédés sur ce nouveau continent, dès les xv' et xvi° siècles, par d'habiles navigateurs qui firent d'utiles découvertes, mais sans pouvoir rien fonder. Plus heureux, les émigrants du xvn* siècle réussirent à verser et à faire fructifier dans ce pays les germes de civilisation qu'ils apportaient d'Europe. Les Anglais prirent à ce travail la plus grande pari. Les Hollandais ne firent qu'ébaucher la colonie de New- York et les Suédois celle de Delaware ; mais l'Angleterre ne tarda point à se rendre maîtresse de leurs possessions, qu'elle réunit aux siennes propres sur les bords de l'Atlantique, et elle sut imprimer à chacune d'elles sa physionomie particulière qui leur est restée. Nous ne parlons point des fondations dues aux Français, aux Espagnols et aux Portugais, attendu qu'elles sont en dehors du cadre de notre étude.

Examinons maintenant quel titre les puissances d'Europe prétendaient invoquer pour s'emparer de cette partie du continent américain. Elles n'avaient point d'ennemis ù y camballre, point de représailles à exercer, et cependant il y avait de paisibles habitants, dont la possession remontait à une époque immémoriale, et qu'on allait inquiéter dans leurs retraites. Les pionniers et les gouvernements qui les couvraient de leur protection oseraient-ils porter la main sur un immense domaine, sans tenir compte des droits acquis? S'ils le faisaient, ne provoqueraient-ils point à plaisir des guerres à outrance, non seulement avec les Indiens, mais encore de puissance à puissance entre ^Européens?

Protestants et catholiques invoquaient le droit elle devoir de s'imposer aux infidèles pour les christianiser et les civiliser. « La terre avait été créée, disaient-ils, pour être cultivée, non pour être laissée stérile entre les mains des sauvages. » Ces raisonnements ne servaient qu'à masquer d'immenses convoitises, car ne pouvait-on réussir à christianiser et à civiliser les Indiens sans les soumettre au fatal contact des Européens? Quant à la mise en culture du sol, n'y avait-il pas en Europe de vastes contrées incultes

4 LES COLONIES ANGLAISES D'aMÉRIQUE.

qui étaient un reproche pour ceux-là mêmes qui blâmaient les Indiens? La véritable cause de ces voyages d'aventures était la recherche de Tor et de Targent pouvant procurer des fortunes rapides, car déjà Ton aspirait après le gain sans beaucoup de travail. Cependant deux périls étaient à conjurer : des guerres d'extermination si Ton essayait par la violence de s'emparer des terres des Indiens, et des rivalités ruineuses entre Européens, si leurs entreprises n'étaient soumises à une règle internationale. Pour conjurer ces extrémités, l'on imagina des expédients, et voici l'espèce de droit public qui prévalut, tel que nous l'avons retracé dans notre Histoire du peuple américain [i) :

Les puissances européennes convinrent, au moins tacitement, que la priorité de découverte d'une région assurerait à celle qui pourrait l'invoquer et l'établir, un droit de souveraineté politique, au regard des autres, à ce point que celles-ci ne pourraient acquérir des tribus indiennes répandues sur ce territoire aucune parcelle de terre, sans le consentement préalable de la puissance première occupante« En créant cette suprématie, les Européens n'entendaient point porter atteinte au droit de possession des tribus dans les circonscriptions où elles avaient l'habitude de se mouvoir, pas plus qu'à leur souveraineté pour leur gouvernement intérieur et séparé. Ce qu'on voulait de toute part, c'était éloigner les influences étrangères et s'assurer un droit de préoccupation sur les territoires que les Indiens consentiraient à abandonner. De cette supré*matie découlait encore un autre privilège important^ celui de s'emparer des vastes espaces qui seraient délaissés par une peuplade chasseresse, soit par sa dispersion volontaire, soit involontairement, par sa destruction dans des guerres de tribu à tribu, ou dans les luttes qui viendraient à surgir entre elle et les Européens. Ainsi lorsque commencèrent les émigrations d'Angleterre vers le nouveau monde, les chartes que donnèrent d'abord le roi Jacques I*%

(i) Vol. I, p. 10*

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