LES RÉGULATEURS DANS LA CAROLINE DU SUD
TAnglelerre, fut accordé, mais insuffisant, suivant les Caroliniens, pour le double objet qu'ils avaient en vue. Le Conseil privé refusa de plus amples auxiliaires; car ceux accordés pouvaient aisément, suivant lui, avec les autres moyens de défense, faire face à Tennemi. En ce qui concernait les nègres, la réponse fut que les Caroliniens n'avaient qu*à s'en prendre à eux-mêmes du nombre considérable de ceux attachés à leurs plantations. Ce nombre, en effet, allait toujours croissant, suivant la marche ascendante de la grande prospérité de la colonie ; on a supputé qu'en 1765 sa population blanche ne montait encore qu'à 40,000 âmes, tandis que le nombre des nègres n'était pas moins de 80 à 90,000 (1).
SECTION VI Les Régulateurs. — Les partis au xvin« siècle.
En 1764, on provoqua de nouvelles émigrations d'Eu rope par des offres de primes d'encouragement. La colonie reçut des émigrants de divers côtés, notamment d'Ecosse, d'Irlande, d'Allemagne, etc. Parmi eux se trouvaient des individus de principes très relâchés, qui se livrèrent à des déprédations difficiles à réprimer; car alors, même après un siècle de colonisation, il n'existait point encore de cour de justice hors de la ville de Charleston. 11 se forma parmi les principaux habitants une société dite des Régulateurs, dont l'objet était de punir sommairement tous individus qui se rendaient coupables de délits ou crimes et principalement ceux faisant métier de voler des chevaux (2). Là où la société est sans protection, l'homme en est réduit à se défendre lui-même. Triste condition qui révèle l'état encore rudimenlaire d'un peuple et ne peut prétendre au nom de justice. Cet acte révolutionnaire rencontra une vive opposition et allait peut-être amener l'anarchie. Lord
(1) Carroll, vol. I, p. 503. — (2) Carroll, vol. II, p. 568
Montague heureusement élâit alors gouverneur; animé d'intentions bienveillantes, il parvint à pacifier les esprits en instituant des cours de district qui permirent à la ju^ tice d*exercer son action immédiate sur les malfaiteurs qui tentaîentde jeter le désordre dans le pays. Les Régulateurs, satisfaits des mesures prises, consentirent à dissoudre leur association; mais de vives rancunes survécurent, et la province fut partagée en deux camps. L'un, attaché fermement au gouverneur, fut qualifié de tory; l'autre reçut la qualification de whig. Cette classification servit de drapeau dans la lutte des partis lors de la guerre de l'Indépendance (I . La grande prospérité de la colonie, basée sur le travail nègre, engendra une sorte d'aristocratie terrienne; noapas que les fortunes fussent nombreuses, mais l'aisance était générale. Les études, fort négligées, ne reçurent guère d'essor que vers l'époque de la révolution américaine. L*esprit militaire régnait dans cette province, entretenu qu'il était par les fréquentes prises d'armes contre les Espagnols et les Indiens, et dans un but de défense contre les nègres. Il s'est toujours maintenu depuis, et n'a pas peu contribue au succès des écoles militaires des États-Unis. La loi ne manquait pas d'entrailles pour les pauvres, mais la charité privée voulait davantage encore. Des personnages considérables organisèrent une société d'assistance, ouverte à tous les rangs ; elle réussit, à l'aide de donations et de \ep particuliers, à réunir un fonds de 68,787 livres sterling. somme considérable pour Tépoque (1770). L'impulsion donnée, d'autres sociétés s'établirent et procurèrent des soulagements à beaucoup de misères (2). Ce trait caractéristique était trop à l'honneur de cette colonie pour être passé sous silence.
(1) HiLDRBTH, vol. U, p. 568. -- (2) Carroll, vol. I, p. o06 à 510.