‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 145 sur 226 · QUESTION DE L'ESCLAVAGE EN GEORGIE · texte numérisé non relu

QUESTION DE L'ESCLAVAGE EN GEORGIE

SECTION II

Guerre contre la Floride. — Défaite. — Usage du thé et du rhum défendu, puis accordé. — Divers colons subissent Tesclavage des nègres, d'autres le repoussent. — Résolution évasive. — Reddition de la colonie au roi par les Trustées.

Deux faits principaux devaient amener un conflit, peutêtre une guerre entre la Géorgie et la Floride : d'abord le refuge que cette province continuait à accorder aux esclaves en fuite de la Caroline du Sud, puis les différends chaque jour envenimés entre l'Angleterre et l'Espagne. Si les négociations entamées entre ces deux puissances ne réussissaient point à amener la paix, c'en était fait de la sécurité de la Géorgie. Un accord fut préparé; mais les marchands anglais et la populace, animés d'un sentiment de jalousie contre l'Espagne alors à l'apogée de sa grandeur, poussèrent à la guerre. L'on s'y prépara activement. Oglethorpe, qui avait ramené d'Europe un régiment de troupes anglaises, reçut ordre de se préparer pour une action décisive. Réduit à ses propres forces, il s'adjoignit un corps de volontaires levé dans les deux Carolines et la Géorgie. Puis il s'assura le concours des Creeks, avec lesquels il fit un nouveau traité. Quand tout fut prêt, il envahit la Floride et s'empara de deux petits forts presque sans coup férir. Mais, se méprenant sur les forces de l'ennemi et sur la résistance des siennes propres, il mit résolument le siège devant Saint-Augustin, place forte bien pourvue d'hommes et de munitions. Une sortie vigoureuse des assiégés détruisit bien vite ses illusions; ses troupes, surtout les Écossais, éprouvèrent des pertes considérables. Les Indiens lâchèrent pied bientôt; ils furent suivis par les volontaires recrutés dans les Carolines. Ce fut une déroute complète dans laquelle le fondateur de la Géorgie perdit tout son prestige. Dès lors, bon nombre de colons abandonnèrent un pays où leur sécurité était incessamment menacée. Ils allèrent demander à la Caroline du Sud un asile moins exposé aux

coups de l'ennemi. Les Allemands moraves émîgrèrenl aussi, pour n'avoir point à prendre part à une lutte armée. Quant aux Écossais , qui survécurent à cette lamentable journée, préférant désormais le métier des armes à FagricuKure dans les conditions où il fallait la pratiquer, ils s'enrôlèrent comme soldats (1740).

Cependant l'insuccès de cette journée téméraire enhardit les colons à renouveler leurs réclamations. Ils adressèrent h la Cliambre des communes d'Angleterre une pétition dans laquelle, en termes peu mesurés, ils dénonçaient des actes de malversation, de péculat qui viciaient l'administration de la Géorgie, et ils insistaient pour obtenir l'usage du rhum tout à la fois article de commerce et ressource pour combattre l'influence débilitante du climat. L'esclavage des noirs n'était pas pour eux de moindre importance. La Chambre, tout en blâmant les termes de cette pétition, opina pour la concession du rhum; mais elle repoussa la demande d'importation des esclaves. Les trustées se rangcrcnl à l'opinion de ce corps politique, et firent droit à la première des deux réclamations. Cette concession coûtait peu, car le rhum s'introduisait aisément dans cette province parla contrebande (1242) (1).

11 fallait renoncer aux anciens errements si l'on voulait sauver la colonie d'une ruine complète. La Corporation prétendait gouverner d'Angleterre ; c'était une faute que h compagnie de la baie de Massachussets avait commise, mais qu'elle répara bien vite. L'administration de la Géorgie donnait lieu à des plaintes sans cesse renouvelées ; Ifô trustées crurent y donner une suffisante satisfaction en créant une autorité locale composée d'un président et de quatre conseillers qui furent investis de pouvoirs trop peu étenilas (1742). Là n'était pas le nœud de la situation. Les colons, ceux surtout qui tenaient à vivre du travail des autres^ réclamaient avec plus de force que jamais l'introduction de l'esclavage comme étant le meilleur moyen

(1) HiLDRETH, vol. II, p. 385.

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