‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 146 sur 226 · QUESTION DE L'ESCLAVAGE EN GEORGIE · texte numérisé non relu

QUESTION DE L'ESCLAVAGE EN GEORGIE

d'élever cette colonie au niveau des autres. Pourquoi, disaient-ils, ce régime serait-il plus condamnable là que dans les Carolines et ailleurs encore ? Cependant tel n'était point le sentiment des Allemands, qui voulaient être en paix avec leur conscience. Il fallait donc trouver un biais qui leur permît de ne point paraître déserter les principes tout en donnant satisfaction aux intérêts. Ils soumirent les difficultés de leur position à leurs coreligionnaires d'Allemagne. La réponse fut ce qu'on peut supposer, à une époque où l'on transigeait, plus qu'on ne le pense aujourd'hui, avec le devoir. Si vous prenez, leur répondit-on, des esclaves selon la foi et avec l'intention de les conduire au Christ, ce ne sera point un péché ; il se peut même que cela devienne une bénédiction (1) ! Il n'en fallait pas davantage pour lever tous les scrupules. Dès lors tous les colons sans exception, même Whitefied, leur ministre éminent, sollicitèrent l'introduction des noirs dans la colonie à titre d'esclaTes, sur le motif apparent de convertir les infidèles au christianisme. Avant que les trustées aient pu se résoudre à ce parti, les conseillers, se faisant les complices des planteurs, fermaient les yeux sur l'introduction clandestine d'un grand nombre de nègres ; on les prenait à titre d'engagés volontaires. Mais au lieu d'un contrat à court terme, comme cela avait lieu pour les serviteurs blancs, on supposait un engagement de cent années. Les trustées, se trouvant en face d'une situation irrésistible, cédèrent et admirent l'esclavage en principe, mais en exigeant des maîtres qu'ils donneraient un enseignement religieux à ces malheureux, une fois par semaine, le dimanche (1749- 1752) (2).

Un point important restait toujours en suspens. Les trustées hésitaient à déchirer le dernier feuillet du pacte colonial. La prohibition d'aliénation des terres et l'obligation du service militaire inhérent à la possession pesaient de tout leur poids sur la Géorgie dont elles arrêtaient les

(1) Bancropt, yoL I, p. 55"?. — (2) Hildreth, vol. II, p. 418.

progrès, et qui languissait dans une sorte de marasme. Ce dernier obstacle fut levé en 1751, à la grande joie des colons. Le délai assigné au fidéicommis venant à expirer, les trustées remirent au roi leur mandat en lui exposant lolat du pays {1752).

SECTION III

Ëminrationâ des Puritains de la Caroline du Sud en Géorgie, suile d'hUolt^rance. — Province royale. — Tentative de renversement du gouverueinent réprimée. — Expulsion de quelques membres de TAssemblée. — Cession de la Floride par TEspagne à PAnglclerre. — Grande prospérité de la colonie. — Entretien du sentiment religieux.

Malgré les sommes considérables consacrées par le Parlement à la fondation de cette province, malgré les dons généreusement fournis par la charité privée, et après vingt ans d'une expérience durement supportée par les colons, laGeorgie ne contenait pas plus de trois towns et quelques plantations éparses peuplées de 1,700 habitants blancs et de 400 nègres. Vainement avait-on cherché à acclimater la vigne, il fallut renoncera ce produit. 11 n'en était pasdemême de la soie qui semblait promettre une meilleure réussite (1).

Dans cette même année 1752, qui fut marquée par la prise de possession de la Géorgie par la Couronne, on y vit arriver, pour sW fixer définitivement, les habitants d'une town entière de la Caroline du Sud appelée Dorchester; tous éiaîent puritains et émigraient en masse pour échapper à la domination de Téglise épiscopale qui y était reconnue religion d'État. On a déjà observé, partout en Amé- | rique, ce mouvement de migration d'une colonie à l'autre comme un témoignage irrécusable de l'intolérance persistante des sectes protestantes entre elles, quand l'une d'elles réussissaitù s'associer aux pouvoirs publics. La liberté religieuse restait donc un mot vide de sens chez ceux-là même qui l'avaient tant invoquée en Europe, et qui la répudiaient

(1) HiLURETH, vol. II, p. 453.

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