PROVOCATIONS DE L'ANGLETERRE
trame avaricieusement tressée montre une fois de plus combien la politique de TAnglelerre fut toujours étrangère à tout sentiment généreux! Loin de là, son arbitraire se continua pendant la république et sous la monarchie restaurée. Il prit même des proportions exorbitantes sous Guillaume d'Orange et ses successeurs. En effet, ces monarques jetèrent leurs sujets américains dans quatre guerres intercoloniales qui prirent naissance, en grande partie au moins, en Europe, entre TAnglelerre, la France et TEspagne, et dont le théâtre fut transporté en Amérique à titre de diversion. Ces guerres pesèrent lourdement sur les colonies, car on ne leur ménagea ni les levées d'hommes ni les demandes de subsides. Leurs ressources s'appauvrirent, et il leur fallut recourir à des émissions de billets de crédit ruineuses. Tout concourait donc à rendre le joug de l'Angleterre intolérable. La coupe d'amertume ne pouvait tarder beaucoup à déborder.
Pendant longtemps, le Parlement couvrit ses actes d'oppression du prétexte de réglementer le commerce général. Mais pouvait-on qualifier réglementation un ensemble de mesures qui conféraient aux Anglais le monopole du commerce et de la navigation au grand préjudice des colonies? La longanimité de celles-ci dans la soumission fut prise pour de la résignation et de l'impuissance; cette erreur, l'Angleterre la paya chèrement. Cette nation, pliant sous le poids d'une dette énorme résultant de sa guerre en Europe et en Amérique, voulut en rejeter une partie sur ses possessions d'outre-mer, qui, disait-on, avaient retiré tout l'avantage des succès obtenus. On semblait déjà oublier les sacriQces qu'elles avaient faits pour cette cause, tant en hommes qu'en subsides, et l'on cherchait un motif plausible pour les grever de taxes d'une nouvelle espèce, en vue d'enrichir purement et simplement le Trésor anglais. On a vu plus haut que si les colons reconnaissaient au Parlement le pouvoir de leur imposer des charges inhérentes au mouvement du commerce, ils lui déniaient absolument celui de les taxer à tout autre titre, attendu que,
n'étant point représentés, dans ce corps politique, par des mandataires de leur choix, ils ne pouvaient être assujettis à aucune taxe sans leur consentement, d'après la Grande Charte d'Angleterre. Pour le Parlement, ce qui était vérité en deçà cessait de l'être au delà de l'Océan. Il entreprit donc contre les colonies une campagne d'arbitraire dont une convoitise aveugle ne lui permit pas d'entrevoir le terme. D'abord la Chambre de commerce, à qui appartenait principalement la proposition des lois de finance, proclama en termes exprès, dans un acte de sa session de 1764, que le Parlement avait le pouvoir de taxer les colonies, et elle recommanda au gouvernement la présentation d'un bill qui était tout un système nouveau de taxation pour elles. Cette forme insolite d'attester soi-même son pouvoir manquait de dignité; on y pouvait remarquer un indice de faiblesse et du peu de confiance qu'il inspirait. Le projet du gouvernement consistait à réduire les droits sur les sucres et les mélasses et à compenser une partie du déficit résultant de cette réduction par des taxes nouvelles sur d'autres articles. Mais, comme ces nouveaux impôts seraient insuffisants sans doute, Ton proposait de combler cette lacune par une taxe dite stamp-tax, qui soumettrait à la formalité du timbre tous billets, polices d'assurance, titres, actes de procédure et autres documents à produire en justice, même les journaux. Quand le moment vint d'en saisir la Chambre de commerce, le bill fut divisé en deux parties ; on en détacha ce qui concernait la taxe du timbre, et le Parlement n'eut à prendre en considération que la première partie qui fut votée sans difficulté. Cet acte s'appela suyar act (1764). Quelques colonies, frappées des tendances envahissantes dont leur fortune était l'objet, adressèrent au Roi et au Parlement des représentations qui afi'eclaient une forme modérée, mais ferme au fond, s'appuyant sur les principes fondamentaux de la constitution de la Grande-Bretagne. On n'en tint aucun compte, et malgré les objections faites par les marchands de Londres, la deuxième partie du projet du gouvernement concernant