LE MASSACRE DE BOSTON
alors sur le lieu de révénement, toutes les troupes de la garnison furent mises sur pied, une mêlée générale était imminente; mais, grâce à rintervenlion de citoyens jouissant de la confiance du peuple, un accord intervint entre eux et les chefs civils et militaires. La garnison sortit de la ville et la paix publique fut rétablie. Cette affaire fut injustement appelée le massacre de Boston; mais les qualifications ne sont pas sans importance en temps de révolution, pour enflammer les esprits et hâter, par surprise, la solution de crises redoutables (1).
Par une coïncidence singulière, le jour même du Boston massacre, lord North, alors chef du ministère anglais, apportait à la Chambre des communes un projet de dégrè- -vement d'impôts sur bon nombre d'articles de commerce; cependant il conservait la taxe sur le thé et sur les sucres et les mélasses, moins encore pour le profit qu'en tirerait le trésor que pour affirmer une fois de plus le droit du Parlement de taxer les colonies. Ce bill fut adopté ; mais les exceptions faites au dégrèvement général aigrissaient les esprits, et ceux même, qui jusque-là s'étaient montrés réservés, tendaient à se rapprocher des hommes d'action.
Plus de deux années s'écoulèrent sans que le Parlement prît aucune mesure pouvant porter ombrage aux colonies, si ce n'est en attribuant aux cours de justice de la métropole la connaissance des crimes commis en Amérique sur les navires et les objets matériels appartenant à l'Angleterre. Cette résolution, il convient de le dire, ne fut prise qu'après l'incendie d'un bâtiment de l'État dans un port du Rhode-lsland, incendie commis par préméditation et resté impuni quoique les coupables fussent notoirement connus. La complicité de la masse justifiait, dans ce cas, le changement de juridiction (1772).
Le mécontentement, au Sud, était loin de se manifester d'une manière aussi ardente que dans la Nouvelle-Angleterre, et cependant une statistique de l'époque montre
(1) Voir sur ce sujet Ch. Elliott, History of the United States (Boston, 1856), vol. Il, p. 272 et Hildreth, vol. II, p. 555.
que le traflc de la Virginie et du Maryland réunis étaient de beaucoup supérieurs à celui de TEst; le commerce des Carolines pouvait aussi entrer en rivalité, comme importation et exportation (1). La différence d'attitude entre les deux régions tenait principalement à ce que, au Sud, les éléments de population étaient mieux pondérés qu'à TEst. Pour les rapports avec l'Angleterre, on y espérait plus de la longanimité dans la résistance, que du recours i h force brutale, moyen toujours dangereux qui fait reculer la civilisation ; car il oblitère profondément chez le peuple les véritables notions du droit. Les colonies du Sud avaient cependant un grief de plus que la Nouvelle-Angleterre : le travail du nègre y était jugé nécessaire à Tagriculture, mais elles ne le voulaient que dans la proportion de leurs besoins. L'Angleterre, qui faisait alors le trafic des esclaves avec une sorte de férocité, voulait inonder leur marché de ces créatures. Les colons n*y pouvaient consentir; ils luttèrent longtemps contre cette tentative par des taxes et des surtaxes élevées. Ce fut en vain : les profits étaient exorbitants, les armateurs brisaient tous les obstacles. On fit appel au roi pour invoquer sa protection. Il n'y fallait point compter. Ce prince repoussa les réclamations avec hauteur, comme s'il se fût agi d'un crime de lèse-nation. La Nouvelle-Angleterre, qui était anti-escla\agiste chei elle, n'en faisait pas moins le trafic des noirs au dehors; aussi ne pouvait-elle appuyer ce mouvement ; mais elle y trouvait un utile auxiliaire dans la lutte contre la métropole. La ligne de non importation était un ingénieux moyen de lasser l'Angleterre ; elle portait un coup funeste à son commerce, surtout à celui du thé qui intéressait à un haut degré la Compagnie des Indes-Orientales dont les docks regorgeaient de cette nature de marchandises. Le goavernement anglais, obligé d'aviser/ persista follement dans la voie périlleuse où il s^était engagé. Après avoir supprimé le droit d'exportation déjà réduit, il arrêta, d'accord avec
(1) HiLDRETH, vol. If, p. 559.
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