‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 159 sur 226 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

LE CONGRÈS CONTINENTAL. — l' ANGLETERRE CHERCHE A PROFITER DE LA DIVISION DES ESPRITS. — COMBAT A LEXINGTON. — DÉ- FAITE DES TROUPES ANGLAISES. — INVASION DANS LE CANADA.

La condition faite au Massachusetts et à Boston en particulier impressionna vivement les autres colonies qui s'empressèrent de faire cause commune avec eux. Aussi, lorsqu'elles furent convoquées pour aviser sur le parti à prendre, toutes, mêmela Géorgie, envoyèrent à Philadelphie deux délégués pour se constituer en congrès. La première séance se tint le 5 septembre 1774. On y vit figurer les hommes les plus distingués, les plus dévoués parmi leurs concitoyens, au nombre de cinquante-trois. Le choix en fut fait soit par les législatures des colonies, soit par des conventions formées dans d'autres. Dans l'impossibilité de constater régulièrement l'importance relative des populations entre elles, il fut convenu, dès l'abord, que chaque colonie, grande ou petite, aurait droit à un vote dans les délibérations, et que le secret le plus complet serait gardé sur les opérations de cette assemblée, à moins qu'elle n'en eût décidé autrement. Ce Congrès fut qualifié continental pour le distinguer des congrès provinciaux. Tel est le nom sous lequel il est connu dans l'histoire. Les pouvoirs donnés aux délégués n'avaient aucun caractère révolutionnaire; ils tendaient au contraire à restaurer l'union et l'harmonie avec l'Angleterre, en prenant pour base les principes posés dans la déclaration des droits rédigée par le Congrès de 1765. Le nouveau Congrès une fois constitué confia à un comité l'examen des questions à débattre et la préparation d'un projet des mesures commandées par les circonstances. Ce comité, après mûr examen, apporta au

444 L*INDÉPENDâNGE ET LA CONFÉDÉRATION.

Congrès une série de résolutions qui furent successiveineal adoptées et qui peuvent se résumer ainsi, sous le titre de déclaî'ation des droits des colonies :

Affirmation, au profit des habitants de celles-ci^ de tous les droits de sujets anglais tels qu'ils leur étaient garantis par la Grande Charte d'Angleterre et parles chartes accordées à certaines d'entre elles.

Eu égard à leur situation géographique, les colonies ne pouvaient être représentées au Parlement. Elles avaient donc droit à une représentation particulière destinée à composer des législatures locales ayant seules pouvoir de législation et de taxation sur les colons, sauf le veto royal quand il y avait lieu. Toutefois réserve était faite pour le Parlement du droit de réglementer le commerce en général, à l'exclusion de toutes taxes à Tintérieur ou à l'extérieur surtout pour procurer un revenu à l'Angleterre. Le bénéfice de la common-law serait étendu aux colonies, y compris lejugement des litiges par les jurés du voisinage. Il en était de même du droit de pétition et d'association. Une protestation fut faite contre le séjour prolongé des armées dans les colonies, sans leur consentement. Enfin le Congrès répudia tous les actes du Parlement passés depuis le commencement du règne de Georges III, qui constituaient de nouveaux empiétements sur les franchises des colonies. Et afin d'assurer une sanction à ses résolutions, le Congrès arrêta les bases d'une ligue dite American association^ dont les conditions, formulées en 14 articles, obligeaient tous les membres à cesser tout rapport de commerce, importation et exportation, avec la Grande-Bretagne, l'Irlande et les Indes-Occidentales, jusqu'après l'annulation des lois contraires aux droits des colonies. La traite des esclaves fut réprouvée et prohibée, mais non l'esclavage en lui-même; défense fut faite aux commerçants d'élever le prix des marchandises, malgré la rareté produite par les prohibitions contenues dans cet acte. Enfin des comités devaient être installés dans chaque comté, dans chaque cité et chaque town pour surveiller la fidèle exécution du

LE CONGRÈS CONTINENTAL (l774). 445

pacte et dénoncer les contrevenants. Une pétition au roi fut jointe à ce document. Avant de se dissoudre, le Congrès résolut qu^une autre assemblée de même nature se réunirait à Philadelphie au mois de mai suivant, à moins que, d*ici là, satisfaction n'eût été donnée aui demandes des colonies (1).

Malgré le secret imposé aux membres du Congrès, on n'en sut pas moins, par la suite, que des débats assez vifs avaient animé les séances. Mais rien n'en transpira alors au dehors, en sorte que les résolutions prises eurent tout le poids de l'unanimité, circonstance très sérieuse aux yeux de l'Angleterre (2)!

La nouvelle déclaration des droits, pas plus que l'adresse au roi, n'eurent le succès qu'on s'en promettait. Tout au contraire, le Parlement, saisi par l'un de ses membres d'une proposition d'abandonner les colonies à elles-mêmes, la repoussa avec dédain. Lord North, alors premier ministre, développa un plan dit de conciliation dont l'objet était de laisser chaque colonie se taxer elle-même, pourvu qu'elle fournit à l'Angleterre les sommes dont le Parlement fixerait lui-même le montant. Cette forme dérisoire d'accommodement fut votée ; mais elle ne pouvait satisfaire les Américains qui n'en seraient pas moins restés sous le joug, par une échappatoire indigne d'un grand peuple.

Le gouvernement anglais était encouragé dans sa résistance aux justes demandes des colonies par la division des esprits qui était manifeste au sein de la plupart d*entre elles. Il y trouvait un point d'appui pour une démonstration armée, au cas où elles persisteraient dans leur rébellion. La Nouvelle-Angleterre, dont les intérêts commerciaux étaient le plus sérieusement atteints, montrait une énergie peu commune dans ces graves circonstances. New- York au contraire, quoique exposé aux mêmes dangers, était contenu par une aristocratie terrienne et parle haut commerce

(1) TiCKNOR CuRTis, Uistory of the origin, forms and the adoption of the Constitution of the U. S., New- York, 1854, vol. I, p. 22 et suiv. —

(2) HiLDRBTH, vol. III, p. 46.

qui vanlaif^nt plus de modération dans la latte. Sans méconnaîlrL! I;i nécessité du redressement des griefs communs, le Dehware, la Pennsylvanie et le New-Jersey où Télément quaker dominait, n'admettaient que des moyens pacifiques d riccoriimo4ement. Des raisons diverses étaient favorables il la cause île la métropole dans d'autres colonies, celles notaïuuu'ni où le droit de primogéniture et Fesclavage rortiiaiiuii l;i base des institutions, sans parler du rôle in- Il Lie ni cKt M'L'é dans plusieurs provinces par Téglise épiscop;ile si inLiincment liée au gouvernement politique {D. Muh^vè ces tiraillements intérieurs, les résolutions da Congres nVu furent pas moins ratifiées par une majorité respectable.

Cependant le Massachusetts, paralysé dans son commerce, qui clait ^a seule source de fortune, et dépouillé du goovcincnunil qu'il tenait de sa charte, supportait impatiemment ce tlniible despotisme et vivait dans un continuel état de fermentation plein de dangers pour lui et pour les autres colunies. Lorsqu'arriva le moment d'imprimer le mouvement an irouvernement révolutionnaire, les juges et les fonclionnaires nommés par la Couronne furent l'objet de l'aniinad version générale. La multitude empêcha les magistrats ik PL luhe la justice, si ce n'est en se conformant am anciennes lois de la colonie. Quant à l'Assemblée législative, Tilection de ses membres eut lieu nonobstant les directions contraires du gouverneur royal, et les séances se tinrent, sur son refus de concours, à Cambridge et non à Salem, nouveau siège du gouvernement. L'Assemblée, en Tabscnce du Conseil dont beaucoup de membres avaient refusu lenr nomination, se constitua en un congrès qui prit en mai u toutes les affaires de la province malgré les protestations du gouverneur. Du reste, ce Congrès ne prétendait pas faire œuvre de législature, mais donner des conseils au peuple sur certains sujets. C'est ainsi qu'il organisa la milice, il établit le revenu public et prépara les

(i) HtLDRETH, vol. III, p. 57.

GOUBkT DE LEXINGTON. 447

moyens de défense contre les forces anglaises massées dans le Massachusetts. Enfin il fit choix de cinq citoyens qui eurent pour mission de représenter la colonie dans la session du Congrès continental qui devait avoir lieu à Philadelphie en mai 1775 (1). Les préparatifs militaires faits de part et d'autre au milieu de cette effervescence ne laissaient plus de place pour un accommodement : un conflit armé était imminent, plutôt encore provoqué peut-être, qu'attendu par les gens du Massachusetts. Il éclata en effet à Lexington (Massachusetts) le 19 avril 1775 entre un rassemblement d'hommes du pays et un détachement de troupes régulières qui cherchait à déjouer leurs préparatifs belliqueux. Ce premier combat, très meurtrier des deux parts, fut le début de la période de guerre de la révolution américaine.

Cette levée de boucliers spontanée contre des troupes régulières fut chaudement accueillie partout dans les autres colonies. Le retentissement fut tel, que la plupart d'entre elles pourvurent immédiatement à leurs moyens de défense et instituèrent des comités de salut public. En fait, l'autorité royale perdait beaucoup de terrain dans la Nouvelle-Angleterre ; mais les États du Centre et du Sud conservaient encore l'espoir d'un accommodement. Aussi faut-il considérer comme un acte isolé la manifestation des habitants d'un comté de la Caroline du Nord, celui de Mecklembourg qui, le 31 mai 1775, c'est-à-dire un mois après le combat de Lexington, poussa un cri d'indépendance qui devait pour quelque temps encore rester sans écho. Tel n'était pas encore en effet le sentiment général de cette province; car sa législature, très circonspecte, blâma ce premier mouvement et ses délégués au Congrès n'en tinrent aucun compte. Mais la pente sur laquelle on glissait était rapide, et, moins d'une année après, ce même corps politique, se sentant sur un terrain plus ferme, donna aux délégués de la province au Congrès continental

(1) CoRTis, vol. I, p. 27.

rautorisation de concourir, avec leurs collègues, à une déclaration officielle d'indépendance (avril 1776).

Déjà avant le combat de Lexington, une bande de volontaires tirée du Connecticut et du Vermont, partie du lerrUoire de New- York, qui cherchait à s'en détacher, résolut, à 1 insligation du Massachusetts, de tenter un coup de main sur deux forteresses anglaises appelées Ticonderoga el Crown -point dépendant du Canada et situées à Tex- Irèmc frontière de la Nouvelle-Angleterre et de la colonie de New -York. La possession de ces deux forts était très importante pour couvrir de ce côté les provinces les plus exposées, ?iurtout New- York. Heureusement pour ces aventuriers, ces places n'étaient gardées que par des garnisons insignifiantes. Ils s'en emparèrent par la ruse. 200 pièces de canon et une grande provision de poudre furent d'un prix incalculable pour un pays qui manquait de tout, à la veille d'une grande entreprise militaire. Les aventuriers se forli fièrent dans ces places, attendant le moment favorable pour pousser plus avant leur premier succès (mai 1775).

Page 1