WASHINGTON GÉNÉRALISSIME
essentielles du succès. Mais un chef manquait, dont Fexpérience sur le champ de bataille, le caractère élevé et le dévouement au pays commanderaient à tous le respect et la confiance. Seul, il pourrait grouper en faisceau tous les éléments si divers de l'armée à organiser. Le choix à faire pour ce poste élevé, de si grande conséquence pour le pays, était plein de difficultés, à raison des compétitions régionales et des droits acquis par quelques généraux, et qu'on ne pouvait méconnaître. Mais John Adams, l'un des représentants les plus éminents du Massachusetts, qui cherchait à gagner le Sud aux mesures décisives, appuya et obtint la nomination de Georges Washington, déjà membre du Congrès, élu par la Virginie. Ce choix se recommandait d'ailleurs par les services rendus par Washington comme colonel dans l'armée anglaise lors de la guerre entreprise pour la conquête du Canada. L'unanimité des suffrages dans le Congrès vint saluer le début de cette noble carrière (18 juin 1775)). Jamais inspiration ne fut plus heureuse ; car nul ne réunissait à égal degré les précieuses qualités de l'homme de guerre, le complet désintéressement et les vertus modestes du grand citoyen. Sur le terrain des opérations militaires, de même que par son influence sur le Congrès, il rendit à son pays d'immenses services dont le souvenir est à jamais impérissable! Que l'on supprime Washington de l'histoire de son temps, il sera démontré que la révolution américaine eût tristementavorté. Honneur donc et mille fois honneur à cette grande figure qui sera toujours peut-être unique dans les fastes du monde! Ajoutons, comme nouvel hommage à sa mémoire, qu'en acceptant le commandement de l'armée, il déclara spontanément renoncer à tout émolument et ne se réserver que sa dépense dûment justifiée.
Le Congrès nomma aussi d'autres officiers généraux; il fit un règlement militaire et autorisa des armements maritimes en course contre les bâtiments anglais, à titre de représailles pour la capture des navires américains qui avait été ordonnée par le Parlement. Il conseilla aux colo-
nies d*organiser et d'exercer leurs milices, en y faisant entrer tous les hommes valides de seize à cinquante ans. Toulefois, il était sous-entendu que cette réserve ne serait appelée en campagne que du consentement du pouvoir eiécutif de la colonie mise en réquisition (1). Mais l'argent, ce nerf de la guerre, manquait totalement, et, à défaut d'autres ressources, le Congrès fit une première émission de billets de crédit de deux millions de dollars, au titre espagnol, à rembourser dans des délais fixés par chaque colonie, dans la proportion relative à sa population blanche et noire (2). Cette émission, par la force des événements et surtout par la durée de la guerre, devait être suivie de beaucoup d'autres, faites non seulement par le Congres, mais encore par les colonies elles-mêmes, qui avaieot à pourvoir à leurs besoins individuels. Le Congrès créa encore un département du trésor, un service général des postes, et il confia à des comités pris dans son sein le maintien de rapports amicaux avec les tribus indiennes ainsi que les négociations et les traités à conclure avec elles. Enfin un comité fut chargé d'entretenir une correspondance secrète avecl'Europe. Ainsi se trouvait complété de loulcs pièces le gouvernement général applicable à l'ensemble des colonies, en vertu de l'initiative du Congrès, sans mandat autre que celui tiré du danger commun, avec l'approbation tacite des populations.
Les colonies, chargées de concourir chacune à l'exécution de Tœuvre commune, avaient besoin elles-mêmes de pourvoir à leur propre organisation intérieure sommaire, non pas que toutes entendissent s'affranchir immédiatement de leurs gouvernements, tels qu'ils existaient alors, mais le temps n'était pas éloigné où elles marcheraient d'ensemble ou à peu près, vers Taffranchissement. Quelques-unes s'adressèrent au Congrès, dès la fin de 1775, pour réclamer son conseil sur le parti à prendre dans ces conjonctures. Elles semblaient par là vouloir grandir ce
{1} CuRTis, vol. I, p. 35. — (2) HiLDRETH, vol. III, p. 89.