GOUVERNEMENT DU CONGRÈS ET DE WASHINGTON
et que chacune d'elles restait libre d'exécuter ou non les prescriptions du pouvoir central. 11 fallait donc user de persuasion, parce que les moyens de coercition manquaient sur les colonies et leurs habitants. Il y a mieux : le Congrès devait se reposer de Texécution de ses plans sur les législatures locales ou congrès provinciaux, ou autres corps constitués auxquels celte lâche était dévolue. Du reste, le gouvernement central n'avait ni lois fondamentales, ni fonctionnaires de l'ordre exécutif, ni juges, et, partout où ces bases font défaut, le pouvoir est sans force réelle. Le Congrès ne s'appuyait que sur les nécessités urgentes de la guerre, toujours discutables et sur le patriotisme des colons. Fort souvent cet aiguillon fut suffisant pour donner force obligatoire aux réquisitions. Mais, d'autres fois aussi, elles restèrent sans effet moins par un esprit de résistance que par la pression des événements plus forts que les hommes. Un tel état de choses était plein de dangers. Il pouvait compromettre les plans de campagne les mieux combinés du général en chef, ruiner les finances du pays et empêcher les alliances, bien nécessaires cependant, pour le triomphe de la cause de l'indépendance. Quoi qu'il en soit, il faut attendre longtemps encore avant que le Congrès et le pays réalisassent le pacte fédéral destiné à faire un faisceau si étroitement lié de toutes les forces vives du pays.
Lorsque Washington vint prendre le commandement de l'armée devant Boston, elle ne se composait que des hommes engagés par la Nouvelle-Angleterre, et qui passèrent au service des treize colonies unies, sous le titre d'armée continentale. Déjà un détachement sous le colonel Prescott avait vaillamment combattu contre les Anglais, pour s'emparer d'une éminence appelée Bunker hill^ qui commandait Boston (juin et juillet 1775) et si l'avantage resta à Tennemi, il le dut à l'épuisement des munitions des Américains, qui défendirent le terrain pied à pied. Washington établit son quartier général à Cambridge près Boston, et il s'occupa de la réorganisation de ces phalanges provinciales, pour les soumettre à l'unité de commandement
et de discipline. Il y incorpora les compagnies de tirailleurs que le Congrès avait levées dans le Maryland, la Virginie et la Pennsylvanie.
Au nord, les affaires présentaient un autre aspect : les aventuriers qui s'étaient emparés des forteresses de Ticonderoga et de Crown-Point s'enhardirent et voulurent pousser plus loin leurs exploits en envahissant le Canada alors très peu gardé. Ils s'en ouvrirent au Congrès, qui entra dans leurs vues, et enrôla, avec le concours de New- York, une petite armée dite armée du Nord. Le commandement en chef en fut confié au général Schuyler seul, qoi devait communiquer directement avec le Congrès pourles instructions à en recevoir. Mais cette campagne témérairement entreprise, quoique accompagnée d'abord de succès signalés, devait échouer misérablement devant des forces supérieures, au milieu de la misère, de l'indiscipline et des maladies. Nous n'en dirons rien de plus.
Quant à l'armée dite continentale, Washington prodiguait tous ses efforts, tous ses soins pour en fusionner les divers éléments et augmenter les cadres par des enrôlements nouveaux ; mais bien des obstacles se dressaient devant lui. Les soldats qui composaient l'armée actueUe avaient été enrôlés par les provinces de la Nouvelle-Angleterre, séparément l'une de l'autre, pour de courts termes, et sous l'empire des lois de milice propres à chacune d'elles. Rien ne soumettait ces troupes à l'obéisssance au général en chef qu'on voulait leur donner, et elles déniaientà leurs gouvernements provinciaux, de même qu'au Congrès, le pouvoir de leur imposer un service autre que celui qu'elles avaient promis. L'armée était à reconstituer entièrement avec des engagements nouveaux, sous l'empire du règlement militaire récemment promulgué, surtout avec une durée de service correspondant aux besoins de la guerre. Mais les préventions d'une colonie contre l'autre et les antagonismes personnels venaient entraver la fusion et la discipline. Ainsi les officiers comme les soldats répugnaient à entrer dans des régiments composés d'individus