‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 165 sur 226 · GOUVERNEMENT DU CONGRÈS ET ÔE WASHINGTON · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DU CONGRÈS ET ÔE WASHINGTON

appartenant à des colonies différentes. Un capitaine du Connecticut ne voulait pas être soumis à un colonel du Massachusetts, de même que celui-ci refusait de commander à des hommes du Rhode-Island, et cependant tous appartenaient à la Nouvelle- Angleterre (1). Quant aux soldats, ils ne reconnaissaient d'autres officiers que ceux de leur choix. S'agissait-il d'engagements nouveaux, ils étaient impossibles à conclure pour plus d'une année. « La première effervescence du patriotisme, dit un auteur américain, s'était dissipée ; on trouvait les baraques froides, sans comfort; le chauffage devenait rare; une courte expérience de la vie militaire avait refroidi l'ardeur du grand nombre, et les nouveaux venus demandaient bientôt des congés pour visiter leurs familles. Ceux qui n'avaient point de goût pour un réengagement refusaient de rester au régiment un jour de plus que le terme de leur service ». L'on Tit même deux régiments du Connecticut se débander par avance, au risque de laisser le camp sans moyen de défense » (2). « C'est alors que Washington écrivit au président du Congrès pour presser l'envoi de subsides ; car, disait-il, il faut autre chose que l'amour du pays pour déterminer les gens à le servir ». Avec un de ses amis, il se montrait plus expansif : « Il y a, écrivait-il, un tel manque de courage, un tel goût pour lagiotage, et si peu de scrupules sur les moyens de réussir, que je n*en avais aucune idée. Si j'avais pu pressentir un tel état de choses, nulle considération au monde ne m'aurait déterminé à accepter Je commandement (3). » Et cependant ce n'était que le prélude de beaucoup d'autres déceptions amères qui l'attendaient presque à chaque pas du mémorable drame qui allait se jouer en Amérique ! Le Congrès, bien persuadé de l'urgence de mettre le pays en état de défense, ordonna lui-même des enrôlements pour compléter l'effectif des deux armées, au nord et à l'est, tel qu'il avait été fixé, de concert avec les deux généraux, et il adressa des réquisi-

(1) CuRTis, vol. I, p. 59. — (2) HiLDRETH, vol. III, p. 408. —(3) Samuel Eliot, Manuaî History, p. 214-215.

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lions pour les contingents à fournir par les colonies divisément entre elles (1775).

L'exécution de ces ordres entraînait bon nombre de complications qu'explique très bien un auteur américain: « Des comités du Congrès, dit-il, étaient chargés de différentes branches du service public. Mais le général Washington devait surveiller personnellement tous les détails, suggérer, presser toutes les mesures nécessaires concernant l'armée et l'entrée en campagne. Ses messages au président du Congrès étaient lus en séance, et un vote venait sanctionner les résolutions par lui recommandées. Ce n'était pas tout : après avoir obtenu l'ordre ou la réquisition qu'il avait sollicités, il lui fallait veiller à l'exécution de ces ordres par les autorités locales ou par les magistrats avec lesquels il n'était pas rare qu'il eût à discuter encore le sujet à nouveau. Il rencontrait généralement beaucoup d'empressement et de déférence; mais partout aussi il se heurtait contre des retards inévitables, inhérents au principe des institutions et incompatibles avec le service mihtaire; car les canaux qu'il avait à parcourir pour atteindre le but étaient nombreux. Ainsi : au gouverneur du Coonecticut il demandait des couvertures pour l'armée, à celui du Rhode-lsland de la poudre, au Congrès provincial du Massachusetts il réclamait l'arrestation des déserteurs en même temps que des provisions. Quant au Congrès provincial de New- York, Washington l'invitait à empêcher les habitants de cet État de trafiquer avec l'ennemi à Boston, etc. (1) ».

On voit combien multiple et ingrate était la tâche du général en chef, en présence de l'indifférence des uns, du défaut de patriotisme des autres, et surtout au milieu de ce mécanisme si compliqué de gouvernement qui ne lui permettait d'obtenir que par la persuasion les choses les plus nécessaires, les plus pressantes pour les opérations militaires. Mais la grandeur d'âme de Washington était à la

(l)CuRTis, voL I, p. 57.

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