LES LOYALISTES AMÉRICAINS
hauteur de la situation, et nul plus que lui n'aurait su apporter plus de calme, plus de résignation et en même temps une volonté plus indomptable pour atteindre le but. Exceptionnel était son rôle, exceptionnelles étaient ses qualités. On fit de lui un commandant d'armée, il se montra surtout homme supérieur de gouvernement, inspirant une confiance sans bornes, qui lui permit de mener à bonne fin la grande œuvre qu'il vit plusieurs fois péricliter et dont il ne désespéra jamais.
Au milieu des embarras de cette situation nouvelle pour tous, l'Angleterre prit la résolution de contraindre par la force les Américains à l'obéissance. Une proclamation du roi déclara les colonies en état de rébellion et menaça de châtiments exemplaires ceux qui leur prêteraient aide et assistance. Le Congrès répondit à ce cri de guerre par des menaces de représailles contre ceux qui pactiseraient avec les ennemis des colonies unies (déc. 1775).
L'organisation de l'armée continentale et le siège de Boston n'étaient point les seuls objets de méditation de Washington. Les Anglais avaient multiplié leurs attaques, d'abord sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, où ils bombardèrent Falmouth, qu'ils réduisirent en cendres; puis au sud, où, après diverses incursions, ils détruisirent Norfolk, alors la ville la plus commerçante de la Virginie. New- York était aussi menacée.
On a vu que dès le début du conflit élevé entre la Grande-Bretagne et les colonies, la population de celles-ci se divisait en deux grands partis : les patriotes ou whigs et les loyalistes, c'est-à-dire les habitants qui entendaient rester fidèles à la couronne. Tant que le différend resta sur le terrain des négociations, on ne pouvait guère voir que des nuances entre les partis ; car tous deux voulaient également soustraire le pays à l'arbitraire et au payement des taxes qui n'auraient point été votées par la législature. Mais lorsqu'il fallut recourir aux armes comme moyen de trancher la situation, la scission se dessina plus ou moins ouvertement; elle fut énergique dans quelques provinces où
le nombre, non moins que le courage des dissidents, constituait un danger sérieux pour la cause de l'indépendance, Çâ et là, se formèrent des compagnies, des régiments de loyalistes, tout prêts à prendre fait et cause pour TAngleterre. D^'autres gardaient une sorte de neutralité expectante, attendant le résultat des premiers engagements avant de se prononcer, suivant l'occurrence. Un chef d'armée ne pouvait s'engager dans des opérations de quelque importance, sans s'être rendu maître de ces auxiliaires de l'ennemi. Aussi partout où leur présence était à redouter. Washington ordonna leurdésarmement, leur arrestation et leur mise en lieu de sûreté (1). Dans la colonie de New- York où les loyalistes avaient conservé une grande influence et où ne se trouvait aucune troupe continentale, la difficulté de les maîtriser était grande. Aussi tînrent-ib en échec le Congrès, assurés qu'ils étaient de l'appui de bâtiments anglais mouillés dans la rade. Dans la Caroline du Nord, où les loyalistes fomentèrent une insurrection, ils furent énergiquement combattus et réduits à la plus complète impuissance. De divers côtés, des loyalistes partirent pour l'Europe ou passèrent dans le camp anglais pour échapper aux soupçons de trahison; mais le nombre était grand encore de ceux qui restèrent dans le pays. Cependant il eût été dangereux de trop scruter les sentiments individuels, à une époque surtout où l'indépendance n'était pas encore proclamée. Le Congrès s'en reposa, à cet égard, surla sollicitude des colonies elles-mêmes, meilleures juges des besoins du moment et de la mesure à garder envers leurs habitants (2). Toutefois, s'il était des loyalistes prêts à favoriser les armes de l'Angleterre, d'autres, plus calmes, plus temporisateurs, se seraient bien gardés de rien entreprendre contre la cause américaine. Dans le nombre se trouvaient des hommes de considération, d'une condition sociale élevée, qui semblaient devoir échapper aux préventions et à toute mesure offensive. C'est qu'en réalité, s'ils se
(1) CuRTis, vol. l, p. 63. — (2) Le môme, vol. I, p. 37.