LA DÉCLARATION D'LN DÉPENDANCE
Pouvaît-oû, le cas échéant, signaler à l'Angleterre et exposer à l'accusation de haute trahison les citoyens généreux, auteurs ou soutiens d'un mouvement d'affranchissement? Cependant, la proposition de Lee fut soumise à un débat général dans lequel on aborda toutes les faces de la question, avec une maturité d'argumentation, une habileté de discussion et une liberté d'autant plus grandes que la discussion avait lieu portes closes. Finalement la proposition fut acceptée en principe, mais à la majorité d'une voix seulement (7 contre 6) (16 juin 1776) (1). Le même jour, un comité de cinq membres fut nommé pour préparer la déclaration officielle d'indépendance, avec les motifs déterminants. On recula l'époque à laquelle le rapport serait fait jusqu'au 1*' juillet 1776, dans l'espoir d'obtenir d'ici là, un plus grand nombre d'adhésions, même l'unanimité, à la déclaration d'indépendance. Deux autres comités reçurent mission l'un, de préparer un plan de Confédération entre les treize ÉtatSjJl'autre, de tracer les règles à observer dans les rapports à établir et les traités à conclure avec les puissances étrangères.
Pendant l'intervalle de temps laissé au comité de rédaction pour faire son rapport, beaucoup d'efforts furent tentés auprès des États dissidents ou hésitants, afin de gagner leurs adhésions et fortifier le faisceau de l'union contre un commun adversaire. Ces tentatives devaient réussir; car si, à l'époque fixée, la cause n'était pas entièrement gagnée, il n'y avait plus qu'un pas à faire pour réunir l'unanimité. En effet, le 1*' juillet 1776, Jefferson, l'un des délégués de la Virginie et le plus jeune des cinq commissaires, donna lecture au Congrès du rapport dont il avait été chargé. Des débals s'ouvrirent, très animés des deux parts, et il est remarquable que l'argument principal de l'opposition consistait dans l'inopportunité de la mesure^ qui aurait pu être aisément retardée, sans nuire aux intérêts de la cause commune, alors que trop de hâte pouvait la compromettre
(1) HiLDRETH, vol. III, p. 133.
gravement. Réduite à ces termes, surtout en présence du déploiement des forces militaires de l'Angleterre sur plusieurs points, l'opposition était vaincue; car il fallait se hâter de faire face à Tennemi en masses compactes et non par fragments. Le projet était conçu en termes emphatiques dus en partie à la jeunesse et à l'inexpérience de Fauteur du projet. Tel qu'il était présenté, il ne pouvait guère rallier l'opposition. Il manquait de la mesure que comportait cette situation délicate, soit au dedans, soit au dehors; car les Américains avaient des amis en Angleterre, il fallait se ménager leur bienveillance. On fit à ce document des retranchements et des modifications (l)et, dès le 4 juillet (1776), il reçut les adhésions de tous, sauf de New- York, qui se tenait toujours à la remorque des événements. Son acceptation ne fut obtenue que le 9 du même mois ; mais sans avoir égard à ce retard, la déclaration d'indépendance porte la date du 4, qui est restée historique dans les fastes de l'Amérique.
Nous n'analyserons point ce document, qui n'est, après tout, qu'une longue énuméralion des griefs rappelés plus haut contre le gouvernement d'Angleterre et contre les Anglais eux-mêmes. Mais la déclaration débute par un préambule philosophique où l'on invoque les principes primordiaux des sociétés, d'où l'on déduit le droit pour les colons de rompre le lien qui les attachait à la Couronne. Peut-être était-il malhabile et surtout sans intérêt de recourir à de vagues théories, toujours discutables, pour soutenir le droit certain d'indépendance fondé sur la violation multiple par la Grande-Bretagne, au regard des colonies, des principes les plus explicites de la Grande-Charte d'Angleterre. Le premier argument posé dans la déclaration est ainsi formulé : « Nous tenons pour des vérités dè- « montrées d'elles-mêmes, que tous les hommes sont créés
(l)John Adams, Tun des membres du comité, rapporte que ce projet, soumis au Congrès, fut l'objet de critiques sévères et qu'on ea supprima quelques passages les plus ampoulés {oratorial}. Voir Joh> Adams Works, vol. II, p. 511 et 513.
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