‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 174 sur 226 · L'ARMÉE ET LE CONGRÈS CONTINENTAL · texte numérisé non relu

L'ARMÉE ET LE CONGRÈS CONTINENTAL

les Étals distinctement, suivant des proportions déterminées pour chacun d'eux, avec une durée d'engagement égale à celle de la guerre, ou pour trois ans au moins. La prime offerte fut fixée à 20 dollars et à 100 acres de terre pour un soldat ou un sous-officier enrôlé pour trois ans. Cette prime fut la même, en argent, pour les officiers ; mais la concession de terre à y ajouter fut augmentée proportionnellement au grade. Elle s'éleva jusqu'à 500 acres pour un colonel. Le règlement militaire fut plus sévère dans ses prescriptions. Les États eurent à pourvoir à Thabillement et à l'armement des hommes de leurs contingents. Mais si le Congrès se réservait de commissionner Tofficier, il laissait chaque État libre de le choisir et de pourvoir à l'avancement, sans exiger aucune justification d*aptilude et de mérite pour remplir cet emploi (1). Ce plan était vicieux à plusieurs égards. D'une part, les avantages étant insuffisants, les engagements devenaient très difficiles. Quelques États, pour réunir leurs contingents, offrirent des primes particulières d'engagement en sus de celles du Congrès. Ces rivalités tendaient à augmenter les charges de chacun d'eux et à créer des jalousies et des désordres dans l'armée, à raison de l'inégalité de paye parmi les officiers et les soldats. Le Congrès y porta remède bientôt en augmentant la solde. D'autre part, la grande répulsion instinctive du peuple pour les armées permanentes eut pour effet de rendre impossibles des enrôlements pour plus d'une année. Il fallut bien s'y résigner, malgré Texpérience d'un passé malheureux. Quant au choix des officiers, rien n'était plus contraire à une bonne organisation que de l'abandonner aux États. Les influences locales y avaient une trop grande part. Aussi le Congrès, sur les représentations de Washington, modifia-t-il sa première résolution, en recommandant aux États d'envoyer au quartier général des commissaires qui seraient investis du pouvoir de nommer les officiers de leui*s bataillons, et

(IJ CoRTis, voL I, p. 93, 94.

480 l'indépendance ET LA CONFÉDÉRATION.

de faire les promotions après s'être concertés avec le général en chef. L'avancement devait avoir pour base le mérile ou la bravoure, et échapper à toute autre considération fatale a l'armée (1) (1" octobre 1776). Quelques États furent dociles à ces conseils, d'autres les méconnurent et négligèrent d'envoyer des commissaires. Le Congrès autorisa Washington, pour ces cas particuliers, à remplir seul les vacances.

L'enrôlement par Etats était peu propre à foroier une armée homogène; car chaque contingent apportait avec lui ses préjugés, ses préventions, ses répulsions même. U y avait dans ce fait un sérieux, danger pour la discipline. <c En effet, dit un auteur américain, l'armée était g^randement travaillée par des jalousies régionales. Dans les régiments des États situés au sud de la Nouvelle-Angleterre, une distinction très marquée existait entre les officiers cl les soldats. Les premiers appartenaient à la classe dite des gentlemen. Quant aux soldats, pour la majeure partie, ils étaient tirés de la classe inférieure. Dans les régiments de la Nouvelle-Angleterre, au contraire une grande partie des officiers étaient des cultivateurs ou des fils de cultivateurs ne prétendant guère à la qualité de gentleman {ffenliliti/)y et qui, sauf pendant l'exercice de leur grade, se distinguaient à peine de la grande masse des soldats. Les gentlemen des Etats du Centre affectaient autant de dédain pour ces officiers plébéiens que le faisaient les officiers anglais lorsqu'ils avaient à coopérer à un service avec les troupes coloniales. Cette attitude hautaine prit de telles proportions et provoqua de telles jalousies, que Washington fut obligé de les réprimer par ses ordres généraux (2). ■ Ce trait de mœurs est caractéristique de la société de ce temps et des divisions régionales. U fait bon marché des théories de l'égalité native, proclamées avec emphase par Jefferson dans l'acte de déclaration d'indépendance.

La milice était aussi une grande cause d'affaiblissement

(i) CURTIS, vol. I, p. 93. — (2) HiLDRETH, vol. III, p. 147.

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