L'ARMÉE ET LE CONGRÈS CONTINENTAL
pour l'armée. Elle ne comprenait pas qu'un « gouvernement militaire doit être, suivant l'expression de Washington un complet despotisme (1). » Elle ne voulait point se soumettre aux règlements, et sa coopération avec l'armée régulière introduisait une insubordination fatale à la discipline. Il ne fallait donc la réquisitionner que dans des circonstances exceptionnelles. Cependant quelques États suppléèrent plus d'une fois à l'insuffisance de leurs contingents par cette troupe irrégulière, au détriment du service.
L'argent manquait depuis longtemps déjà. Les fréquentes émissions de papier-monnaie l'avaient extrêmement déprécié. On eut recours aux loteries, aux lois de maximum, à ces mesures extrêmes qui, loin de féconder, dessèchent au contraire le patriotisme. Enfin l'on fit appel au crédit, tant à l'intérieur qu'à l'étranger. C'est alors qu'on vil Ja France tendre aux Américains une main secourable. Déjà dès le mois de mai 1776, c'est-à-dire avant la déclaration d'indépendance, Beaumarchais, agent secret de cette puissance, avait expédié à ces sujets révoltés d'Angleterre, 200 pièces d'artillerie et une grande quantité d'autres armes tirées des arsenaux royaux, 4,000 tentes et des vêtements pour une armée de 30,000 hommes. Plus tard, au milieu de la détresse générale des Américains, la France leur fit une avance de deux millions de francs, suivie bientôt d'un prêt de un million qui leur fut fait par les fermiers généraux (2) (décembre 1776), et de beaucoup d'autres avances sans lesquelles la poursuite de la guerre eût été matériellement impossible. Ces ressources étaient précieuses; mais il ne suffisait pas de les créer, il importait d'en ménager l'emploi par une sévère et judicieuse application àdes besoins urgents.
Quelque grand que fût le dévouement de Washington à la chose publique, il ne put triompher de l'indifférence générale, malgré les calamités de la guerre, qui auraient
(1) HlLDRETH, vol. III, p. 163. — (2) HiLDRETH, VOl. III, p. 178-179.
dû électriser le patriotisme* L*organisatioa nouvelle àt Tarmée n'avait fait presque aucun progrès, lorsque le général, à la tète de quelques mille hommes, dont une bonne partie miliciens, se trouva aux prises avec des détacha inents importants de Tarmée anglaise dans le New-Jersey, Celte incurie des Etats plongeait le général enchefdaasde grandes perplexités. Ses troupes, qui étaient soumises à df grandes fatigues au milieu d'un hiver extrêmement rigoureux, manquaientdes choses les plus nécessaires, telles qu!; vêtements, chaussures, couvertures, etc., et, de plus, le^ engagements d'un certain nombre de ses soldaU élaieni sur le point d'expirer. Lui seul eut à combler les videscU fortifier sa petite armée; il n'y réussit qu'en partie, om impatient de sortir de T inaction, il quilta la rive inéridionale de la Uelaware où il s était un instant réfugié, traversa de nouveau ce fleuve et tomba à rîmproviste, presque naitamment, sur un détachement de Tarniée de Howequti mit en déroute a Treuton, a|>res avoir fait de ïiombreuï prisonniers (26 décembre 1770). Puis il s'avança sur Prioceton, où un autre succès rattendait (janvier n77)JlGoi été téméraire, avec les délïHs de sa petite armée, de proioqaer Tenncmi dans une sérieuse rencontre; il se bornai le barceler sur les flancs, sur les derrières, jusqu'à ce qu>û' fin il parviotj par l'emploi d'une habile stratégie, àlefab reculer successivement Jusqu'au delà des limites du New Jersey.
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