CHAPITRE XI
DIFFICULTÉS POUR LE CHOIX DES OFFiaERS. — EMPLOI DES ÉTRAN- GERS. — JALOUSIES. — TIRAGE AU SORT DES SOLDATS ET SUCCÈS REMPORTÉS SUR LES ANGLAIS A SARATOGA. — CAPITULA- TION. — MANQUEMENT AU TRAITÉ PAR LE CONGRÈS. — DÉFAITE A BRANDYWINE. — DEUX AUTRES SUCCÈS d'eSCARMOUCHE.
Washington se savait au milieu d'une population dont le dévouement à la cause qu'il défendait lui était suspect ; il voulait intimider pour n'avoir point à sévir. Aussi bien û'exerça-t-il jamais ses pouvoirs dictatoriaux qu'avec beaucoup de modération, mais sans faiblesse. Lorsque, au début de l'année 1777, il y eut à former une nouvelle armée distincte des bataillons à recruter par Washington, il fallut compter avec les prétentions des États, en ce qui concernait le choix des officiers généraux. Chacun d'eux voulut en fournir un nombre égal au prorata des troupes exigées de lui, comme si le mérite pouvait exister localement, en proportion directe du nombre à fournir par tous les États à la fois 1 De là certaines nominations qui ne s'appuyaient que sur des influences d'État, sans avoir égard aux qualités de l'homme de guerre (1). De là aussi des insuccès probables dans la conduite des opérations, que Washinglon ne pouvait conjurer. Puis venaient des questions de rang et de priorité de commandement qui occasionnaient des jalousies et des rivalités haineuses entre les officiers d'États différents. Washington cherchait à déraciner ces idées antagonistes d'État à État, qui témoignaient d'un esprit étroit substitué au sentiment d'une patrie coin-
(t) HiLDRETH, vol ITI, p. i73.
488 L'INDÉPENDANCE ET Lk CONFÉDÉRATION.
mune à laquelle il demandait le [sacrifice de ce qui était nécessaire à son indépendance (1). Mais ces populations, jusque-là réparties en colonies, n'avaient eu que peu de rapports entre elles, sauf dans la Nouvelle-Angleterre. Le temps seul pouvait abaisser les barrières qui les séparaient; mais le travail pour y réussir était si formidable, que hier encore, ces rivalités jalouses donnèrent naissance à la guerre de sécession, sans être bien plus adoucies aujourd'hui. Les officiers américains prenaient aussi beaucoup d'ombrage des officiers étrangers qu'on avait engagés presque au début de la guerre. Aussi ne voit-on leurs noms mentionnés presque nulle part, comme si la reconnaissance pour de notables services reçus pesait à Torgueil araéricaiû (2). Le recrutement des soldats était devenu une afTaire très laborieuse. Les engagements ne se pouvaient obtenir que bien difficilement, même à des prix très élevés. On en fit bientôt Texpérience : pour fournir son contingent à l'armée du Nord, la Nouvelle-Angleterre dut recourir au tirage au sort des hommes de la milice, à raison de rinsuffisance de son contingent de troupes régulières. Elle re^'Ut aussi, dans ses rangs, des nègres esclaves qui obtinrent parce moyen leur affranchissement, comme prix de leur engagement. 11 en fut de même des serviteurs engagés [indented sentants) appelés aussi redeniptionisU, auxquels dans les Etals du Centre et du Sud, on promit la libération de leur contrat à' indenture, à l'expiration de leur service militaire (3). Cette composition hétérogène d'éléments en partie incultes et non disciplinés ne pouvait ins?pirer confiance au général en chef. Dans sa correspondance avec son frère, il exprimait son découragement en vovaut K le court terme des engagements, rinsuffisance de la solde, la nomination par divers États d'officiers tout au plus propres à faire le métier de décrotteurs, la tendance des États à remplacer les troupes régulières par leurs milices qui n'étaient autres qu'une populace désordonnée,
1) IllLÛRETH, vol. in, p. 193 etCORTIS, VOl. I, p. HO. — (2) HlLDRETH,
vol. in, p. 192. — (3) HiLDRETH, vol. lU, p. 189.