‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 193 sur 226 · CHAPITRE XVI l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI l

TENTATIVE DES ANGLAIS d'aRMER LES ESCLAVES. — CHANGEMENT DE TACTIQUE DE WASHINGTON. — ARRIVÉE d'eSCADRES ET DE TROUPES FRANÇAISES. — JONCTION DES DEUX ARMÉES. — ASSAUT ET PRISE d'yORKTOWN. — CAPITULATION ACCORDÉE AU GÉNÉRAL ANGLAIS. — SON ARMÉE PRISONNIÈRE.

Pour la quatrième fois, la France se trouvait paralysée daas ses moyens d'action pour la cause américaine. Cependant Clinton, tenu en éveil par cette démonstration, se hâta d'envoyer à Portsmouth 2,000 hommes sous les ordres du général Philips afin de renforcer la garnison (mars 1781).

L'insuccès de l'entreprise nouvelle avait arrêté la marche de Lafayette, et à Ballimore, où il séjourna, il eut à soutenir le moral de ses troupes qui se décourageaient à cause de leur dénuement et de leurs souffrances. Ignorant le but final de l'expédition et redoutant les ardeurs d'un climat presque tropical, ses soldats étaient près de déserter. Quelques-uns s'étaient déjà enfuis quand le général crut devoir faire un exemple. Il fit fusiller l'un d'eux. Mais bientôt, mieux conseillé, il chercha à gagner la confiance de ses hommes par la persuasion. Il acheta pour eux sur sa simple • signature (tant son crédit était supérieur à celui du gouvernement), les vêtements, chaussures, couvertures, etc., qui leur manquaient (i). Ainsi remis en possession de leur confiance, il put, sur l'ordre du commandant en chef, continuer sa marche sur la Virginie. Il devait y trouver le général Philipsqui, de Portsmouth, s'étaitavancé par la rivière James jusque près de Richmond. Cette ville n'échappa aux instincts destructeurs du général anglais

(1) HiLDRBTH, TOl. III, p. 355.

518 l'indépendance ET LA CONFÉDÉBATION.

que par Tarrivée de Lafayettequi le tint en respect, appuyé qu'il allait être par 3,000 hommes de milice enTiron. Philips fit donc retraite, répandant partout la dé?aslalioa et emmenant comme dépouille de guerre tout le tabac el tous les esclaves qu'il put traîner après lui. Des embarcations étaient prêtes pour Taciliter sa fuite et sauver son butin.

Pendant un temps les Anglais avaient essayé d'aroier les esclaves contre leurs maîtres. Mais bientôt, renonçaût à cette politique et faisant prédominer des idées mercantiles, ils ne les considérèrent plus que comme une marchandise profitable et s'en approprièrent ainsi une trentaine de mille, rien qu'en Virginie. L'on a dit que si les Angte avaient envisagé les esclaves comme des hommes, non comme des choses, ils se fussent rendus maîtres sans doute des Étals du Sud, par l'impossibilité pour les Américainde vaincre une pareille horde. Mais, en retour, comment auraient-ils pu eux-mêmes, par la suite, replacer sousk joug des hommes armés par eux, et sans lesquels on ne pouvait obtenir les produits du Sud si précieux pour lent commerce? Enfin, à cette époque, pourquoi auraient-ils en recours à cette mesure extrême alors que rien n'était à^ sespéré pour eux?

Cornwallis, ne voulant plus continuer dans la Caroline une lutte sans profit, passa en Virginie où il s'occupa de réunir à ses troupes celles de Philips et d'Arnold. Là il reçut de Clinton l'ordre de concentrer ses forces sur un point bien étudié, facile à défendre, et pouvant servir t Toccasion de point d'appui. Cornwallis choisit donc dem péninsules situées en face l'une de l'autre: Yorktownel Glowcester, se projetant sur la rivière d'York, position centrale très accessible aux bâtiments d'un fort tonnagt C'est surtout à Yorktown qu'il se retrancha et se fortifia avec ses troupes au nombre de 8,000 hommes environ. Il avait sous la main quelques frégates et bâtiments de transport qoi mirent largement à contribution les populations riveraine sur une assez grande étendue.

DERNIERS CAMPAGNK. 519

Dans rétat d'extrême diselte du pays, la défaillance a gagné les populations ; quelques hommes seulement semblent conserver l'énergie nécessaire pour une dernière tentative, la plus vigoureuse entre toutes ; mais, sans la France, on continuera à s'épuiser en efforts stériles. Il faut qu'elle fournisse une armée, une escadre, de l'argent, des provisions de toutes sortes, même des armes et des muoilions, et qu'elle communique cette foi en soi-même qui peut seule forcer le succès. L'heure de la délivrance est bien près de sonner et Ton va assister aux dernières péripéties de ce drame de huit années.

Washington comprend enfin qu'il faut un autre théâtre et une autre tactique pour triompher. Recevant par la voie de terre la nouvelle de la prochaine arrivée sur les côtes du Sud de Tescadre française des Antilles sous le commandement du comte de Grasse, le général appelle à lui Rochambeau et ses troupes restées à Newport; il y réunit le gros de sa propre armée et marche sur la Virginie^ Il donne le change à Clinton sur le mouvement de §es forces, à l'aide d'une lettre destinée à tomber aux mains de ce dernier. Dans cette lettre il trace un plan de campagne imaginaire de nature à faire croire à des opérations imminentes sur l'Hudson; en même temps des travaux de retranchement étaient faits pour simuler un grand campement en vue de New-York. Le stratagème réussit, et Washington arrive en Virginie sans obstacle sur sa route. Mais tant est grande la détresse de l'armée américaine, que Rochambeau est obligé de fournir de sa propre caisse une somme de 100,000 livres tournois nécessaire pour subvenir aux pressants besoins des services publics (1). On voit par là que si la France avait retiré sa main de la guerre entreprise, c'en était fait de l'indépendance espérée par les Américains !

Le moment approchait de l'arrivée de l'escadre française des Antilles forte de vingt-six vaisseaux de ligne.

(1) HiLDRETH, vol. III, p. 362.

Elle fut reçue au cap Henry par un officier de Lafayette, à la demande duquel le comte de Grasse détacha quatre de ses vaisseaux et quelques frégates pour bloquer les rivières James et York et couper la retraite à Cornwallis. En même temps 3^000 hommes de troupes françaises furent débarquées pour aller se joindre à celles de Lafayette. Le reste de Tescadre gagna le large dans l'attente de Farrivée de celle de Newport qui devait opérer sa jonction avec elle. Le général anglais informé de ces projets dirigea immédiatement vers la Chesapeake une escadre composée de dix-neuf vaisscatix de ligne, destinée à empêcher cette jonction en attaquant Tune séparément de l'autre. Mais, à sa grande surprise, l'amiral anglais Graves se trouva face à face avec de Grasse en avant de ce fleuve, résolu à tenter la chance d*tin combat malgré l'infériorité numérique des forces réunies sous son commandement. L'amiral français refusa renga^rement pour laisser le temps à l'escadre de Newport d'arriver en ligne. En effet, cette force auxiliaire ne larda point à paraître, et dès lors l'escadre anglaise fit retraite sur NeW"York. L*arlîllerie de siège fut débarquée et dirigée sur York; puis, de Grasse se rendit à une entrevue avec Washington et Rochambeau pour arrêter le plan des opérations. L'armée assiégeante comptait environ 16,000 hommes dont 7,000 Français. Le reste était composé d'Américains, principalement de miliciens. Le siège fut mené avec vigueur. L'artillerie y joua le principal rôle; la défense pour avoir été malheureuse n'en méritait pas moins un mi^illeur sort. Ce n'est qu'après que les remparts eurent été réduits en poussière, les canons démontés, les munitions épuisées, et tout espoir de secours du quartier général évanoui, que Cornwallis chercha à s'échapper avec son armée à travers Glowcester. Mais une violente tempête lui enleva cette dernière planche de salut. Le général, voulant éviter une plus grande effusion de sang, demanda à capituler. Les généraux alliés y consentirent. L'on convint, entre autres choses, que la garnison, forte de 7,000 hommes environ, serait prisonnière de guerre et remise à Was-

CAPITULATION DE YORKTÛWN (1781). ÎStl

hÎDgton. Ce général refusa de promeltre la vie sauve aax Américains qui s'étaient réfugiés dans le camp ennemi. Cependant l'on ferma les yeux sur reinljarqtiement des plus compromis d'entre eux, dans la mùmtî bâtiment qui emportait Cornwallis comme porteur de dépêches pour le quartier général anglais (17 déc. 1781). Cependaal Clinton, ioformé des projets des généraux alliés contre York, hâta rembarquement de 7,000 hommes de ses meilleures troupes dont il prit le commandement et se porta sur la Chesapeake ; mais à peine y était-il arrivé qu'il rernt la nouvelle de la capitulation. Les forces de terre et de merdes alliés étant de beciucoup supérieures aux siennes, il lui fallut faire retraite sur New- York pour attendre de nouvelles instructions de son gouvernement (1). L'échec était trop grrave pour n'être pas décisif, après tant de sang versé^ lant de sacrifices faits par le Trésor et surtout par le commerce de l'Angleterre ! Tel fut le dernier acte important de la guerre de l'indépendance qui dura huit années.

(1) Voir sur ces derniers faits (rarmes, Hildueth, vol, 111» p. 366 el suivantes.

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