‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 199 sur 226 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

LÀ PAIX. — RETRAITE DE WASHINGTON. — ORDRE DE CINCINNATUS. — HÉRÉDITÉ ANNULÉE. — ÉMISSION DE PAPIER-MONNAIE. — TAXES DOUANIÈRES.

Les préliminaires de paix entre la France, TAngleterre et TËspagne avaient été signés le 20 janvier 1783, et les ratifications échangées entre ces puissances le 3 septembre suivant. Dès ce moment le traité se trouvait implicitement confirmé ; mais il ne fut formellement ratifié parle Congrès que le 14 janvier 1784. Toutefois dès que la signature des préliminaires européens fut connue, Washington songea à prendre sa retraite. H adressa au gouverneur de chaque État une lettre dans laquelle il les priait tous d'abjurer leurs préjugés régionaux et autres, de former entre eux une union indissoluble, exclusive de tout intérêt individuel, et d'assurer le payement de la dette publique, qui devait êire sacrée pour eux. Il concerta avec le Congrès le mode de licenciement de l'armée, et, à la veille de cette grave résolution, il adressa ses adieux à ses compagnons d'armes dans un ordre du jour très touchant (novembre 1783). Un mois après, il se rendit à Annapolis où siégeait encore le Congrès, et il remit, en séance de cette assemblée, son commandement, après huit ans de signalés services, soit sur le champ de bataille, soit dans la politique militante, où il exerça une influence salutaire. L'Assemblée ne comptait pas plus de vingt membres représentant sept États sur treize (1); n'était-ce pas mettre en oubli sa propre dignité, que de recevoir avec si peu de solennité l'homme considérable qui avait tant et si bien

(1) Voir Joumals of Congress, vol. IX, p. 12 et 13 et Gdrtis, vol. I, p. 235.

544 L'iNDÉPEiNDANCE ET LA CONFÉDÉRATION.

mé rite du pays? Mais la faute ea était moins au Congrès qu'a ux États. Ayant à rémunérer eux-mêmes privativemeot e urs délégués au Congrès, ils se montraient d'une extrême parcimonie sur ce point, et attiédissaient, plutôt qu'ils n'échaufTaient le zèle de leurs représentants! D'un antre côté, ces délégués donnaient aisément le pas à leurs intérêts privés sur ceux du pays et se tenaient souvent éloignés du siège du gouvernement. Ainsi mutilé, le Congrès traînait une existence débile, sans aucun prestige, sans siège fixe, privé de toute garde qui lui fût propre, et obligé de se mettre sous la protection de Tautorité du lieu où il tenait session. La paix, qui consacrait Tindépendance, semblait avoir porté un coup fatal au pouvoir qui en était l^auteur. Et telle était Tindifférence publique, que le traité de paii avec la Grande-Bretagne ne fut ratifié que le 14 janvier 1784, faute du nombre de votes constitutionnellemeat nécessaire pour cette consécration.

Le licenciement de Tarmée était un grave événemeot dans la vie de ceux qui avaient combattu côte à côte, jusqu'au dernier jour, pour la cause commune. La séparatioo, à toujours peut-être, était poignante pour la plupart d'entre ceux qui avaient partagé les mêmes soufTrances, affronté les mêmes périls mêlés de succès et de revers ; aussi voulurent-ils empêcher de se rompre le lien de confraternité qui les unissait. Devançant le moment de leur séparation, ils fondèrent en 1783 une société amicale appelée Tordre de Cincinnatus, du nom du citoyen romain qui abandonna sa charrue pour repousser les envahisseurs de sa patrie. Les membres de cette association devaient se réunir à intervalles périodiques, pour retremper leurs souvenirs, resserrer leurs rapports d^amitié et venir en aide à ceux d'entre eux qui tomberaient dans la détresse. Cet ordre a£rectait une sorte d'organisation aristocratique de chevalerie; car le droit d'en faire partie se transmettait de mâle en mâle par primogéniture. On y admettait aussi des personnes distinguées tout à fait étrangères à l'armée. Quelque inoffensive que fût cette association, elle remua pro-

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