L'ORDRE DE CINCINNATUS
fondémeDt la fibre démocratique déjà mise en émoi par la [{uestioQ des pensions viagères réclamées par ces officiers. Il eût été impolitique de ne point tenir compte du sentiment général, tout erroné qu'il pouvait être. On estimait !jue l'introduction à nouveau du principe d'hérédité, quand îe toutes parts il tendait à disparaître, était un contresens, même un jalon posé pour constituer une aristocratie militaire. Cette crainte était excusable; car c'était du corps même des officiers qu'avait surgi l'idée de la monarchie à appliquer aux Étals-Unis. Washington était resté étranger aux statuts de l'ordre, tout en s'y laissant incorporer. Mais, remarquant bientôt l'ombrage qu'en prenait l'opinion publique, il pesa de toute son influence sur ses anciens compagnons d'armes, et obtint la suppression de la clause d'hérédité qui, en réalité, n'avait d'autre but que de perpétuer le souvenir d'une époque glorieuse dans les annales du pays. Néanmoins le préjugé devint si puissant contre cette société que,.même après cette satisfaction donnée, elle resta l'objet dé soupçons jaloux dont elle ne put triomphier (l).
La guerre avait imposé au pays de lourdes charges, hors de toutes proportions avec ses ressources. On y pourvut dès l'abord par des émissions de papier-monnaie qui, comme on la vu, s'accrurent d'une manière calamiteuse. On a estimé que ces émissions, distinctes de celles faites par les États, représentaient un capital de 200 millions de dollars; mais le moment vint où les billets en circulation, pour la moitié au moins, ne furent plus reçus en payement des taxes fédérales, qu'au taux réduit de 40 p. 100, véritable banqueroute qui en présageait d'autres si la guerre se prolongeait. En effet, le surplus devait subir une réduction beaucoup plus considérable, jusqu'à une répudiation totale (2).
Avant même que cette ressource fût épuisée, le Congrès avait eu recours aux emprunts à l'étranger. C'est à ce titre
(1) HlLDRBTB, vol. III, p. 443. — (2) HiLDRETH, VOl. III, p. 466.
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surtout que la Confédéralion reçut, en plusieurs fois, ie la France, ou par son iatermédiaire et sous sa garantie, de la Hollande , 8,000,000 de dollars. Mais là ne se limitait point le chiffre de la dette nouvelle remboursable en espèces. 11 fallut y ajouter la solde due aux Lroupes^ l'indeniaité promise aux orQciers, le montant dr^s réquisitions faite^^ pour les besoins de Tarmée et les emprunts réalisés à l'iolérieur, sous promesse de rembourser en espèces. Le total de ces deltes et charges pouvait s'élever à 42 ou 44 millions de dollars (I),
Dans les circonstances critiques où se trouvait le pays, après tous les sacri lices faits pour la guerre, il fallait ïma^nerdes eitpédîents qui permissent une libération graduelle, sans secousse et sans altérer les sources de la richesse publique. Le premier moyen, proposé en février 1781, fnl la création d'une taxe douanière de 5 p, 100 ad valortm, sur le montant des importations de l'étranger dans Tmi des États quelconques de U Confédération. Le produit en serait affecté au payement des dettes existantes et de celles à coniracter encore pour les besoins de la guerre tant qu'elle ne serait point terminée. L'idée d'une pareille taxe fut lente k s'acclimater dans Tesprit des AmérieaÎQS. Néanmoins la mesure proposée eut été convertie en loi sans le refus persistant de Rhode-lsland, motivé sur ce que la ta\e douanière était fort inégale dans son application, atteignant les États maritimes plus que les autres, et exigeant Tinte rven lion de fonctionnaires fédéraux pour la perception (2). Cependant le Congrès ne se découragea point : il résolut d'envoyer près de la législature de TEtat dissident une députatioo chargée de discuter les motifs de résistance allégués en son nom, et d'en triompher si cela était possible* Cette épreuve ne put même être tentée; car Ton reçut la nouvelle que la Virginie^ après avoir donné son adhésion au plan proposé, la retirait. Tout était remis en question*
(i) Cf. CuRTia, vol, I, p* 172, 178 et Hildrkth, vol, m, p- 447. — (S) HiLu&fftB, vol. UJ» p. itl.
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