TROUBLES SOCIAUX
)rélude d'événements plus graves, qui étaient imminents ians le Massachusetts. En effet, quelque temps après, des }andes se répandirent dans plusieurs comtés à Touest de :et État et envahirent les tribunaux pour empêcher le îours de la justice. L'insurrection débuta à l'automne de 1786 : elle se déploya d'une manière inquiétante en décembre suivant. Un ancien capitaine du nom de Shays, h a tête de 1,500 hommes, s'empara alors de deux comtés 3Ù l'action du pouvoir régulier fut totalement arrêtée. Le Massachusetts avait heureusement pour gouverneur James Bowdoin, homme à la fois prudent et ferme, résolu à disputer le terrain et à vaincre pour le maintien des principes constitutionnels. 11 eut, à lorigine, à lutter contre les tendances de la Chambre des représentants dont la majorité était sympathique aux insurgés; mais il avait l'appui du Sénat, c'est-à-dire de la'partie saine de l'opinion publique, et d'ailleurs au fur et à mesure que le danger grossissait, la Chambre, faisant un retour sur elle-même, se montra favorable à une répression énergique.
Bowdoin ordonna une levée de 4,000 miliciens qui furent mis sous le commandement du général Lincoln, brave officier très exercé par la guerre de l'indépendance* 11 se porta promptement à la rencontre des insurgés qui se partagèrent en plusieurs colonnes pour mieux inquiéter ses mouvements. Ils menacèrent surtout de s'emparer i\e l'arsenal fédéral de Springfield qui aurait donné un nouvel aliment à l'insurrection. Lincoln lutta pied à pied contre elle; mais telle était la force de résistance qu'il rencontra, qu'il ne fallut pas moins de plusieurs mois pour en triompher et la réduire aux abois. En face de ces désordres, le Congrès n'était pas resté inactif. S'agissant de protéger l'arsenal de la Confédération, il pouvait ordonner une prise d'armes; mais il aima mieux prétexter le besoin de repousser les attaques des Indiens, et il leva 1,300 hommes dans le but réel de défendre le Massachusetts. L'insurrection heureusement était déjà vaincue avant que ce renfort improvisé fût mis en campagne. La répression pénale fut
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modérée ; aucune des condamnations à mort ne reçut d'exécution. L'on a fait observer avec raison qu'il eût été téméraire d'exercer des rigueurs contre les prisonniers ; car un quart au moins de la population sympathisait plus on moins avec eux. Ils avaient pour adhérents, dans les États voisins, des hommes jeunes, actifs, prêts à tout pour le triomphe de leurs idées. Cette masse de déclassés de toute sorte pouvait s'élever alors à 15,000 hommes enTiron dans la Nouvelle-Angleterre. Leur but à tous était la destructioo du droit de propriété, par conséquent la rupture des liens sociaux, si essentiels à maintenir dans cette société profondément tourmentée (1).
Le désordre moral n'était pas seulement dans les massai qui se laissent aisément entraîner à des mouYements irréfléchis. 11 avait gagné des intelligences élevées que l'étude de l'histoire aurait dû préserver de cette contagion. Parmi eux se faisait remarquer Thomas JefiTerson. Connu de bonne heure par son talent d'écrivain et sa participation directe à la rédaction de l'acte d'indépendance, cet homme politique, qu'avait bien diminué l'inhabileté de son administration de la Virginie lors de l'inyasion d'Arnold, s'était relevé de sa disgrâce en flattant les instincts populaires. Envoyé en France pour recueillir l'héritage diplomatique de Franklin, il y apprit l'insurrection du Massachusetts. Manquant de cette rectitude de jugement et de cette droiture de sentiments, qui étaient les caractères distinctifs de Washington, il se prit à disserter sur ce grave mouvement, en développant des théories qui laisseraient en arrière les plus furieux démagogues (1787). «Quel pays, s'écriail-il, peut conserver ses libertés, si ses gouvernants ne sont point avertis de temps à autre que le peuple maintient l'esprit de résistance? Laissez-le recourir aux armes! Le remède consiste à l'éclairer sur les faits, à pardonner, à pacifler. Qu'importent quelques existences sacrifiées dans
(1) Voir sur ce mouvement communiste Washington. Writings, vol. IX, p. 207; CuRTis, vol. I, p. 269 et suiv.; Hildreth, vol. m, p. 473 et PiTitiN, vol. II, p. 220 et suiv.
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