LE COMMUNISME EN VIRGINIE
car leur nombre en 1617 était réduit à cinquante-quatre, tant hommes que femmes et enfants. Quant aux hommes libres, d'après les offres faites originairement, chacun d'eux, venant s'établir dans la colonie ou y introduisant des émigrants, avait droit à 100 acres de terre par tète d'individu ; mais en 1612, quand la province se trouva bien établie, la prime fut réduite à 50 acres. D'autre part, des terres furent accordées pour des services réels ou fictifs rendus à la Compagnie; mais ces concessions ne pouvaient dépasser le chiffre de 2000 acres. Enfin quiconque versait dans la caisse de la Compagnie 12 livres 6 shellings avait droit à 100 acres de terre, au choix, et à un nombre égal d'autres quand les premiers 100 acres auraient été cultivés. Cette introduction de la propriété privée, dégagée de toute idée de partage des produits, donna lieu à des plaintes graves; car dès l'abord il se manifesta une cupidité honteuse Ijui donna lieu h des accaparements (1). L'abus se glissa derrière le bienfait, mais il ne détruisit pas les avantages de cette innovation sociale.
Dale fut momentanément remplacé par sir Th. Gates, qui amenait d'Angleterre un convoi de six vaisseaux chargés de trois cent cinquante émigrants et d'une variété de bétail destiné à servir de moyen de subsistance (1612). A cette époque, la colonie ne comptait pas plus de sept cents habitants (2); mais les mesures qui venaient d'être adoptées pouvaient faire pressentir un plus fructueux avenir. Le but était mieux déterminé, une volonté ferme ne permettrait plus d'en dévier. Le ressort le plus puissant de cette prospérité était la Compagnie de Londres, on lui attribuait de toutes parts l'insuccès de l'entreprise. 11 lui fallut aviser à une marche qui donnerait plus de poids à ses résolutions. Elle sollicita donc une nouvelle charte, que le roi Jacques accorda le 12 mars 1612, et qui fait époque dans les annales de cette colonie* Cette charte ne changea rien, il est vrai, à la condition des Virginiens; mais elle opéra une révolu-
(4) HiLDRETH, vol. I, p. Ii6.
(2) Bancroft, vol. I, p. 59.
tion profonde dans l'organisalion de la Compagnie qui donnait le mouvement et la vie à Tentpcprise.
Jiisque-lîi tous les pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire avaient été attribués à un Conseil suprême qui se rrcriHait jtar un vote de la majorité des actionnaires. Désormais 11! (Conseil disparaît pour faire place à la Compagnie elte-mème, dont tous les membres feront directement fonction de gouverneurs. Ils seront réunis une fais par semaine pmiv traiter les affaires de moindre importance. Quant au\ matières d'un ordre supérieur concernant le (gouverne ment, le commerce et la disposition des terres, on y consacrera quatre assemblées [annuelles dont les SiLianccs trimestrielles se tiendront à Londres. Dans ces réiuiions se fera aussi la nomination des fonctionnaires; le^ lois {le la colonie y seront discutées et votées. La Compagnie devint un gouvernement souverain basé sur le principe démocratique (1); et par opposition, les colons furent ses sujets, livrés à sa merci, obligés de lutter contre elle pour conquérir des droits qui ne seront que la juste rceompen^ïe de leur travail.
Lor^^fjLit' Gates retourna en Angleterre, Dale fut appelé ù lui succéder, et, quoique Tinitiateur d'un gouvernement soutenu par la loi martiale, il n'en usa qu'avec modération, de manière u aider plutôt qu'à entraver les colons. Ceuxci dislinfriicrent bientôt les cultures qu'il fallait abandonner lie celles Iqui, au contraire, convenaient le mieux au clifnat. On négligea la vigne pour le blé, qui était une denrée de première nécessité, et pour le tabac, qui devait enrichir la colonie. La période de la recherche de For était terminée, et le travail manuel maintenant en honneur assurait l'avenir du pays (1616).
Au départ de Dale pour TAngleterre, le gouvernement passa dcfs mains de celui-ci dans celles de Yeardley, pour èlre confié bientôt à un aventurier appelé le capitaine Argnll, qui fit sentir rudement son autorité. Elle ne fut pas de
[ij lU:*«uupiTj voL !, p. 60,