‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 24 sur 226 · LE COMMUNISME EN VIRGINIE · texte numérisé non relu

LE COMMUNISME EN VIRGINIE

loDgue durée. 11 l'exerça surtout à son profit personnel et provoqua des plaintes amères qui le firent révoquer. 11 n'échappa à une enquête et à une condamnation que grâce àTinterventiondu comte de Warwickson protecteur (1619). L^administration financière de la Compagnie n'était point à l'abri de sérieuses censures. En effet, Th. Smith, le trésorier principal, sous le coup de graves accusations, avait dû résigner ses fonctions. Tous ces faits discréditaient la Compagnie et arrêtaient le mouvement d'émigration. Elle et les colons souffraient à la fois; il fallait donner à ce double intérêt une légitime satisfaction. Lord Delaware eût pu concourir utilement à Tœuvre de réforme et de consolidation, mais sa mort hâtive déjoua cette espérance. Ed. Sandys, nommé trésorier de la Compagnie, était, comme son prédécesseur, l'homme dirigeant de l'entreprise. Esprit libéral et énergique, il prit à cœur le succès de Toenvre et s'y dévoua résolument. Son premier soin fut d'expédier en Virginie mille deux cents émigrants anglais qu'il avait jugés le plus propres au travail agricole. Dans ce nombre figuraient quatre-vingt-dix jeunes filles pures et sans tache, dont le concours importait à la consolidation de la colonie (1619) (1). Il activa le peuplement et la culture des terres en friche. A défaut de lord Delaware, comme gouverneur colonial, ce poste important fut rendu à Yeardley, qui, déjà apprécié en cette qualité par une courte adminis^ tration, reçut le gouvernement de cette province avec le titre de capitaine général. Le Conseil, précédemment rétabH, continua à fonctionner. Les planteurs furent confir-^ niés dans la possession de leurs terres et de leurs autres biens, comme sujets anglais. On les affranchit de toutes les charges créées précédemment et la loi martiale disparut graduellement. Mais l'événement le plus considérable dans les annales de ce pays fut l'inauguration du régime parlettientaire, d'autant mieux apprécié et acclamé qu'il succé- ^îait à l'administration la plus tyrannique.

(1) HiLDRETH, vol. I, p. 119;

SECTION III

luauguratîon du régime parlementaire. — Nouvel arrivage d'émigrants. — Mariage de jeunes filles. — Variété de races et de rangs sociaux. — Domination de l'Église épiscopale. — Esclavage des noirs.

Yeardiey, conformément aux instructions de la Compagnie de Londres, appela les colons à prendre part à la législation coloniale. Le début de cette ère nouvelle et féconde remonte au mois de juin 1619. Alors se tint à Jamestown la première assemblée de la Virginie. Ce fut aussi la première tribune parlementaire de la nation anglaise en Amérique (1), car aucune autre colonie n'y existait encore. Cette assemblée fut composée du gouverneur, du Conseil et des représentants élus par les bourgs alors existants, à raison de deux par chaque. De là vint qu'on les appela bourgeois [burgesses), appellation qui leur a été conservée, même depuis que la représentation eut lieu par comtés. Tous les sujets qui pouvaient intéresser la Virginie y furent discutés librement, et il est de tradition que les résolutions prises furent judicieuses et bien ordonnées. La Compagnie reçut pour récompense les remerciements de l'assemblée.

Elle recherchait toutes les occasions de faire prospérer la colonie. Elle avait déjà, on l'a vu, expédié quatre-vingtdix jeunes filles qui furent mariées presque immédiatement après avoir touché le sol virginien. Elle se préparait à en envoyer cent autres qui étaient très désirées; mais, ses ressources étant épuisées, elle ne put en envoyer que soixante, grâce aux souscriptions ouvertes dans ce but. Mises en adjudication publique, ces jeunes filles ne furent accordées, comme les premières, qu'au plus offrant, pourvu qu'il justifiât des moyens de les faire vivre convenable-

(i) Bancroft, p. 63, Tocqueville ne dit pas un mot de cet événement mémorable dans les annales de l'Amérique. Cette colonie n'était pas puritaine !

RÉGIME PARLEMENTAIRE EN VIRGINIE. 3i

ment. La remise de la fiancée entre les mains de l'acquéreur n*avait lieu qu'après que le mariage avait été célébré dans la forme légale. La chasteté avait été une condition déterminante dans le choix de ces jeunes filles ; on voulait faire une révolution dans les mœurs, c'est aux femmes qu'incombait la mission de l'opérer (1). Afin d'entretenir la ferveur pour le mariage, la Compagnie accorda des privilèges importants aux hommes mariés. C'était assez pour fixer au sol une population toute d'origine anglaise, dont le nombre ne fit que s'accroître. On a supputé que de 1619 à 1621 la Virginie avait reçu trois mille cinq cents émigrants (2). L'atmosphère ne continuait pas moins à exercer ses ravages sur ceux des habitants qui n'étaient pas suffisamment acclimatés ou fortement trempés pour cette existence nouvelle. Telle était la raison pour laquelle on sentit de bonne heure le besoin d'un travail mercenaire agricole ; mais les serviteurs engagés de race blanche devinrent eux-mêmes insuffisants pour un pénible labeur. On saisit l'occasion qui se présenta de tirer profit de la race noire.

Les premiers succès de la liberté, dont il est parlé plus haut, furent attristés par un fait insignifiant au premier abord, mais qui eut les plus funestes conséquences. En effet la Virginie reçut en 1620, fortuitement, une petite cargaison de nègres venant de la côte d'Afrique. Un navire hollandais, qui faisait la traite dans ces parages et cherchait un nouveau débouché, aborda cette province et y débarqua une vingtaine de noirs qu'il vendit aux habitants, en préconisant le travail de ces malheureux pour les rudes travaux de l'agriculture auxquels les Européens succombaient en grand nombre. L'état sauvage des nègres les condamnait fatalement à l'esclavage ; tel fut le destin de leur race en Amérique jusqu'à nos jours. La Virginie eut donc le malheur d'inaugurer ce régime barbare, auquel ses lois et ses mœurs ajoutèrent ensuite des raffinements peu hono-

(1) HowissoN, vol. I, p. 222, el suiv. M. Bancroft, p. 64.

(2) Le même, ibid»

rables pour elle. L'Aûgletefre, et plus tard la Nouvelle- Angleterre, ainsi que les autres colonies du Nord, contribuèrent à aggraver cet état de choses en donnant à la traite une impulsion extrême, assurées qu'elles étaient d'en recueillir les profits, sans avoir à en redouter les conséquences.

Dès la première période de la Virginie, la population se composa d'éléments très diversifiés comme races et comme conditions sociales et politiques.

Trois races principales occupaient le sol de cette province : V les Indiens, qualifiés race rouge, qui, vivant en tribus, étaient originaires de ce pays et possesseurs du sol, cause malheureuse de toutes les guerres à outrance qui signalèrent cette période et les suivantes ; 2° les blancs, qui, tous immigrants, ne pouvaient se maintenir que par une sorte de partage du sol avec les naturels du pays. Supérieurs en civilisation, ils tenaient le haut de l'échelle sociale. Les Indiens, groupés en tribus, traitaient de puissance à puissance avec eux, mais sans aucune fusion. Des individus, sortis de ces tribus, tombaient parfois prisonniers des blancs par suite des guerres entreprises par ceux-ci ou entre eux. D'autres fois des Indiens étaient capturés dans des embûches que leur tendaient leurs adversaires. Tous ces malheureux entraient alors dans l'organisation coloniale, mais à titre d'esclaves des blancs (1) : quant aux tribus, entant qu'êtres collectifs, elles restaient libres ; 3* relativement à la troisième race (les nègres) composée de sujets importés, elle fut dès l'origine vouée toute entière à l'esclavage.

Si nous passons de la distinction des races à la variété des conditions sociales parmi les blancs, on observe plusieurs classes. Il y avait d'abord une séparation profonde entre l'homme libre et celui qui était soumis au servage

(1) C'est donc à torl que Tocqueville a dit que les Américaias n'avaient fait peser l'esclavage que sur une seule race. Ils firent aussi peser cette chaîne sur les Indiens; l'histoire en témoigne à chaque pas. La Démocratie en Anu^ique^ voL II, pi 390.

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