NOTICE SUR AUGUSTE CAKLIEK
leures conditions pour exercer une grande influence sur l'avenir du monde. A quelque point de vue qu'on se place en envisageant l'Amérique, il y a pour le philosophe, pour Thislorien un vaste sujet d'études qui va s'élargissant chaque jour davantage. On ne peut voir avec indifférence la marche d'une nation, qui, il y a moins d'un siècle, n'avait pas plus de trois millions d'habitants et qui, selon toute probabilité, en comptera quatre-vingU millions à la fin de celui-ci. »
Le 17 juin 1855, Auguste Garlier s'embarquait pour l'Amérique, disposé à y rester tout le temps qui lui serait nécessaire. Il n'avait alors aucun dessein d'écrire. L'élude était pour lui uniquement l'exercice d'une fonction supérieure de la vie. Ne pas compter avec le temps et n'avoir pas une tâche déterminée à remplir, quelles heureuses conditions pour observer une société aussi complexe! Quelle supériorité sur le voyageur pressé qui va remplir une mission officielle ou chercher à la hâte des arguments à l'appui d'une thèse préconçue! Auguste Garlier passa plus de deux années aux États-Unis : il visita toutes les part es du pays qui étaient alors accessibles, depuis Québecjusqu'à Saint-Louis et à la Nouvelle-Orléans. Il remonta les grands lacs et alla jusqu'au cours supérieur du Mississipi. C'était encore le désert. Le Minnesota était un territoire n'ayant que quelques setilei^s dispersés. Saint-Paul, la métropole actuelle du Nord-Ouest, n'était qu'un gros village ! Auguste Garlier put passer aux États-Unis deux saisons d'hiver complètes, et suivre de près la vie politique, qui est surtout active à celle époque de l'année : il partagea son temps entre Washington, New-York, Boston, Philadelphie. Dans cette dernière ville, il fut reçu membre de V American pkilosopkical Society y dont la fondation remonte à Franklin. Là, comme en France, la distinction de son esprit, la sûreté de ses relations, l'élévation de son caractère le firent hautement apprécier. Il se lia avec les hommes les plus distingués du pays : le sénateur Benton, le sénateur Benjamin, Tattorney général Gilpin, Edward Everett, Georçes Ticknor, Longfellow, Josiah Quincy, l'économiste Garey, Elias Durant, Moncure Robinson de Philadelphie. Il conserva parmi eux des amis qui lui furent fidèles jusqu'à leurs derniers jours. Charles Sumner entre autres eut pour lui la plus cordiale sympathie.
Les États-Unis offraient alors un spectacle bien intéressant. Les questions, qui quatre ans plus tard allaient amener la formidable guerre de la Sécession, se discutaient avec ardeur, sans que personne prévît quelles conséquences allaient en sor-