CONDITION DES INDIENS EN VIRGINIE
Pendant assez longtemps^ les différends existant entre les Virginiens et les Indiens se vidaient dans des guerres à outrance où la pitié n'a\ait aucune part. Plus tard, ce point de vue change : les convulsions du combat font place au calcul. On s évertua à faire des prisonniers plutôt que des YÎctimes. L'avarice devint un auxiliaire de Thumanité. Ce n'est guère qu'en 1660, que l'Assemblée générale chercha à donner une certaine sanction aux rapports à entretenir entre les deux races. Un acte de cette époque ordonne que si les Indiens viennent à occasionner des pertes aux blancs et refusent de les indemniser, ils pourront être saisis et vendus à titre d'esclaves pour l'exportation, en aussi grand nombre qu'il le faudra pour que le prix à en obtenir couvre le dommage éprouvé.
Peu après, un sentiment de justice oblige l'Assemblée à reconnaître que les griefs et les mécontentements exprimés par les colons et les Indiens réciproquement, les uns contre les autres, proviennent principalement des intrusions commises avec violence sur les terres de ceux-ci par des immigrants anglais, intrusions qui provoquent des représailles dont souffrent les habitants. En conséquence, la loi déclare nulle toute vente qui serait faite d'une terre indienne, ailleurs que devant la cour de justice pendant sa session trimestrielle. On garantissait ainsi les Indiens contre la mauvaise foi des interprètes qui se prêtaient à des fraudes contre eux. Tout individu voulant traiter avec eux d'affaires de commerce est tenu de se pourvoir d'une licence à délivrer par le gouverneur. Us peuvent, comme les blancs, engager leurs services à titre à'indented servant^ mais défense est faite de les vendre comme esclaves. Un peu plus tard, leur bonne foi est mise en suspicion : une loi de 1663 déclare qu'en cas de meurtre d'un blanc, commis dans le voisinage d'une town indienne, tous les habitants en seront responsables, disposition inique, car cet assassinat pourrait aussi bien être le fait d'un blanc. Deux ans après (1665), la législature va plus loin encore, et abusant de sa force, elle enlève aux Indiens le choix de
leurs chefs et elle Tatlribue au gouverneur. En cas de refus d'obéissance aux nouveaux chefs ainsi choisis, ceux qui s'en rendraient coupables seraient traités comme rebelles et ennemis.
En 1676 intervient une disposition législative qui aggrave encore la condition des Indiens. Elle porte que tous ceux qui, parmi eux, seraient faits prisonniers de guerre, subiraient l'esclavage pour la vie (1). On ne pouvait mieux aiguiser la cupidité des colons, que de leur présenter cet appât qui était un appel incessant à la guerre, à cause des profits qu'on en retirait.
Au début des rapports de la race blanche avec les races de couleur, surtout de la race noire, on invoquait comme prétexte à Tesclavage, que ces êtres infortunés étaient païens et ne méritaient pas un sort meilleur. Plus tard (1682), ce voile d'hypocrisie fut déchiré, et Ton soumit législativement à l'esclavage tous les serviteurs introduits dans la colonie, par terre et par eau, qu'ils fussent ou non convertis au christianisme, à moins qu'ils ne justifiassent d'une origine chrétienne (2), justification impossible pour des barbares que rien ne protégeait. L'idée religieuse n'était qu'un faux prétexte ; car la loi ajoutait que, devinssent-ils chrétiens par la suite, cette condition nouvelle ne les affranchirait pas de l'esclavage !
Un acte de 1692 faisait plus encore : il imprimait une flétrissure à la race indienne tout entière, comme à la race noire, en « prohibant expressément toute union entre les blancs et les noirs et les rouges, pour prévenir V abominable mélange des gens de race anglaise avec les races de couleur et la reproduction de cette sophistication qui ne pourrait que s'accroître dans ce pays (3). »
Ces termes de répulsion hautaine n'avaient trait qu'à la sociabilité, sans toucher aux autres rapports qui pouvaient exister entre les deux races. En effet, l'Assemblée
(1) HiLDRETH, vol. T, p. 539.
(2) Le même, p. 563.
(3) HiLDBETH, vol. II, p. 178.