L'ARISTOCRATIE EN VIRGINIE
entre l'est et l'ouest de la colonie), il ouvrit un 1res grand horizon à l'émigration européenne, et bientôt des Écossais, des Irlandais, des Allemands, tous petits cultivateurs et ouvriers, gens sans instruction, vinrent planter leurs tentes dans cette partie encore déserte de la Virginie. Cette population, composée d'éléments abruptes, formait on étrange contraste avec les descendants des cavaliers et les autres riches planteurs de l'est qui, à la distinction de la naissance, en bonne partie au moins, joignaient la culture d*une éducation relativement avancée; aussi l'ouest resta- t-il longtemps subalternisé à l'est. Telle fut, avec des divergences d'intérêts de plus d'une sorte, l'une des causes déterminantes du fractionnement de la Virginie en deux Élats séparés, dont l'un continue à s'appeler Virginie, et l'autre a pour dénomination Virginie-Ouest (1863). Les antagonismes d'origine ne furent pas moins actifs que ceux de secte dans les colonies anglaises. En Virginie, tout individu d'origine étrangère qui n'avait point obtenu de l'Assemblée générale un acte lui conférant le titre et les droits de freeman ou citoyen ne jouissait d'aucun droit politique. Plus tard, la royauté attribua au gouverneur seul cette prérogative, malgré les réclamations de l'Assemblée. Du reste à quelque branche du pouvoir qu'il fallût s'adresser pour obtenir la naturalisation comme acte de justice pour de longs services rendus à la colonie, on se heurtait à beaucoup d'arbitraire et les admissions à cette faveur étaient très parcimonieusement octroyées. De là des griefs persistants, dont le nombre fit enfin impression sur le Parlement d'Angleterre. Il publia en effet, en 1740, un acte qui, par voie de disposition générale applicable à toutes les colonies, déclara que la naturalisation serait acquise à l'étranger, après sept ans de résidence, et à la condition que le postulant prêterait préalablement serment d'allégeance à la couronne ei ferait profession de foi protestante en termes explicites (i). A par-
(1) HowisoN, vol. Il, p. 235.
tir de cette époque la naturalisation ne fut plus un acte de bon plaisir, mais un droit qui pouvait s-obtenir par la libre volonté de celui qui la recherchait. Il ne résulte pas ,n[ioins des motifs qui dictèrent cette mesure, que les colons étrangers à la race anglo-saxonne furent plus ou moins longtemps privés de l'exercice des droits de citoyen suivant le caprice et l'intérêt des législatures locales^ ou des gouverneurs, quoiqu'ils eussent à supporter leur part des charges publiques (1). En agissant ainsi, les hommes dirigeants, d'origine anglaise, montraient leur peu de respect pour le grand principe en vertu duquel ils entreprirent la guerre de l'indépendance, à savoir que ceux-là seulement doivent être tenus de payer l'impôt, qui sont appelés à le discuter et à le voter. Le Parlement anglais vint enfin donner force à ce principe, en 1740, dans les rapports des étrangers avec les nationaux. Mais inconséquent, à son tour, il le foulait aux pieds en ce qui concernait les Américains d'origine anglaise, auxquels il déniait toute participation au vote des impôts, qui ne leur étaient pas ménagés par la métropole !
(1) Cet acte de 1740 esl la meilleure réfutation d*un passage du livre de M. Gb. Weiss, qui a prétendu que partout en Amérique on s'était empressé de conférer aux réfugiés protestants des droits politiques. Voir Histoire des réfugiés protestants de France, vol. I, p. 392.