‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 33 sur 226 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

NEW-PLTMOUTH.

SECTION PREMIÈRE

Refus d'une charte aux Pèlerins. -^ Association avec des banquiers de Londres. — Inégalités sociales. — Pacte d'égalité. — Communisme. — Déplorables résultats. — Première distribution de terres. — Première influence du puritanisme.

La colonie de New-Plymouth fut fondée par des Anglais qui y appartenant pour la plupart à une fraction rigoriste de la secte puritaine, s'étaient réfugiés depuis longtemps déjà (douze ans) en Hollande, pour s'abriter contrç la persécution de rÉglise dominante d'Angleterre; mais, petits cultivateurs pour la plupart, fuyant sans ressources, dans un pays livré principalement au commerce et dont ils Ignoraient la langue, ils n'obtinrent qu'à grand'peine des travaux manuels très pénibles qui leur permirent de gagner le pain de chaque jour. Là encore ils n'échappèrent point aux controverses avec d'autres sectes sur des points irritants. D'un autre côté, leur austérité s'accommodait mal des libres allures des Hollandais. Ils redoutaient les inQuences de ce contact pour leurs enfants qui, sur ce sol étranger, ne pouvaient que perdre leur caractère anglais et peut-être les mœurs de leurs pères. Ces diverses considérations les déterminèrent, sous la direction de chefs habiles et vénérés, à tourner les yeux vers l'Amérique où une première colonie venait d'être fondée et soutenue par une sorte d'élan patriotique de l'Angleterre. En suivant la voie tracée, les Puritains espéraient planter leur église dans le désert et y pratiquer, loin de toute dissidence, la loi de Moïse qui, pour eux, était la suprême loi. Mais, manquant des ressources nécessaires pour une pareille

entreprise, ils s'adressèrent, à Londres, à des prêteurs à la grosse, qui,àla faveur d'avantages léonins, leur procurèrent le passage en Amérique et les moyens de s'y maintenir, au moins temporairement. On leur adjoignit, sans beaucoup de choix, des gens étrangers à leur secte, dont le mobile ne pouvait être attribué à la ferveur religieuse. Deux choses leur manquaient pour créer un établissement durable : une patente de la Compagnie de Londres sur les domaines de laquelle la colonie devait s'établir et une charte du gouvernement, qui ne pouvait émaner que de la couronne. Us obtinrent aisément la patente qui, du reste, leur devint inutile. Il en fut autrement de la charte que le roi refusa en termes exprès, malgré la soumission des pèlerins (c'est ainsi que s'appelèrent les premiers émigrants de cette secte), aux conditions qui leur paraissaient devoir être favorablement écoutées. Ce refus ne changea rien à leur résolution, et lorsque leurs préparatifs furent achevés, un certain nombre d'entre eux, cent deux (1), s'embarquèrent à Plymouth (Angleterre) sur le May flower et firent voile pour l'Amérique le 6 septembre 1620.

Nous nous garderons bien de dire avec Tocqueville « que ces émigrants appartenaient tous aux classes aisées de la mère patrie et que leur réunion sur le sol américain présentait, dès l'origine, le singulier phénomène d'une société où il ne se trouvait ni grands seigneurs ni peuple, et pour ainsi dire, ni pauvres ni riches, et que tous, sans en excepter peut-être un seul, avaient reçu une éducation assez avancée (2). » Ces assertions, de pure fantaisie, comme on en trouve trop souvent dans l'ouvrage de cet auteur, les historiens américains se sont chargés de les réfuter. L'un d'eux s'exprime ainsi : « Ce serait une erreur de supposer que la communauté établie à New-Plymouth fût strictement homogène. Les hommes religieux qui, à Leyde (Hollande), discutèrent la question de l'émigration, ne constituaient pas la masse de ceux qui s'embarquèrent ea

(1) Palfrey, Uistory of New-England, vol. I, p. 160, Boston, 1865.

(2) De la démocratie en AmMque, vol. I, p. 49.

»T^*-Y.^ ^.'r-'Tv*^;

LES PÉLEWNS. — FONDATION DE NEW-PLYMOUTIl. 73

Angleterre sar le May flower. Des étrangers s'étaient réunis à eux en vertu des contrats passés avec les bailleurs de fonds à Londres, etc. (1). » Ces émigrants étaient si pauvres de ressources qu'ils furent réduits à emprunter pour payer les frais de leur voyage et s'assurer quelques ressources pour vivre un certain temps en Amérique,

Un autre historien, rapportant les circonstances du voyage des Pèlerins, et les troubles séditieux qui se manifestèrent à rapproche de l'Amérique, s'exprime ainsi : « On entendit à bord, des murmures des plus petits grains de cette semence de choix; quelques-uns des plus ignorants disaient : quand nous serons à terre, il y aura place pour tout le monde : un homme en vaudra un autre, et si nous n'avons pas voix délibérative dans les résolutions, nous nous jetterons dans les bois, et nous nous arrrangerons comme bon nous semblera. Mais les chefs de l'entreprise, hommes justes et surtout hommes de sens, entrevirent que, refuser à ces individus, quoique SERvrrEURS, une voix utile dans les délibérations, serait non seulement inique mais encore mal habile, et prévoyant les dangers d'une scission, dès le berceau de la colonie projetée, ils résolurent de la prévenir, bien loin de Taltendre. En conséquence, ils préparèrent un écrit destiné à établir, entre tous, une complète égalité, sous Tin vocation de Dieu (2). »

On voit donc qu'au point de départ, contrairement à l'assertion de Tocqueville, copié par Laboulaye (3), il y avait de grandes inégalités sociales entre les passagers du May flower et, sans aucun doute, une grande ferveur religieuse chez les uns et de l'indififérence chez les autres. Quoi qu'il en soit, l'habileté des chefs de l'entreprise consista à accepter un pacte égalitaire qui était une révolution sociale pour ceux qui avaient été élevés dans des idées toutes différentes et dans un milieu aristocratique. Ce pacte

(d) J.-G. Palfrey, HUtory of New-England, vol. I, p. 187.

(2) Ch. Elliott, History of New-England, vol. I, p. 101, 102, New- York, 1857.

(3) y oir Histoire politique des États-Unis, vol. I, p. 157.

fuf signé avant le débarquement. Mais Tapplication a*ea fut pas de longue durée par suite de la prédominance de l'Église sur l'État, comme on le verra bientôt (!)•

Voici le texte de cet acte mémorable :

« Au nom du Seigneur, ainsi soit-il. Nous soussignés, loyaux sujets de notre vénéré souverain le roi Jacques I*', ayant entrepris pour la gloire de Dieu, les progrès de la foi chrétienne et l'honneur de notre roi et de notre pays, un voyage dont l'objet est de créer la première colonie dans la région Nord de la Virginie, déclarons solennellement par ces présentes, et devant Dieu, nous unir par consentement mutuel, en un corps politique, pour mieux assurer l'ordre et atteindre le but que nous nous proposons, comme aussi pour faire et publier telles lois et ordonnances et créer telles fonctions qui seront jugées utiles au bien de la colonie, promettant tous soumission et obéissance à ces lois. En foi de quoi nous avons signé au cap God le li novembre 1620. » Suivaient en effet les signatures de quarante hommes qui avec leurs familles présentaient un chiffre de population de cent deux personnes, premier noyau de la démocratie dans la Nouvelle-Angleterre (2).

Pour Tocqueville qui ne voit dans les Pèlerins que des gens de même condition et d'éducation avancée, le pacte que nous venons de transcrire ne serait que le résultat naturel des doctrines puritaines; car dit-il, « le puritanisme était presque autant une théorie politique qu'une^^ doctrine religieuse se confondant en plusieurs points avec les théories démocratiques républicaines les plus absolues (3). » 11 est impossible d'altérer davantage les faits et

(1) TocQUBviLLE dil, à tort, que ce pacte fut sîgné après le débarquement, n fut, au contraire, exigé par les inférieurs et signé à bord avant le débarquement. L'auteur voulait faire supposer que celte égalité remontait au radicalisme de la secte, qui y était au contraire opposée. Les faits patents démentent cette assertion. V. De la démthcratie en Amérique, vol. I, p. 54.

, (2) VoirELLiOTT, Hislory, vol. I, p. 102, 103.

(3) De la démocratie en Amérique, vol. I, p. 50 et 54.

Labodlayb, qui reproduit toutes les erreurs de Tocqubvillb, quand il ne les amplifie pas, gretfe sur les faits et les considérations présen*

"vç=^^'*n*-*- '"-• *.,

Page 1