LES PÈLERINS. — FONDATION DE NEW-PLYMOUTB
les doctrines. Tous les historiens américains, s'appuyant sur des documents contemporains, attestent qu'il y avait entre ces émigrants de grandes inégalités sociales : les uns appartenaient à la bourgeoisie et avaient l'esprit cultivé; d'autres étaient de simples gens de métier; et si la plupart pouvaient se prévaloir de la condition d'homme libre, plusieurs n'étaient que des serviteurs engagés, espèce d'esclaves à temps, on l'a vu plus haut. D'autre part, pour prévenir une insurrection à bord et la ruine de Ventreprise, l'égalité convenue entre tous ne fut ni préméditée ai volontaire ni inspirée par la doctrine puritaine, mais le résultat d'une force impérieuse qui s'imposa aux supérieurs; c'est pour cela qu'il fut signé avant le débarquement. « Les doctrines puritaines, dit un savant historien, n'eurent aucune influence sur ce pacte social. Les hommes de naissance et d'éducation parmi les Pèlerins ne voulaient point de démocratie; ils n'y avaient aucune confiance, et les distinctions de société prévalurent longtemps encore après que les distinctions civiles furent mises en poussière (1).
Les historiens américains se sont plu à faire découler de <:e pacte la première mise en œuvre du principe démocratique. « Jusque-là, dit Story (2), pareil arrangement social était plutôt resté dans le domaine spéculatif des philosophes el des juristes, qu'il n'avait réussi à devenir un fait 4'application. Qui eût dit, ajoute-t-il, que l'Amérique fournirait un exemple de sa mise en pratique dans sa simplicité primitive et presque patriarcale? » Sans nul doute, le pacte d'égalité fait pour la colonie de New-Plymouth fut un point de départ pour la démocratie moderne; mais il ne faut pas oublier qu'il fut tout involontaire de la part des chefs de l'expédition, et que pendant longtemps il resta
iée& par son devancier des théories qui doivent paraître bien étranges aux érudits d'Amérique. Voir Histoire politique des États^Unis^ vol. I, p. 157, 158, 245, et passim.
(1) Elliott, Uistoryj vol. I, p. 104 et Palfrey History, vol. Il p. 67.
(2) Story, Commentaries of the consUttUion of U. S., vol. I.
à rétat de programme seulement; car il n'entrait point dans les vues de ces hommes intelligents et résolus de faire dépendre la stabilité de leur établissement, surtout de leur église, du vote du plus grand nombre ; aussi Ton verra plus loin les déviations notables apportées à cepacte, presque dès le début de cette colonie.
En partant pour le Nouveau Monde, les Pèlerins entendaient se diriger vers la Virginie, possession de la Compagnie de Londres. Le hasard les porta plus au Nord. Cela les obligea, plus tard, à acquérir de la Compagnie de Plymouth (depuis nommée Couneil for New-England), une patente de territoire sur le domaine de celle-ci.
L'expédition vint toucher le cap Cod où Ton jeta l'ancre le 1 1 novembre 1620. La côte fut sondée en divers endroits, et après bien des hésitations, les passagers, hommes, femmes et enfants, vinrent s'établir le 22 décembre suivant, en un endroit qu'ils jugèrent plus favorable à la navigation. On lui donna le nom de New-Plymouth qui s'étendit à ioute la colonie future.
La direction de ce petit groupe fut confiée à un gouverneur du nom de Carver, l'un des hommes les plus estimés entre tous. Cette fonction fut soumise à un renouvellement annuel'par voie d'élection. L'on adjoignit même au gouverneur, d'abord un, puis plusieurs assistants pour Taider dans la tâche qui lui était imposée. Ce poste était, en effet, considéré comme une charge publique que personne ne pouvait refuser sous peine d'amende, à moins qu'il ne s'agît d'une réélection.
Les colons furent, dès le début, très éprouvés, et dans l'espace de quatre mois, presque la moitié d'entre eux périt -par suite de la rigueur du climat, par le manque des choses nécessaires aux besoins de la vie, et par le découragement de ceux d'entre eux qui étaient les moins préparés pour une cruelle épreuve. D'un autre côté, ils avaient à se prémunir contre les attaques des Indiens. Mais s'ils parvinrent à se ménager l'alliance ou la soumission de quelques tribus, d'autres pouvaient leur devenir hostiles : ils s'organisèrent