‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 35 sur 226 · LES PÈLERINS. — FONDATION DE NÉW-PLYMOUTH · texte numérisé non relu

LES PÈLERINS. — FONDATION DE NÉW-PLYMOUTH

donc militairement, prêts à repousser la force par la force OU par la ruse, vu leur petit nombre.

En 1621, un renfort de trente émîgrantsleur fut expédié d'Europe, Ce nombre dépassait celui des survivants de la première expédition ; des vingt-cinq hommes mûrs faisant partie de ce convoi, quelques-uns étaient d'anciens amis de la colonie deLeyde; d'autres, de même trempe, vinrent fortifier la force numérique et le tempérament moral de ce jeune établissement. Mais ceux-là ne manquaient point qui pouvaient être un sujet d'anxiété et exiger du rigorisme dans le gouvernement (1). Du reste il paraît certain, dit un historien, qu'il entrait dans les vues de Robinson, le chef vénéré de la secte, resté en Europe, que le groupe des colons eût un caractère mixte, pour conjurer sans doute les foudres de l'Angleterre, toujours prêle à frapper un établissement qui n'aurait été formé que de dissidents (2). Cependant si la prudence avait conseillé cette tactique, n'était-il pas à craindre que cet alliage ne vint compromettre le succès de lentreprise?

Les Pèlerins ayant débarqué et s'étant établis sur des terres dépendant de la Compagnie de Plymoulh, eurent à se pourvoir d'une concession qui leur assurât la propriété incontestable de leur petit territoire. Ils sollicitèrent et obtinrent donc de cette Compagnie, en 1621, une patente qui, dans un périmètre déterminé, concédait à l'association formée pour la colonisation avec les marchands de Londres, 100 acres de terre par tête de colon déjà résidant et d'autres parties du territoire dans cette région proportionnellement au nombre d'individus qui viendraient s'adjoindre à ceux établis, moyennant une rente annuelle de 2 shillings dont le payement ne commençait qu'à l'expiration des sept années de la commandite. 1,500 acres étaient ajoutés avec affectation à des services publics. Leur

(1) Palfrby, vol. I, p. 489.

(2) L.e même, p. 188. Où donc est cette homogénéité de principes tant vantée par Tocqueville et par Laboulaye? Avant d'affirmer, il faut étudier l'histoire I

concession comportait aussi le droit de chasse et de pèche, le privilège de faire tout trafic, tout commerce avec les sauvages. La patente allait plus loin encore : elle autorisait les colons à faire telles lois et ordonnances qu'ils jugeraient utiles pour améliorer leur gouvernement, et ce, à l'aide de fonctionnaires qu'ils choisiraient, à la majorité des voix, pour les mettre à eiécution. Ils pouvaient expulser ou repousser par la force des armes tous envahisseurs et tous individus qui essayeraient de porter préjudice à la plantation (1).

Les membres du Council for New-England^ en insérant dans cette patente des pouvoirs de gouvernement, outrepassaient les limites de leur charte qui octroyait à eux seuls et non àd'autres des prérogatives toutes personnelles. L'autorité souveraine n'est susceptible d'aucune délégation, encore moins d'un fractionnement qui, devant être multiple, ne pouvait que répugner à l'esprit du pacte intervenu cotre le Roi et les concessionnaires. Les gens de New-Plymouth tentèrent plus d'un effort pour obtenir l'agrément du roi à cette patente ; mais ce fut toujours sans succès. Cependant, ils s'avancèrent dans leur entreprise sur ce frêle esquif, s'en remettant à Dieu du soin de les protéger.

Les Pèlerins paraissaient compter plus sur le commerce des fourrures et sur la pêche, que sur l'agriculture pour assurer la réussite de leurs débuts, car il ne fut fait alors aucun partage des terres que leur assurait leur patente. En fait, dit Palfrey, c'était plutôt, encore, une factorerie conduite par un gouverneur, qu'un établissement colonial (2). Les produits du sol étaient destinés avec les bénéfices commerciaux à former un fonds commun à partager avec les prêteurs de Londres, prélèvement fait des choses nécessaires à la vie. Au regard de ceux-ci, il n'y avait dans l'arrangement conclu avec eux qu'une simple participation de bénéfices, tandis qu'en ce qui concernait les colons,

(1) Palfrey, yoI. I, p. 194.

(2) Palfrey, vol. I, p. 166.

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