‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 36 sur 226 · LE COMMUNISME A NEW-PLYMOUTH · texte numérisé non relu

LE COMMUNISME A NEW-PLYMOUTH

ce mode de jouissance faisait partie de Inorganisation politique. Ils vivaient en plein communisme, ce qui permettait aux moins laborieux et aux moins dévoués de profiter du travail de ceux qui n'épargnaient ni leur zèle ni leur peine pour le service public. N'était-ce pas une grande erreur de croire à l'effacement continu des véritables soutiens de l'édifice^ en présence de ceux dont l'inertie et les mauvais penchants pouvaient en saper les fondements? 11 est vrai que cet état de choses devait cesser avec la commandite des marchands de Londres; mais il fallait attendre l'expiration des sept années de sa durée. Pouvait-on espérer tant de résignation? des murmures se firent entendre, ils étaient trop fondés pour qu on n'en tînt pas compte. Les chefs de l'entreprise n'avaient point attendu jusque-là pour ouvrir les yeux sur cette triste situation. « L'expérience que nous avons faite pendant plusieurs années, dit Bradford, leur gouverneur, de cette condition sociale en communauté, quoique accomplie par des hommes sages et animés de l'amour de Dieu, fait mieux ressortir encore la vanité de celte conception de Platon et d'autres philosophes de l'antiquité, très applaudie depuis par certains autres, consistant à soutenir que la suppression de la propriété individuelle et l'introduction du communisme dans l'État rendraient les hommes heureux, comme s'il leur était donné d'être plus sages que Dieu (1)1 »

Déjà le communisme avait amené en Virginie les mêmes résultats. Il était nécessaire de revenir à des errements plus rationnels par un acheminement sensible qui ferait mieux apprécier les avantages du changement de régime.

En 1622, sans attendre la fin de l'association avec les prêteurs de Londres, l'on convint de confier à chaque colou un lot de terre à cultiver séparément, pour son profit

{i) Bradford, Hisiory of Piew-Plymouth plantation^ p. 135. Palfrey, ^oi. I, p. 153, note. Tocqoeville ne dit par un mot du communisme ^es premières années. Il voit des towns là où elles n*exislent pas encore. A-l-il confondu communisme avec commune ? Voir IMmocra^tc en Avxérique, vol. I, p. 63.

personnel, à charge seulement d'une légère redevance pour les besoins des fonctionnaires, marins, etc. Cette épreuve, trouvée satisfaisante, indiquait la voie à suivre. L'année suivante, Ton attribua à chacun, non plus seulement l'exploitation, mais la pleine propriété d^un acre de terre dans le voisinage le plus rapproché de la town afin de mieux grouper les habitants dans l'intérêt de la défense de la colonie. Le stimulant de ia propriété opéra de notables changements dans les habiludes de la vie. La production du blé devint si abondante que, d'acheteurs qu'ils étaient jusque-là, ils en vendirent aux Indiens, leurs pourvoyeurs ordinaires. A la fin de la troisième année de celte fondation, Plymoulh comptait trente-deux nrraisons et cent quatre-vingts habitants (1). C'était peu sans doute, mais il faut tenir compte de plusieurs circonstances qui pesèrent sur leurs débuis : d'une part, Tinstabilité de leur établissement qui ne pouvait s'appuyer sur une charte royale. Les luttes à soutenir entre un climat rude et insalubre n'offraient aucun attrait aux Européens. Le voisinage des Indiens les tenait toujours en alerte et menaçait de destruction leur petite colonie. Les rapports avec la métropole étaient inquiétants : des prétentions diverses s'élevaient sur le droit à la possession du sol de cette région de l'Amérique. L'homogénéité de la population laissait à désirer (2). D'autre part, le rigorisme de la règle puritaine strictement imposé faisait toujours redouter des dissidences et occasionnait des expulsions. Les obstacles ne manquaient donc pas au développement de New-Plyraouth. Mais, dans cette lutte entre le climat et entre les hommes, le caractère résolu des Puritains puisa une nouvelle énergie, d'autant plus grande, qu'ils se considéraient comme les missionnaires de Dieu sur la terre étrangère. Leur triomphe, même restreint, était un titre de gloire. Leurs descendants se gardent bien d'en perdre le souvenir; car

1^ (1) Voir John Smith, General History^ p. 247, et Palfrey, voL I,

p. 165 et 223.

(2) Palfrey, vol. I, p. 334, 2« noie.

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