‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 39 sur 226 · LÉGISLATION DES PURITAINS A NEW-PLYMOUTH · texte numérisé non relu

LÉGISLATION DES PURITAINS A NEW-PLYMOUTH

comme expédient que par application d'un principe. 11 fut donc ordonné que chaque town Terail choix de deux freemen pris dans son sein (la town de New-Plymouth seule ayait droit à quatre) à titre de représentants ou députés, et que ceux-ci réunis à la Cour des assistants {Bench) feraient et publieraient telles lois et ordonnances qu'ils jugeraient utiles an bien général. Cependant les lois pourraient aussi èlre faites ou rapportées par le corps entier des freemen réunis dans leurs meetings d'élection ; mais, chose digne de remarque, tandis que les députés devaient être freemen, Ion admettait au droit de suffrage des chefs de famille qui ne Tétaient point, pourvu qu'ils payassent des taxes publiques. Cette dérogation à la règle cléricale, jointe à celle déjà admise pour le choix des jurés, montre une fois de plus combien d'hommes utiles avaient déjà été écartés de toute participation à la chose publique par la dominalion de l'Église. L'on voit poindre ici l'élément censitaire qui se substituera un jour à l'influence puritaine dans le gouvernement de l'État. La loi prévoit le cas où des députés seraient trouvés insuffisants ou turbulents, et elle donne pouvoir aux autres députés, conjointement avec les assistants, de les renvoyer de leur siège, à charge, pour les towns qu'ils devaient représenter, d'en choisir d'autres à leur place (1). La rémunération de ces députés était à la charge de leurs towns respectifs. Mous négligeons nombre de dispositions concernant le luxe, les matières de police, etc., qui trouveront mieux leur place dans l'histoire du Massachusetts, la grande colonie qui servit presque toujours de type sous ce rapport.

Ce serait ici le moment de parler de la confédération intervenue, en 1643, entre New-Plymouth et les colonies puritaines voisines dans un but à la fois défensif et religieux. Mais nous ne pourrons le faire utilement qu'après que l'historique de celles-ci aura été amené à la date de ce pacte. Ce qui nous reste à dire de New-Plymouth per-

(I)Palfrey, vol. I, p. 547,

drait de son intérêt, s'il était détaché du cadre actuel, en sorte que, sans nous préoccuper de cette confédération, nous allons continuer Texposé du développement de cette province.

New-Plymouth , à raison des obstacles semés sur la route, s'avançait lentement et péniblement; aussi lorsqu'on résolut de faire une révision des lois, vers 1655, c'est-àdire après trente-six ans d'existence, la colonie ne comptait pas plus de onze towns et trois cent cinq freemen (1), nombre bien minime, si on le compare avec le reste de la population. C'est qu'en effet l'oligarchie théocratique se maintenait fermement. Elle tirait sa force non pas seulement de ses doctrines, mais encore de la nécessité, pour les colons, d'être dirigés par des hommes habiles afln de déjouer les entreprises de la métropole et de lutter contre les convoitises du Massachusetts. La colonie était pauvre de sujets. L'Église faisait ses choix qui portaient surtout sur ceux qui étaient dociles à ses directions. En 1655, la révision des lois n'apporta pas de change- ^^ ments notables à l'organisation générale. Quelques-unes

seulement sont à signaler : nul ne peut devenir habitant de la colonie sans la permission des autorités municipales, sous peine d'expulsion en cas de résistance. Tous les jeunes gens des deux sexes sont soumis à un apprentissage, à charge par les parents de pourvoir à leur subsistance et à leurs vêtements. Les towns négligeaient parfois de s'attacber des ministres utiles et de pourvoir à l'établissement d'écoles publiques. Ce relâchement du devoir le plus étroit, lorsqu'on se reporte à l'idée première de la fondation, montre l'attiédissement des gens de New-Plymouth pour les deux institutions qui auraient dû leur être le plus chères. Les autres colonies confédérées et particulièrement le Massachusetts supportaient impatiemment un pareil spectacle; aussi se crurent- elles autorisées à faire des représentations au gouverneur de New-Plymouth et à le pres-

(1) Palprey, vol. II, p. 370.

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ser de faire cesser cet état de choses. Stimulée par ce puissant aiguillon, la Cour générale de cette dernière colonie ordonna aux towns qui la composaient alors, de s'imposer des taxes suffisantes pour entretenir des ministres permanents et créer des écoles de grammaire qui, jusque-là (1657), avaient fait défaut (1). C'était bien longtemps attendre pour répondre aux besoins essentieb d'une colonie basée sur une pensée religieuse ! Quoi qu'il en soit, l'on ne réussit point à attirer de ce côté des ministres ayant le relief du talent et l'élévation de caractère qui distinguaient ceux de la grande colonie puritaine. Du reste, après trente-cinq années d'existence, cette province se trouvait bien appauvrie comparativement aux autres du même groupe, à raison de la rigueur du climat, de la pauvreté du sol et de la condition précaire que Jui faisait l'absence de charte. Des émigrations eurent lieu; mais, si elles diminuèrent cette petite phalange, il lui resta un courage indomptable et digne d'une meilleure fortune.

En résumé, le gouvernement de New-Plymouth fut, comme celui du Massachusetts, dominé par l'esprit de secte, exclusif par nature, et livré à un petit nombre de privilégiés, désignés par l'Église, égaux entre eux, tandis que la masse du peuple se composait de parias en politique et en religion. Nous verrons cette organisation se dessiner avec des traits fort accusés dans le Massachusetts.

New-Plymouth, qui avait traversé heureusement les règnes de Charles H et de Jacques il, fut, après la révolution de 1688, sacrifié à l'ambition du Massachusetts, Cette dernière colonie, à l'aide d'une transaction avec la couronne, réussit en 1692 à s'incorporer ce voisin faible et privé d'appui. Nous en parlerons plus loin.

(1) HiLDRETH, voL I, p. 394.

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