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créer ud refuge acceptable aux Puritains que la violence des passions religieuses obligerait à fuir leur pays. Le terrain était bien préparé; car indépendamment de cette considération. Je vent était favorable à Témigration d'Europe et à la création d'établissements au delà de TAtlantique. White réussit en peu de temps à s'assurer le concours de quelques- hommes dont les ressources et la considération lui promettaient un solide appui. Une association fut formée entre eux sous le titre de Dorchester Compam/ et ils s'empressèrent de s'assurer du territoire nécessaire pour asseoir la colonie projetée. En effet, ils obtinrent du Council for New England^ le 19 mars 1628, une concession de terres s'étendant, en longitude, de l'Atlaotique au Pacifique, et en latitude, d'une ligne à tracer à partir de 3 milles au nord de la rivière Merrimac jusqu'à une autre ligne distante de 3 milles au sud de Charles River. Cette concession comprenait en latitude toute la baie du Massachusetts.
Bientôt une petite expédition partit pour la Nouvelle- Angleterre, sous la direction d'Endicott, l'un des hommes les plus énergiques et les plus résolus parmi les concessionnaires. Il parcourut la côte, chercha à se rendre favorables les débris de la précédente entreprise et posa les jalons pour quelques établissements nouveaux. Ces explorateurs eurent à soutenir de rudes épreuves : le scorbut, les fièvres, exercèrent des ravages parmi eux. 11 importait de sortir de ce provisoire si près de la ruine. La Compagnie de Dorchester reçut alors de puissants renforts fournis par l'aristocratie, le barreau, le commerce, etc.^ él, au lieu d'une simple entreprise non incorporée, l'on sollicita et l'on obtint du roi Charles 1" une charte de corporation qui donna à la Compagnie la dénomination de Compagnie de la baie de Massachusetts dans la Nouvelle- Angleterre (4 mars 1629). Cette charte consacre entre autres pouvoirs de gouvernement ceux qui suivent :
La Compagnie serait administrée par un gouverneur, un lieutenant-gouverneur et par un conseil de dix-huit
assistaDts, tous élus par les freemen, autrement dit par les actionnaires, dans des réunions ou cours qui se tiendraient mensuellement au siège de la Société à Londres, pour l'expédition des affaires courantes de Tordre exécutif. Des sessions trimestrielles, dites cours générales, auxquelles prendraient part les freemen (1) au même lieu, auraient pour objet les affaires importantes qui dépasseraient les limites de Tadministration, telles que les élections (à faire annuellement) des hauts fonctionnaires et de ceux d'un ordre inférieur, la confection des lois civiles et criminelles applicables à la colonie, la levée des impôts, l'admission de nouveaux freemen, etc. Par une faveur spéciale, la charte n'imposait point la sanction royale aux actes de la Compagnie ; mais elle voulait que les lois et les ordonnances à faire par celle-ci ne fussent point en contradiction avec les lois et statuts du royaume d^Ângleterre. Le silence le plus absolu était observé ao sujet de la religion, dans la crainte sans doute d'éveiller les répulsions du roi dont la haine pour les Puritains était bien connue. La Compagnie était autorisée à transporter dans les limites de sa concession des émigrants anglais oo étrangers, pourvu que ceux-ci consentissent à devenir sujets *de la couronne. Le gouverneur, assisté de deux membres du Conseil, avait le droit, mais non l'obligation de requérir le serment de suprématie et d'allégeance. Enfin la Compagnie pouvait repousser par la force des armes, sur terre et sur mer, tous individus qui tenteraient d'inquiéter, d'envahir et de détruire ses établissements. Cette dernière disposition servit plus tard à couvrir des actes d'arbitraire qui étaient bien loin de la pensée da souverain. Les termes de la charte correspondaient d'ailleurs à ceux employés dans les chartes ordinaires des compagnies de commerce (2).
Un acte si peu explicite à certains égards était, entre les
(1) Le gouverneur, le lieulenanl-gouverneur et les assistants, en tant que freemen, faisaient aussi partie de ces Cours générales.
(2) UlLDBBTH, VOL I, p. 480.
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mains d'hommes éminemment casuistes, ouvert à toutes les équivoques, à toutes les interprétations. C'est ainsi qu'ils en firent sortir un gouvernement politique au lieu d'une entreprise de commerce, l'indépendance gouvernementale en opposition avec la sujétion à l'autorité de la couronne et du parlement, la proscription de tous les cultes chrétiens, sauf le puritanisme réduit aux proportions les plus étroites, l'oligarchie substituée à l'égalité prévue par la charte et Talliance de l'État avec TÉglise jusqu'au point de se laisser dominer par elle.
La Compagnie s'organisa immédiatement à Londres, en choisissant un gouverneur et un lieutenant-gouverneur, et elle composa le Conseil de manière h y faire entrer des colons déjà établis sur ses possessions, sous la direction locale d'Eodicott. Des concessions de terre furent affectées à toutes personnes membres de la Compagnie ou autres, dans des proportions correspondant aux avantages que celle-ci en recevrait en hommes et en argent. Un transport d'émigrants ne se fit point attendre ; il était composé de personnages de considération et de quelques ministres, d'artisans, d'ouvriers et d'un bon nombre de serviteurs engagés, esclaves à temps, que les Puritains emmenaient, disaient-ils, autant pour les christianiser qu'à raison des services qu'ils étaient destinés à rendre. Comme si la servitude pouvait être une initiation au christianisme!
Les chefs de cette première expédition, facilement gagnés aux idées dominantes chez les gens de New-Plymouth, organisèrent promptement une Église pour eux-mêmes, sans répudier ouvertement l'autorité de l'Église d'Angleterre, mais en écartant cependant ses cérémonies et sa liturgie. Ce premier pas souleva de vives réclamations de la part de deux membres du Conseil des assistants. Leur voix fut aussitôt étouffée. On se hâta de les renvoyer en Angleterre. Tel fut le début de cette intolérance sans merci qui prit plus tard de cruelles proportions et fut toujours le trait distinctif de cette colonie.
SECTION H
Mise en œuvre de la charte en Amérique. — Doclrine puritaine oligarchique. — Les deux tiers des habilants privés de droits politiques.
Une courte expérience démontra aux moins clairvoyants que vouloir gouverner de Londres une possession lointaine et soumettre ses habitants à des lois à la préparation desquelles ils n'avaient point concouru, c'était compromettre à plaisir l'avenir du Massachusetts, et surtout écarter des .personnes de qualité, que les troubles civils et religieux d'Angleterre ne manqueraient point de forcer à l'exil. II convenait donc de leur rendre acceptable la condition de colons. Pour y réussir, l'on imagina de transporter en Amérique même la mise en œuvre de la charte et de la confier à ceux des freemen (actionnaires) qui voudraient émigrer, conjointement avec ceux des habitants déjà admis h la qualité de freemen (citoyens). L'on sauvegarda par certains avantages les droits des actionnaires qui préféreraient rester en Angleterre. Dans cette hypothèse les freemen des deux catégories étant placés sur la même ligne^ le succès serait complètement assuré. Mais pouvait-on soutenir que le texte de la charte comportait cette transformation? Cela était douteux, quelques-uns même en nièrent la légalité. Cette hardiesse de résolution, dit Story, n'est pas plus étonnante que l'adhésion silencieuse qu'y donna le roi (i). Quoi qu'il en soit, après l'adoption de ces mesures, les chefs de la colonie voulant mettre les apparences de leur côté obtinrent une de ces complaisantes consultations, toujours favorables à ceux qui les réclament. En conséquence, dans une assemblée ou cour générale tenue à Londres le 20 août 1629, il fut arrêté que désormais la mise en œuvre de la charte n'aurait plus lieu qu'en Amérique, et, en remplacement des fonctionnaires alors en exercice, l'on nomma pour premier gouverneur John
(i) Stort, Commeniaries, vol. I, § 66.
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Wialbrop, et pour lieutenant-gou-Terneur Thomas Dudley, deux personnages de marque qui exercèrent une très grande influence sur la destinée de la colonie. Un conseil de dixhuit assistants fut choisi parmi ceux qui jouissaient d'une réelle considération.
Seize bâtiments furent frétés pour transporter dans la nouvelle colonie un grand nombre d^émigrants appartenant aux diverses classes d'Angleterre, notamment des serviteurs engagés qui auraient à supporter le poids le plus lourd des travaux du pionnier. Ce convoi emportait aussi les chefs mêmes de Tenlreprise, élus à Londres. Les nouveaux arrivants débarquèrent sur plusieurs points de la côte de la Nouvelle-Angleterre, dont quelques-uns déjà étaient occupés (1630). Ils se formèrent par groupes distincts créés daBs un but d>e défense contre les Indiens, et pour obtenir plus aiséoient les choses nécessaires à la vie. Ce furent pour cette colonie les premiers centres communaux appelés to^os,. dont Torgantsation, d*abord toute rudimentaire, eut à foire face aux besoins de chacun d'eux et qui devint plus tard un des rouages essentiels du gouverne* ment.
Le chef-lieu de la colonie fut établi d'abord à Gharlestown, puis à Boston, où il a été maintenu jcaqu'à nos jours. Lun des premiers objets de la sollicitude de ses fondateurs fat rétablissement de VÉglise. D'accord avec le ministre, ils firent un pacte appelé covenant, d'après lequel chaque plantation ou tovm aurait une église ne relevant que d'elle seule, distincte des autres, et choisissant elle-même ses membres^ sou ministre, ses fonctionnaires; une église était desservie par un pastor et un teaching elder ou teacher ou simplemeat elder. Ces deux sortes d'emploi se trouvaient souvent confondus dans uae seule personne. Leur mission consistait dans la prédication^ l'administration des sacrements et la haute administration de l'Église, surtout dans ses rapporte avec l'État. Puis venait le rnling elder^ dont Tofiice consistait à venir en aide à l'un et à l'autre de ces ministres. Enfin il y avait un deacon, dont la charge se
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rapportait à la gestion des affaires temporelles de TÉglise et aux secours à distribuer aux pauvres. Le particularisme des églises avait pour conséquence que, en dehors de la sienne propre, le ministre n'élait plus qu'un laïque n'ayant droit d'exercer ailleurs aucun acte de son ministère. Les ministres furent l'objet d'une imposition des mains que Ton chercha à faire accepter, non comme une ordination nouvelle, si différente de celle reçue en Angleterre, mais comme un signe de leur élection pour une église déterminée et de leur installation. On redoutait les foudres de la couronne, et, au lieu de la braver, on rusait avec elle. Au surplus cette indépendance des églises ne fut jamais, à proprement parler, que nominale, tant était despotique l'autorité exercée par les magistrats (assistants), qui n'auraient jamais laissé s'introduire quelque nouveauté dans les doctrines et la liturgie. L'intime union des ministres avec eux suffisait pour prévenir, arrêter ou punir le moindre mouvement de liberté en matière religieuse (1).
Exposés aux rudes épreuves d'un début dans le désert, décimés par les rigueurs du climat, par les maladies, par les privations de toute sorte, abandonnés par une partie des hommes qui, venus pour grossir leur nombre, reculèrent devant ces calamités, ceux qui restèrent songeaient plus à lutter contre la détresse qu'à veiller sur leurs droits politiques. Aussi dans une première assemblée ou cour générale, s'empressèrent-ils d'abandonner au gouverneur et au Conseil des assistants, communément qualifiés magistrats, le pouvoir de faire des lois pour la colonie et de nommer les fonctionnaires chargés d'en assurer l'exécution. Ces magistrats furent spécialement autorisés à choisir dans leur sein le gouverneur et le lieutenant-gouverneur. 11 ne fut réservé par les freemen qu'une seule prérogative : celle de remplir les vacances qui surviendraient dans le personnel
(1) Voir WiwTHROP, History of New England from 1630 to 1649 wilh noies by James Savage, vol. I, p. 38. Boston, 1853. — Charles W. Elliott, History of New England, vol. I, p. 125 et Palfbbt, vol. L p. 39»