ORGANISATION POLITIQUE ET RELIGIEUSE DU MASSACHUSETTS
du Conseil des assistants. Ce grand effacement causé par des circonstances impérieuses devait cesser graduellement et déjà dans la deuxième session de la cour générale (1631) les colons avaient repris le droit d'élire annuellement les assistants dont le nombre était bien réduit. Mais en même temps, aveuglés par Tesprit de secte, ils consentirent à un empiétement qui devait être fatal à la masse de la population. C'est ainsi qu'après Tadmission de cent dixsept nouveaux membres, il fut ordonné qu'à l'avenir nul neseraitaccepté comme freeman, c'est-à-dire citoyen votant, si déjà il n'avait été reçu membre de l'une des églises établies de la colonie (1). L'obtention de la qualité de freeman qui, jusque-là, ne dépendait que du vote des freemen réunis en assemblée générale, fut dès lors subordonnée à la volonté du pouvoir de TÉglise. 11 ne suffisait point aux ministres d'associer l'Église à l'État, il fallait encore que l'une dominât l'autre. Telle est la tendance de toutes les églises lorsqu'elles s'éloignent du domaine spirituel I
Aux yeux des Puritains, une congrégation avait une double individualité : l'une spirituelle ou l'Église, l'autre corporelle, appelée la société. L'Église ne se composait que de membres ayant une expérience suffisante de la religion et pouvant raisonner leurs croyances. La société consistait dans un ensemble de personnes qui, sans avoir celte aptitude, se bornaient à pourvoir au soutien du culte tant par leurs contributions que par la gestion des propriétés affectées à cette destination. On pouvait donc appartenir à une société puritaine, sans être membre de l'Église. Pour être élevé à cette condition, il fallait pouvoir rendre compte de sa foi publiquement devant l'Église assemblée et répondre aux interrogations destinées à édifier les fidèles sur ce point délicat. La solennité de l'examen éloignait beaucoup de chrétiens que l'on réduisait ainsi à l'état de parias en poli) Soxv MassackusetCsColonial records^so\, I, p. 87. Celle qualité de membre de TÉglise et de freeman n'élail pas moins exigée des habitants de la town pour prendre pari aux affaires locales. V. Hildrbtb, vol. I, p. 225 et Palfret, vol. II, p. i4.
lilique, puisqu'on ne pouvait prétendre à la qualité de citoyens qu après avoir subi de ce chef une épreuve favorable. Le nombre de ces déshérités devint considérable suivant le témoignage des contemporains; il se serait élevé là, comme dans les colonies voisines, aux deux tiers de la population (1). On se relâchait parfois de la rigueur de la profession de foi publique en faveur d'hommes et de femmes que cette mise en scène intimidait extrêmement. Mais l'arbitraire n'en subsistait pas moins pour l'admission des citoyens actifs de la colonie. L'esprit de secte prit de bonne heure, on le voit, un ascendant marqué sur la marche des affaires publiques, et il créa pour lui servir d'auxiliaires la classe privilégiée des freemen, membres de l'Église. C'était l'intronisation d'une aristocratie d'un nouveau genre, qui n'avait pour base ni la naissance ni le mérite personnel, mais des témoignages imparfaits d'une foi orthodoxe, comme si les petits et les humbles ne pouvaient rien comprendre des grands principes du christianisme! Ce que Ion voulait, c'était moins faire des chrétiens que des Puritains dans l'acception la plus étroite, et prévenir des schismes que l'on ne put empêcher.
Avant d'aller plus loin, il convient d'esquisser la physionomie de cette jeune société dont les tendances se trouvent dès l'abord très accusées, et qui se maintiendront telles pendant la période coloniale.
Le puritanisme s'était emparé de toutes les annexes du gouvernement, grâce aux ministres éminents qui dès l'origine se portèrent au gouvernail. Leur main se rencontre partout. S'agit-il d'élections? la séance s'ouvre par un se^ mon dans lequel le ministre ne se borne point à des considérations morales, il entre dans le vif des questions politiques et s'efforce de diriger le choix des électeurs. La législation de Moïse étant le régulateur de cette société, si des doutes s'élèvent dans l'esprit des magistrats sur l'insuffisance ou le silence de la loi, ceux-ci font appel aux lumières du mi-
(1) Voir Lechford, Plain dealing or Neios from New EngUtndy p. 73; Galfrby, Historyf vol. Il, p. 8 el Hildbbth, vol. I, p. i90.