‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 43 sur 226 · ORGANISATION POLITIQUE ET RELIGIEUSE DU MASSACHUSETTS · texte numérisé non relu

ORGANISATION POLITIQUE ET RELIGIEUSE DU MASSACHUSETTS

nistre que Ton considère comme le meilleur interprèle des Écritures. Ses avis sont généralement suivis. Y a-t-il une mission importante ou délicate à donner? c'est à lui qu'on la confie de préférence, à cause de l'étendue de ses lumières et de sa grande dextérité dansle maniement des affaires. Un peu plus tard, voudra-t-on dégager la doctrine des prétendues erreurs qui tendraient à raltérer, comme aussi à ramener l'unité dans les croyances? on réunira des synodes composés de laïques et de ministres, mais ce dernier élément ydominera et son opinion fera autorité. L'exécution incombera aux magistrats. Enfin le ministre servira de modérateur entre les pouvoirs publics, et son importance s'en trouvera grandement rehaussée. Les magistrats, s'appuyant sur le ministre, acquerront plus de considération; ils jouiront même d'une sorte d'inamovibilité due en partie à leurs talents et à leur caractère. De leur c6té, les ministres trouveront dans le Conseil des assistants un concours toujours nécessaire dans la pratique des choses humaines.

Une des causes de Tinfluence très grande des ministres dans les affaires temporelles tint à ce que celte colonie fut assez heureuse pour recevoir dès le début, et peu après, des ministres d'une grande distinction que les troubles religieux de la mère patrie forcèrent à l'émigration. Ils avaient une notable supériorité sur la plupart des habi- , tants du Massachusetts, soit comme instruction, soit comme caractère. Ils étaient hors de pair avec tous, sauf quelques chefs de l'entreprise qui eux-mêmes étaient magistrats. Au nombre de ces ministres se faisaient remarquer dès l'abord Higginson, Skelton et Wilson, puis par ordre de date, non de mérite, John Cotton, Thomas Hooker et Samuel Stone, tous trois élèves de l'université de Cambridge et s'y rattachant encore après y avoir exercé les fonctions de ttUors et de fellows à une époque voisine de leur émigration (i). Cotton surtout gagna dans le Massachusetts une

(1) Les ministres dissideols étaient de trois sortes : les puritains proprement dits, les non-conformistes et les séparatistes. Les puritains et les non-conformisles ne différaient guère de TÉglise établie

autorité morale très grande ; c'est lui qui inspira, s'il ne dirigea, d'accord avec John Winlhrop et Dudley (gouYerneur et lieutenant-gouverneur), les grandes résolutions du gouvernement pendant une assez longue période de son histoire. A lui doit être reporté en grande partie l'honneur comme la responsabilité des actes qui signalèrent cette époque. Tel est, en effet, l'ascendant des grands hommes dans chaque pays : ils gravent profondément leur empreinte dans les lois, dans les mœurs. 11 semble que le peuple n'ait qu'à les suivre dans la voie qu'ils ouvrent. Ils résument à eux seuls toute une civilisation !

Dans le premier élan de la colonie, les habitants contribuèrent d'eux-mêmes au traitement du ministre, chacun selon ses moyens. Plus tard on dut recourir à la loi pour fixer leur rémunération et la rendre obligatoire à ceux qui n'étaient point membres de l'Église. On leur prescrivit, sous des peines sévères, de suivre les exercices religieux. Mais devenus trop prolongés et surtout trop Tréq^'enls, ces services entravaient le travail des habitants. On en limita le nombre en ordonnant qu'ils n'auraient plus lieu qu'un seul jour par semaine dans chaque plantation. Le baptême, au lieu d'être donné à tous, fut réservé aux membres de l'Église et à leurs enfants seulement. La communion devint aussi le privilège des adultes admis dans le giron (1). La colonie affectait une ph jsionomie d'austérité remarquable: tous amusements étaient proscrits. L'enjouement était presque considéré comme un péché. Il semblait, dit an historien américain, que « cette colonie fût un couvent

que quant aux pratiques religieuses. Relativement aux séparatistes, ils s'étaient complètement détachés de TÉglise d'Angleterre. Ils voulaient que chaque groupe eût son église distincte, sans connexion avec d'autres, pratiquant dans des maisons particulières comme il l'entendrait La plupart des Puritains de la Nouvelle-Angleterre n'étaient point séparatistes. Ils pratiquaient la communion, comme on le verra plus loin. {î) Voir Palprby, vol. II, p. 42. W. Elliott, History of New Englandy vol. I, p. 120 et Lechford, Plain dealing or news ftom New England, p. 14. M. Laboulatr, qui cite Lechford une seule fois, ne l'a donc pas lu, puisqu'il dit que les fondateurs du Massachusetts repoussaient la communion? Histoire poHtique des États-Unis^ voL I, p. 169.

Page 1