TENTATIVES D'INDÉPENDANCE DU MASSACBDSETTS
La nomination de celte haute Commission et les projets ([u'on lui prêtait répandirent l'alarme ^ns le pays. Les magistrats présidés par le gouverneur tinrent conseil avec plusieurs elders sur le parti à pr^dre. Us imaginèrent un faux prétexte pour différer Tenvoi en Angleterre de la charte, qui leur était réclamée. En même temps la Cour générale arrêta divers moyens de défense/ et elle nomma une commission militaire composée du gouverneur et des magistrats. Les pouvoirs les plus étendus leur furent con* fiés pour une année, à l'effet de repousser la force par la force, et même de mettre à mort quiconque résisterait à leurs commandements. Heureusement pour le Massachusetts des circonstances diverses, notamment l'état politique de l'Angleterre, conjurèrent les funestes conséquences de cette résolution.
€e n'était point assez de la lutte contre l'Angleterre ; il fallait encore que la colonie fut attristée par une dissension intestine. Roger Williams, un des plus jeunes ministres de la colonie, le futur fondateur de Rhode Island, avait quitté VAngleterre peu de temps après le transfert du gouverne^ ment dans le Massachusetts. A peine débarqué à Boston, il se posa en novateur et développa des théories qui éloignèrent de lui des sympathies qu'il aurait dû chercher à se concilier. 11 veut bien s'associer à l'Église établieà Boston, mais il exige que les membres de cette Église se soumettent à un acte de repentance pour avoir été autrefois affiliés à celle d'Angleterre. Allant plus loin, il dénie aux magistrats le pouvoir de punir les infractions à la loi qui ordonne l'observation du dimanche. C'était une provocation au schisme et à la révolte. Mais il tenait en réserve des théories bien autrement dangereuses qu'il développa <Jans un opuscule, qui fut un des chefs d'accusation contre lui. 11 y déclarait que le roi d'Angleterre n'avait pas plus le droit de disposer du terrain des Indiens que ceux-ci d'aliéner les possessions de ce prince. Suivant lui, les chartes émanées de la couronne n'étaient que de simples parchemins sans valeur, qui ne dispensaient pas d'acheter
aux Indiens direclement les terres d'Amérique, En agissant ainsi, Williams faisait preuve d*une absence complète d'esprit politique ; il semait l'alarme parmi les colons, en contestant la validité de leurs titres, et il provoquait les vengeances de l'Angleterre. Appelé à rendre compte devant les magistrats du Massachusetts de cet acte qui avait une apparence de trahison, il fut obligé de se rétracter; il offrit même de détruire son livre. Mais ce repentir n'était pas sincère ; car peu après il reproduisit les mêmes thèses et provoqua à la désobéissance aux lois et aux magistrats. C'est alors que malgré des avertissements réitérés, et en raison de sa persistance dans la voie où il était entré, il fut condamné au bannissement, avec l'approbation de tous les elders de la colonie, moins un (1). Cette sentence s'expliquait surtout par un appel à la discorde fait aux habitants de Salem, qu'il entraîna dans le conflit élevé par lui; mais force devait restera la loi, et ceux-ci, privés momentanément de leurs droits politiques, ne purent les ressaisir qu'en faisant amende honorable. Quoique Williams appartint encore, par la forme au moins, au Puritanisme, il penchait déjà vers TAnabaptisme, et ces considérations de secte ne furent pas sans doute étrangères à sa condamnation, quoiqu'elle fût motivée seulement par des considérations d'ordre civil et politique. L'avenir montra que cet homme d'une extrême mobilité d'esprit ne pouvait avoir de convictions profondes. Élevé dans les principes de la religion épiscopale, il devint puritain, puis anabaptiste, puis seeker (chercheur). Après avoir beaucoup flotté dans le doute quant au pouvoir de fonder une organisation ecclésiastique, il arriva à conclure qu'aucun des cultes existant n'était légal ou tout au moins nécessaire (2). On comprend que pour un tel homme, quels que fussent d'ailleurs
(1) Massachusetts colonial Records, vol. I, p. ^60-192. Palfrey, vol. I| p. 412. Wjnthrops, Hibtory, vol. I, p. 204.
(2) HiLDRETH, vol. I, p. 289. Palprey, vol. I, p. 413. Macaulay dit de Roger Williams que ce fut un des personnages les plus mépnsables parmi ceux qui ont marqué dans rhisloire d'Angleterre. Voir Critica and historical Essays^ vol. I, p. 159.
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