LÉGISLATION POLITICO-RELIGIEUSE AU MASSACHUSETTS
ses mérites persoûDels, si la liberté de conscience avait la valeur d'un principe, elle n'en était pas moins un besoin de sa nature mobile : considérations qui ne peuvent être perdues de vue dans l'appréciation de ses actes. Le bannissement de Williams fut la cause involontaire de la fondalion de Providence, dont l'historique viendra plus loin.
SECTION VIII
Projet d'immigration de personnages de qualité. — Théorie de John Cotton sur rinconrïpatibilité de la démocratie avec l'Église et avec TÉtat. — Autocratie puritaine pour l'admission de nouvelles églises.
L'état de plus en plus périclitant des affaires de la métropole faisait entrevoir comme imminente l'arrivée de gens de qualité, qu'il importait de s'attacher tout à la fois comme auxiliaires et comme protecteurs. John Cotton, alors le ministre le plus considérable de la province, fut chargé de négocier avec eux leur établissement dans le Massachusetts (1636). Les lords Sayard, Seale, Brooke et autres, qui prireut Tinitiative de ce mouvement, proposèrent eux-mêmes les conditions de leur immigration et de celle de leurs amis; mais elles étaient conçues dans des termes qui dotaient changer fondamentalement le caractère du gouvernement. Ils réclamaient m un parlement divisé en deux chambres, dont une dite chambre haute, composée de gens de qualité seulement, serait héréditaire. L'autre ne se recruterait que de freeholders (propriétaires fonciers). Le gouverneur ne serait jamais choisi que parmi les hommes ayant rang de gentlemen. Les lords en question et ceux de leurs amis qu'ils amèneraient avec eux seraient admis, ainsi que leurs héritiers, au rang de gentlemen de ce pays. Pour l'avenir, nul ne serait gratifié de cette faveur que du consentement des deux chambres. Quant aux freeholders, aucun d'eux ne pourrait prétendre ce rang qu'autant que sa consistance personnelle le rendrait apte à justifier ce choix ». Ce plan, s'il avait été adopté, aurait porté un coup fatal à l'élément religieux, dont on ne tenait plus
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compte pour rayènement à la vie politique. Aussi fuMl rejeté, non parce qu'il était antidémocratique, mais à raison de ce qu'il écartait Tinfluence théocratique. En effet, John Gotton « reconnaît que la démocratie n'est pas un gouvernement favorable à l'Église et à l'État, car, disait-il, si le peuple gouverne, qui donc sera gouverné? d II ajoutait « que la monarchie et l'aristocratie étaient approuvées et conseillées par l'Écriture, mais en tant seulement que ta théocratie pouvait s'identifier avec elles ». Il proposa alors, comme moyen de conciliation ,.« un conseil à vie, dans lequel entreraient les nobles immigrants, et dont les pouvoirs seraient ultérieurement définis, mais sous réserve expresse des droits reconnus aux membres de l'Église ». La négociation subordonnée à cette réserve avorta ; néanmoins un conseil fut créé; on le dota provisoirement des pouvoirs d'une commission militaire, qui ne fut composée que de deux des membres les plus importants de la colonie, Winthrop et Dudley; un troisième leur fut adjoint plus tard. Mais jamais cette institution, qui d'ailleurs ne restrait en aucune manière dans l'esprit de la charte, ne conquit la faveur publique. Elle n'eut qu'une courte "durée. Peu d'années après sa création, ce conseil fut dépouillé de ses attributions militaires, les seules qui lui aient donné quelque consistance (1645) (1).
 répoque qui nous occupe, le Massachussetts avait à faire face à des difficultés multiples, qui exigeaient de la part de ses hommes d'État une attention vigilante, un coup d'œîl exercé, et une extrême fermeté unie à beaucoup de prudence. Après la fuite de Roger Williams et la fondation par lui, presque aux portes de la grande colonie, d'un établissement où toutes les opinions religieuses et politiques se donneraient carrière, vinrent les émigrations partant de son propre sein, dirigées par des hommes considérables et se répandant sur le territoire du Connecticut, pour y créer peut-être une rivalité sérieuse. D'un autre
[i) Voir sur celte nêgocialion Hutchinson, History of MassachusetU boy, vol, I, p . 433, Palfrey, vol, I, P. 389 (note) et Hilbreth, vol. I, p. Î34.