LÉGISLATION POLITICO-RELIGIEUSE AU MASSACHUSETTS
OU de Tautre des églises établies dans la colooie. Le schisme créé par Williams fit ressortir le point faible de cette organisation. En effet, dès que le premier degré à franchir pour devenir freeman dépendait de l'admission du postulant par Tune de ces églises dans son giron, une surveillance active devait s'exercer sur chacune d'elles, pour ne point laisser s'introduire chez Tune des doctrines qui seraient désavouées par les autres. Sans ce contrôle, une église livrée à Terreur élèverait dans le schisme des citoyens, qui ne seraient plus en communauté de principes avec le reste des fidèles, et Tanarchie se répandrait bientôt dans tout le pays. Mieux valait, suivant les chefs de la colonie, toucher à Findépendance des églises et assurer à la secte, prise en niasse, une inviolabilité de doctrine, qui affermirait dans ses mains le sceptre gouvernemental. En conséquence, la Cour générale (1636), considérant qu'il était démontré par une triste expérience que beaucoup d'agitation et de désordre avait été occasionné dans rÉglise et dans l'État par des fonctionnaires et membres de quelques églises, qui s'étaient formées d^ine manière irrégulière dans le territoire du Massachusetts, sans avoir reçu l'approbation publique, ordonna que l'autorisation législative ne serait donnée à aucune compagnie d'individus, qui se réuniraient à l'avenir dans de prétendus lieux d'association religieuse, sans que ceux-ci eussent au préalable communiqué aux magistrats et aux elders de la majorité des églises de la colonie les bases de leur organisation, et sans avoir eu l'agrément de cette autorité supérieure. De plus, il fut ordonné qu'aucun individu appartenant à une église non autorisée par les magistrats et par les elders de la majorité d'une église établie ne serait admis à la qualité de freeman (1). 11 ne suffisait donc plus d'être puritain pour appartenir à une église de la colonie, il fallait encore justifier qu'on l'était suivant les doctrines professées par les chefs de l'église dominante. L'indépen-
(1) Voir Massachussetts eoL Records, vol. I, p. 142*143 et Palfhit, vol. I, P.-433.
dance individuelle du début recevait ainsi une grave atteinte par cette mesure autoritaire et l'État se trouvait de plus en plus sous le joug de TEglise. L'intervention des magistrats était peu rassurante pour les esprits qui avaient quelque largeur d'idées; car, élus à cause de leur ferveur ardente et de leur union intime avec le ministre, ils étaient les adversaires naturels de toute nouveauté.
SECTION IX
Destruction des Indiens Péquods. — Schisme *de Mrs Hutchinsoo. - Synode de 1636. — Condamnation de quatre-vingt-deux opinions nouvelles. — Bannissement de Mrs Hutchinson. — Résistance des magistrats à la refonte des lois.
L'année 1636, déjà si féconde en événements intéressants dans le Massacbussetls, fut marquée par deux faits d'une grande portée : l'aune guerre d'extermination entreprise et menée à fin contre les Péquods, Tune des tribus les plus puissantes parmi celles établies dans la Nouvelle- Angleterre, et dont la cause première remontait à 1634; 2^ un schisme profond qui s'attaqua aux doctrines puri* taines les moins contestées et jeta les hommes du gouveraement dans de grandes perplexités. Nous ne rapporterons point les péripéties de la guerre des Péquods; nous ne mentionnerons que les exterminations de cette tribu, exécutées par le Massachussetts et les jeunes établissements du€onnecticut, afin de ne pas sortir du cadre de nos éludes (Ij. Cependant nous dirons qu'un sentiment de self préservation suggéra à la grande colonie, à l'occasion de cette guerre^ ridée d'organiser son état militaire, à titre d'institution durable. La Cour générale divisa l'armée ou milice en trois régiments correspondant à des divisions territoriales qui devinrent, avec les circonscriptions judiciaires, la base des comtés. Les principaux personnages du pays furent nommés colonels et lieutenants-colonels, et il fut décidé qu'à l*aveair
(1) Palfrey, vol. 1, p. 443 -et Hildreth, vol. I, p. 237 et suiv.