‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 52 sur 226 · SCHISME DE MADAME HUTCHINSON AU MASSACBUSETTS · texte numérisé non relu

SCHISME DE MADAME HUTCHINSON AU MASSACBUSETTS

les régiments eux-mêmes éliraient leurs officierssupérieurs. Quaot aux capitaines et lieutenants, les towns devaient designer au Conseil des assistants parmi leurs habitants une, deux ou trois personnes que celui-ci pourrait choisir pour ces grades. Tous ces chefs devaient être des freemen ; mais cette qualité n'était point exigée des soldats qui votaient pour la présentation de ces officiers. Le gouverneur était, de droit, commandant en chef (1636).

Quelque discrétionnaire que fût le pouvoir des magistrats en fait de fondation d'église, ceux-ci étaient impuissants à prévenir les dissidences qui surgiraient parmi les églises reconnues. On en fit de bonne heure la triste expérience de plusieurs côtés. C'était la meilleure démonstration de la grave erreur des Puritains, qui croyaient pouvoir cantonner leurs doctrines dans des interprétations rigides que la raison n'oserait pas entamer. Dès qu'ils s'érigeaient en réformateurs, n'avaient-ils pas à redouter que de leurs rangs mêmes sortissejit des docteurs plus avancés qu'eux, qui viendraient ^per leur système et établir autel contre autel? L'espèce d'infaillibilité qu'ils s'attribuaient, avec une vanité peu chrétienne, les exposait à de graves mécomptes. Une femme se chargea de cette tâche et laccomplit avec une vigueur et une ténacité qui leur rendit plus pénible encore ce désenchantement.

Dès 1634, arriva au Massachusetts une dame Hutchinson, femme de rare intelligence, d'une fermeté peu commune, mais remarquable plutôt encore par sa perspicacité et sa subtilité dans les discussions que par une force réelle d'argumentation. Son mari s'effaçait devant elle, comme pour montrer que la nature s'était trompée dans le rôle qu'elle avait assigné à l'un et à l'autre. M"*' Hutchinson était accompagnée par John Wheelwrigth son frère, ministre puritain, qui fut l'un de ses plus courageux adhérents dans les débats irritants provoqués par le schisme dont il va être question.

Après avoir été admise dans le giron de l'église de Boston et avoir conquis l'estime générale par des œuvres de

charité bien appréciées, M"' Hutchioson imagina de tenir des meetings de femmes, comme l'usage s'en était établi pour les hommes, dans le but d'expliquer aux personnes de son sexe les sermons qu'elle avait entendus. Mais, en réalité, elle se proposait d'exposer ses propres théories, qui n'étaient autres que des critiques de ces sermons. Sa doctrine tendait à établir entre autres choses que la foi est une grlce toute particulière de Dieu, indépendante de Tindividu et qui suffira à sa justification, sans qu'il lui soit nécessaire de pratiquer la dévotion et de réaliser de bonnes œuvres pour mériter le salut. Ainsi les manifestations de piété n'étaient pas une preuve évidente de la justification et du changement qui se serait opéré dans le cœur. Le seul témoignage de l'état de grâce résidait dans la conviction intime de celui qui se sent personnellement uni avec le Saint-Esprit. Les Puritains répliquaient qu'on pouvait se méprendre sur l'état de grâce, à moins qu'il ne fût appuyé d'actes de sainteté qui seraient d'accord avec lui. Du reste, ajoutaient-ils, prétendre que l'Esprit-Saint est une union personnelle avec nous n'est autre chose qu'un blasphème (1).

Le résultat de la théorie de M""' Hutchinson était la glorification de l'individu croyant, une sorte d'irresponsabilité morale envers la société et l'affirmation implicite de l'inutilité, pour ne rien dire de plus, des ministres dont le concours était alors si nettement associé à la marche du gouvernement. Cette femme provoquait donc, au moins indirectement, à une sorte de bouleversement de l'État, et elle justifiait, une fois de plus, l'intervention de l'Angleterre dans les affaires des colonies. Quoi qu'il en soit, ces nouveautés firent leur chemin, grâce à l'adhésion de quelques hommes éminents qui les épousèrent avec chaleur. Tels étaient Yane, alors gouverneur du Massachusetts, deux membres du Conseil des assistants, et Wheelwrigth, jouteur habile et doué d'une grande persévérance.

(I) HiLDRSTH, vol. I, p. 244.

JTT^}

SGBISME DE MADAME HUTGHINSON AU MASSACQUSETTS. 131

Les partis se mesurèrent à Toccasion des élections; mais, comme la ville de Boston, cheMieu de la province, était gagnée au schisme, ces opérations eurent lieu à New-Town. Cette mesure préventive n'empêcha rien. Les électeurs, divisés d'opinions, créèrent du tumulte; ils en vinrent aux mains. Toutefois, grâce au calme relatif de la majorité, les élections purent s'accomplir avec régularité. Vane ne fut pas réélu. Winthrop, au contraire, qui était le chef de la résistance à Tinvasion du schisme, fut choisi pour le remplacer. Le triomphe était assuré aux conservateurs. Cependant Ton avait à craindre que de nouveaux immigrants ne vinssent grossir la phalange des dissidents. Pour prévenir ce danger, la Cour générale ordonna qu'à lavenir aucun nouvel arrivant ne pourrait prétendre à séjourner dans la province à moins d'une autorisation spéciale accordée par un des magistrats (1). Défense fut faite aux habitants de louer leurs maisons à des étrangers ou de les héberger au delà de trois semaines, sans une permission de la même autorité (2). Un synode, composé tout à la fois deselders les plus éminents de la Nouvelle-Angleterre et de délégués laïques des diverses églises, fut convoqué (1637) dans le but d'expurger la doctrine des erreurs qui s'y seraient glissées, et de la ramener à l'unité si essentielle à la paix publique. Ce synode condamna quatre-vingt-deux opinions nouvelles qu'il qualifia d'hérésies et dont il dégagea le credo puritain. Son autorité ne pouvait aller au delà. Mais la Cour des assistants, s'appuyant sur les décisions de ce synode, se montra impitoyable envers les dissidents. Des députés, favorables à quelques-uns de ceux-ci, furent chassés de leurs sièges, dépouillés de la qualité de freeman et bannis (3). M"» Hutchinson fut excommuniée de l'Église et bannie. Elle et Wheelwrigth, qui eut le même sort, durent chercher leur salut dans la fuite. Cette fuite donna nais-

(1) La même prescription eut lieu dans les colonies voisines pour la même considération.

(2) HiLDBBTH, vol I, p. 247.

(3) Palfrbt, vol. I, p. 485.

sance à une colonie nouvelle en sympathie avec celle de Roger Williams. On l'appela Rhode-lsland. Nous en parlerons plus loin.

SECTION X

Fondation de l'Université de Cambridge. — Lois contre le luxe. — Réclamation contre l'arbitraire des magistrats. — Commission pour la codification des lois.

La politique n'était pas le seul objet de sollicitude pour les chefs delà province. Ainsi en 1636 furent jetés les premiers fondements de l'université, célèbre de nos jours, sous le nom de Harvard collège (Cambridge university). Cette conception, mise en regard de la persécution de M"*'Hutchinson, semble être une contradiction de conduite singulière, rien n'étant plus opposé à l'étroitesse des vues d'une secte intolérante jusqu'à la persécution que la diffusion des idées par l'instruction. Mais les Puritains entendaient diriger l'enseignement de cette université et réduire le cadre des études aux proportions de leur interprétation des Écritures. Ils n'avaient donc rien à redouter de ce côté. Ils se réservaient de maîtriser ceux qui oublieraient leur soumission aux idées admises. Quoi qu'il en soit, une pareille institution devait porter ses fruits et déjouer les calculs de la vigilance jalouse des Puritains, après un temps d'épreuves suffisant pour éclairer les esprits. Une taxe fut levée sur les habitants, proportionnellement à leurs ressources, mais tout à fait insuffisante pour le but à atteindre. D'intelligentes libéralités complétèrent l'œuvre successivement. La plus importante de toutes fut celle faite par un homme généreux et éclairé, appelé Harvard, qui légua son importante bibliothèque et la moitié de sa fortune immobilière. Un pareil don fait honneur tout à la fois au donateur et au pays qui sait inspirer une si noble action. Cette institution, à vrai dire, n'entra en sérieux exercice qu'en 1642, en même temps que le législateur prépara un système d'écoles publiques pour l'enseignement

Page 1