‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 54 sur 226 · LUTTES CONTRE LA DÉMOCRATIE AU MASSACHUSETTS · texte numérisé non relu

LUTTES CONTRE LA DÉMOCRATIE AU MASSACHUSETTS

ACTION xn

Création de comtés. — Nouveaux débats sur les prétentions des ma-

gistrat's.

Pendant assez longtemps, toute la vie civile et politique fat concentrée dans le gouvernement général et dans les towns. 11 n'existait aucun autre rouage intermédiaire, mais l'augmentation et les besoins de la population exigèrent, comme on Ta vu, Térection de caurs de justice d'un ordre secondaire rapprochées des administrés. Tel fut le point de départ des circonscriptions nouvelles qui devaient être complétées plus lard. En effet, en 1643,1a Cour générale forma six groupes des trente towns qui existaient alors ; €Q les appela comtés par imitation de Torganisatiou adoptée en Angleterre. Chacun d'eux fut le siège d'une juridiction civile et le centre administratif du corps de milice de cette circonscription (1). Cette centralisation n'était que d'une importance secondaire; c'est ce qui explique pourquoi elle ne fut que tardivement créée. L'un des deux comtés comprenait déjà les towns du New-Hampshire que le Massachusetts s'était incorporées sans droit, et dont il sera question plus loin (2).

Le fonctionnement de la Cour générale en une seule Chambre, où,siégeaient côte à côte deux ordres différents de représentants, magistrats et députés, éveillait depuis assez longtemps déjà la jalousie des premiers qui, par leurs lumières et leur expérience, se considéraient comme supérieurs de beaucoup aux députés, dont le nombre faisait la principale force. De là était née chez les magistrats la prétention au veto sur les résolutions communes, quand elles seraient contraires à leur opinion ou à l'opinion de la

(1) Palfbey, vol. I, p. 617. TocQOEviLLE fait un nouveau contre-seas historique lorsqu'il affirme que le Comté avait été organisé avant l'État. Voir De la démocratie en Amérique^ vol. 1, p. 63.

[t)làiLùf>s.-m, vol. I, p. 285.

majorité d'entre eux. La question avait été agitée en 1639. On en différa la solution pour la reprendre plus tard dans des circonstances particulières. En 1643, un litige élevé entre une Tem me pauvre et un homme relativement opulent fut porté devant un jury qui donna gain de cause à celui-ci. L'adversaire fit appel devant la Cour générale où les voix se partagèrent inégalement. Deux magistrats et quinze députés votèrent pour Tannulation de la sentence, tandis qu'elle fut approuvée par sept magistrats et huit députés. Ce résultat, auquel se mêlèrent des sympathies de classe, eut beaucoup de retentissement et fit renaître la question de savoir si les magistrats, beaucoup moins nombreux qae les députés, pouvaient invalider ce qui aurait été approuvé par ceux-ci.

D'une question judiciaire Ton fit une sorte de question sociale. L'on chercha à insinuer qu'une injustice avait été commise par égard pour la fortune et le rang de celui qui avait eu gain de cause. On en rejeta le tort sur les magistrats qu'on accusa de partialité. Il y avait danger à laisser planer le moindre doute sur la loyauté des organes de h justice. Dans l'état des esprits la lutte ne pouvait se prolonger ni les principes rester plus longtemps incertains. Les magistrats et les elders se mirent à l'œuvre et cherchèrent à établir l'utilité du veto comme rentrant dans les conditions de la charte. Agir autrement, disaient-ils, serait ébranler les bases du gouvernement et y. substituer la démocratie (1) ! Ils appuyaient ces raisons sérieuses d'arguments tirés de l'Écriture, de l'expérience, etc., faisaient surtout ressortir le défaut d'opportunité pour la solution da débat, au milieu de l'effervescence qui s'était emparée da peuple à cette occasion ; gagner du temps était le point important (2). C'est ce qui eut lieu ; aussi la question de

(«) WiNTROP HUtory of New-England, vol. Il, p. 143. L'oq voit par ce langage combien les chefs de celle nation avaient peu de sympathie pour la démocratie 1 Observation nécessaire pour détruire l'échafaodage des théories de Tocqobvillb sur la doctrine puritaine. De la démocratie en Amérique^ vol. I, p. 68.

(2) WiNTHROP History of Neto-En gland, vol. II, p. 443.

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