‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 58 sur 226 · CHAPITRE VIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIU

LE MAINE. — SON ORIGINE. — ACHAT DE CETTE PROVINCE PAR LE MASSACHUSETTS. — TRANSACTION PAR LES PURITAINS. — ORGANISATION PREMIÈRE.

On a vu que, par suite du partage fait entre Mason et Gorges, du territoire de Laconie, la part échue à ce dernier se composait des terres situées plus à Test, entre le Piscataqua et le Kennebee. Ces possessions lui furent bientôt contestées, en partie au moins, par de prétendus eoncessionnaires dont les titres auraient été antérieurs au sien. Mais, voulant affermir sa position, il sollicita et obtint une charte de gouvernement, de Charles 1", dont l'autorité royale était sur son déclin. Cette charte de 1639, après avoir précisé les limites territoriales de la nouvelle province appelée Maine, conféra sur elle à Gorges un droit de souveraineté absolue. Le pouvoir exécutif revint au lord propriétaire ou à son représentant appelé gouverneur, avec Fassistance d'un Conseil. Le pouvoir législatif est formé du lord propriétaire, du Conseil et des députés élus par les tenanciers. Au propriétaire appartient aussi la prérogative de créer des cours de justice, de nommer les juges, de déterminer leurs attributions, et de juger lui-même, souverainement à titre d'appel, dans les cas où ce privilège revenait au roi en Angleterre. La charte accordait à tous les habitants de la province d'origine anglaise, écossaise et irlandaise, tous les droits de citoyens anglais, à charge par eux de prestation de serment à la couronne. Tout propriétaire d'immeuble relevait de Gorges, en tant que celui-ci était reconnu souverain du territoire, quels que fussent les titres dont il pût se prévaloir, antérieurs à

la charte. La religion épiscopale fut déclarée religion d'État (1).

Gorges rêvait pour sa colonie encore pauvre et très peu peuplée de hautes destinées, et il dressa en conséquence un plan de gouvernement qui faisait présupposer un grand empire, reposant sur la féodalité, alors que le nombre des habitants, répartis en trois groupes, ne s'élevait pas à plus de 5 à 600 (2)! Il est sans intérêt d'esquisser cette conception étrange, qui n'eut d'ailleurs qu'une existence en projet. Très dévouéauroi et attaché à sa fortune, Gorges, entraîné dans le désastre de ce prince, tomba aux mains des parlementaires et mourut en 1645.

La province ayant perdu son souverain Gorges et étant abandonnée par ses héritiers, dut songer k sa conservation. La Cour générale nomma donc elle-oiême un gouverneur, et déclara qu'à l'avenir cette fonction serait soumise à une élection annuelle. Cette cour eut alors une autorité presque absolue, mais sur un territoire restreint, par suite de revendicatîoDS exercées par de précédents concessionnaires et consacrées par la commission anglaise chargée d«s affaires des plantations d'Amérique (1645).

L'état précaire de cette province lui faisait désirer une condition plus régulière. Elle s'adressa dans ce but au parlement d'Angleterre; mais le Massachusetts, qui convoitait cette proie, sut déjouer ces démarches; il invoqua sa charte qu'il prétendait couvrir tout ce pays, et il s'empara des établissements qui s\ étaient formés, en appelant à son aide la persuasion et toute l'habileté plus ou moins justifiable qu'il savait déployer dans les circonstances difficiles. Ce coup de main rencontra une certaine opposition. Le Massachusetts en triompha par une feinte magnanimité. 11 respecta les droits de propriété individuels qu'il confirma surabondamment. La tolérance en matière religieuse était plutôt sous-entendue que formulée en termes exprès. Tout

(1) Voir Hazard CollectioUy vol. I, p. 442 à 455.

(2) Gorges Brief narration Book, vol. HI, ch. m. Palfoey, voL I, p. 526.

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